dimanche 6 mars 2016

L’ETAT ISLAMIQUE, ANATOMIE DU NOUVEAU CALIFAT

OLIVIER HANNE, THOMAS FLICHY DE LA NEUVILLE, L’ETAT ISLAMIQUE, ANATOMIE DU NOUVEAU CALIFAT 
ARTICLE PUBLIÉ LE 02/03/2016

Compte rendu d’Anne-Lucie Chaigne-Oudin
http://www.lesclesdumoyenorient.com/Olivier-Hanne-Thomas-Flichy-de-La-Neuville-l-Etat-islamique-anatomie-du-nouveau.html

Olivier Hanne, arabophone et docteur en histoire, chercheur associé à l’université d’Aix-Marseille, et Thomas Flichy de La Neuville, docteur en droit, ancien élève de l’Inalco et enseignant à l’université d’Oxford, analysent dans cet ouvrage publié en novembre 2015 les origines de l’Etat islamique, ses objectifs, et font le point sur son avancée de juin 2014 à février 2015. Pour les auteurs, l’EI s’encre dans un contexte historique, celui de la disparition du dernier calife abbasside à la suite de la chute de Bagdad le 10 février 1258, et dont celle-ci a provoqué la volonté ou le « rêve » de prendre une revanche : « Expliquer l’apparition récente de l’Etat islamique par des raisons exclusivement économiques et conjoncturelles revient à commettre un contresens. Le renouveau du califat se présente avant tout comme la cristallisation d’un rêve ancien et il ne fait guère de doute que la réutilisation du terme de calife ait créé un choc émotionnel qui échappe à l’Occident » (page 6).

« L’avènement de l’Etat islamique »

Les auteurs se penchent dans cette première partie sur les circonstances de l’effondrement de l’Irak et de la Syrie, effondrement qui a permis l’essor de l’EI.
Concernant l’Irak, ils rappellent la configuration « ethnico-religieuse » de la société sous Saddam Hussein (qui était sunnite) : 49% d’Arabes chiites, 17% d’Arabes sunnites, 28% de Kurdes sunnites, des minorités tant chrétiennes que musulmanes, et relèvent les dissensions du régime avec les chiites, ces derniers étant considérés comme liés à l’Iran chiite. A cette configuration communautaire s’ajoute la dimension tribale de la société, « réalité très structurante, plus forte que l’Etat laïc ou démocratique » (page 10). La prépondérance du parti laïc et socialiste Baas est également évoquée, ainsi que la volonté de fédérer les populations par ce prisme laïc. Ces diverses spécificités - communautaires, tribales, laïques - de la société, ainsi que la montée en puissance des chiites avec la présence américaine dès 2003, ont été le terreau du développement l’EI. A cette configuration sociale et communautaire s’ajoute la dimension énergétique de l’Irak, dont les auteurs rappellent le nombre s’années de réserve, 115 milliards de barils, une des plus importantes réserves au monde, et qui a provoqué les convoitises des grandes puissances mais aussi les âpres concurrences des compagnies pétrolières mondiales (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Russie, Chine). Cependant, la montée en puissance de l’EI a figé des projets pétroliers et a diminué l’attrait pour le pétrole irakien, d’autant plus que pour leur part, les Etats-Unis ont développé l’exploitation du gaz de schiste sur leur sol.
Les auteurs rappellent ensuite en quoi l’intervention américaine de 2003-2011 a contribué à la « décomposition de l’Irak », en particulier la décision de débaasifier le pays et celle d’éloigner les sunnites de la vie politique et administrative. Plusieurs événements renforcent encore la marginalisation des sunnites : les élections de janvier 2005 marquées par la victoire des chiites et des Kurdes, les sunnites ayant décidé de ne pas y participer ; la nouvelle Constitution d’octobre 2005 ; la mort de Saddam Hussein en 2006. Des groupes sunnites sont alors constitués entre 2004 et 2006, qui luttent contre le pouvoir chiite et contre les Etats-Unis. Les auteurs soulignent que parmi ces groupes, « à l’origine composés d’anciens membres de la Garde républicaine, d’officiers ou de baassistes, beaucoup se sont radicalisés et ont adopté l’islamisme, jusqu’à faire entrer dans leurs rangs des djihadistes étrangers » (page 18). Parmi ces groupes, l’un appelé l’Unicité et le djihad, apparu dès 1990 en Irak, dirigé par Abû Mussa’ab al-Zarqâwi et dans l’orbite d’al-Qaïda, devient en 2013 l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Dans cette configuration de violence, les Etats-Unis décident en 2007 de prendre appui sur les tribus sunnites du centre du pays, en échange de promesses que ceux-ci seront intégrés dans les services de sécurité. Cependant, le Premier ministre chiite Nûri al-Mâliki (2006-2014) n’arrive pas à endiguer le climat de violence entre les communautés, tandis que les troupes américaines quittent l’Irak en 2011. Les sunnites, humiliés et exaspérés, sont autant de futures recrues pour l’EI.
Dans le même temps, en Syrie, la guerre civile est déclenchée à la suite de manifestations pacifiques se déroulant dans plusieurs villes en mars 2011, et réprimées par le régime. En 2012, la guerre devient civile, entre l’armée du régime et l’Armée syrienne libre (ASL), composée d’anciens officiers du régime, à laquelle s’ajoutent des djihadistes de la région mais également en provenance d’Europe et issus de l’immigration. Des armes sont envoyées à l’ASL par l’Occident, via la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite. Pour sa part, le régime reçoit le soutien du Hezbollah et de l’Iran. Ainsi, selon les auteurs, « la guerre civile syrienne a créé un terrain plus que favorable à l’avènement de l’Etat islamique : loin de l’œil inquisiteur des médias et de la communauté internationale, les hommes de Daesh ont pu faire leurs premières armes contre l’armée syrienne » (page 25). Les auteurs reviennent ensuite sur les groupes rebelles syriens, et en particulier sur le groupe Jabhat al-Nosra, créé en 2012 par al-Zawahiri (al-Qaïda) et au départ branche armée de l’EIIL, mais qui en mai 2014 décide de se séparer de l’EIIL, et prête alors allégeance à al-Qaïda.
Les auteurs évoquent ensuite l’opportunisme des sunnites irakiens, aussi bien des anciens baasistes ralliés à l’EI afin d’assurer l’autonomie de la zone irakienne sunnite, que des chefs de tribus, souhaitant retrouver leurs fonctions politiques dans le pays.
La question de l’avancée territoriale de l’EI est analysée, pour clôturer cette première partie. Les auteurs rappellent que « dès 2008, le mouvement opéra une mutation stratégique aussi ambitieuse qu’irréaliste à l’époque et dont le but était l’installation durable sur un territoire déterminé » (page 36). Des attentats sont alors menés dès l’été 2012, dans la région située au nord de Bagdad, « l’enjeu (étant) la domination des marges de l’espace majoritairement sunnite » (page 39). Des zones chiites du sud de l’Irak sont également touchées, en septembre. En 2013, l’EI mène des attentats à Bagdad, puis dans la province d’al-Anbar, et la ville de Faloujah tombe le 30 décembre. Mossoul ainsi que la province de Ninive tombent en juin 2014, ainsi que les villes de Baydji, Tall Afar, al-Awja et Tikrit. Kirkouk est pour sa part prise le 13 juin par les Peshmergas kurdes, qui profitent de la faiblesse des troupes irakiennes. L’EI poursuit ses victoires par les prises des villes de Rawa, Rutba, al-Qaïm et Rabia, qui permettent d’aller en Syrie. Autre étape : le 29 juin, al-Baghdâdî proclame le califat et change le nom de l’organisation en Etat islamique (EI). Au mois d’août, l’objectif de l’EI est Bagdad, mais l’organisation est confrontée à la résistance des chiites, suite à l’appel de l’ayatollah al-Sistani, et à celle de l’armée irakienne. Bagdad ne tombe pas. Ne pouvant ainsi plus progresser au sud, débutent alors les offensives de l’EI sur sa frontière nord, en particulier contre les Kurdes et contre la minorité yézidie. Devant cette situation, sollicités par Bagdad, les Etats-Unis bombardent alors des positions de l’EI, contraignant l’organisation à reculer. En septembre 2014, les Etats-Unis annoncent la formation d’une coalition de 25 pays contre l’EI, et les prises et défaites territoriales de l’organisation se succèdent.

« Le Califat islamique : dynamique d’un proto-Etat »

Selon Olivier Hanne et Thomas Flichy de la Neuville, « la proclamation du Califat, de même que la foudroyante réussite des membres de l’EI, apparaît comme la victoire enfin advenue des populations arabes sunnites, vaincues depuis cinq siècles. Cet avènement a une éminente valeur morale, spirituelle et mémorielle pour les affidés de Daesh. Le retour du Califat fut d’ailleurs annoncé par de nombreux prédicateurs radicaux, notamment le Koweïtien Täreq al-Sûwaydân en 2010. Les mentalités djihadistes y étaient préparées » (page 50). Les auteurs évoquent ainsi les racines historiques de l’islam, la succession du Prophète à sa mort en 632, le chiisme entre sunnites et chiites, la mise en place du califat par la dynastie des Umayyades à Damas, de 661 à 749, date à laquelle la dynastie abbasside prend le pouvoir jusqu’en 1258. La dynastie abbasside, florissante jusqu’au XI ème siècle, promeut le sunnisme et la charia, jusqu’à l’invasion mongole qui la renverse en 1258, avec la prise de Bagdad qui marque la fin du Califat. Ainsi, le Califat proclamé par al-Baghdâdî s’inscrit-il dans ce contexte historique, le califat de l’Empire abbasside s’opposant aux hérétiques, c’est-à-dire aux chiites, et le Calife ayant une autorité politique et religieuse. Les objectifs territoriaux de l’EI sont la Péninsule arabique, la Perse, Rome, selon un hadith repris dans la revue de l’EI, Dabiq.
Les auteurs reviennent ensuite sur le parcours d’al-Baghdâdî, Irakien né en 1971. Avec l’intervention américaine, il entre dans la résistance armée, et s’occupe des recrutements. Arrêté par l’armée américaine en 2005, il est emprisonné et relâché en 2009. Il entre alors dans l’organisation Etat islamique en Irak dont il devient émir en mai 2010. Il combat en Syrie (Raqqa et Alep en 2013), et recrute des combattants. Il n’est pas dans la recherche du culte de la personnalité, cultivant au contraire le secret et l’isolement, comme les califes abbassides qui vivaient reclus dans leurs palais, sans lien avec le public. Enfin, il se dit de la lignée des al-Qurayshî, nom de la tribu de La Mecque, et considérée comme seule pouvant prétendre au califat.
La question de la « revanche sunnite sur l’histoire » est abordée : « revanche sur le gouvernement d’al-Maliki, l’EI est plus encore une revanche sur le passé, qui a la valeur d’un don divin » (page 63). En effet, les auteurs expliquent comment, à la suite de l’Empire abbasside, les Arabes ont été écartés du pouvoir, au profit successivement des Seldjûqides, des Mongols iljhâns, des Malemouks et des Ottomans, tandis que les Européens prennent le contrôle des routes maritimes et commerciales. Les Perses chiites, en revanche, conservent leur pouvoir. Ainsi, « la double humiliation par l’Occident et le monde shiite va profondément s’enraciner dans les mentalités, sans trouver aucun réconfort dans la puissance de l’empire turc, lui-même oppressif envers ses sujets arabes, et opportuniste en matière religieuse » (page 63). Suit ensuite, à l’issue de la Première Guerre mondiale et de la chute de l’Empire ottoman, le partage de la région par les puissances française et britannique, sous forme de mandats sur la Syrie, le Liban, l’Irak, la Transjordanie, la Palestine. Après les indépendances, les sunnites continuent à être « humiliés », en Syrie où le régime est alaouite ; en Irak, où même si Saddam Hussein redonne un sentiment de fierté nationale, la Guerre du Golfe « marque le coup d’arrêt aux espoirs d’une renaissance irakienne » (page 67). L’EI envisage alors de remettre en place la cohésion de la communauté sunnite, et d’appliquer la Sunna et les paroles du Prophète.
« La culture du djihadisme » est ensuite expliquée, par un retour aux racines historiques. Les auteurs rappellent à cet égard comment, à la suite de l’exil du Prophète de La Mecque, les razzias et les actes guerriers « participèrent de l’identité musulmane » (page 73). Pour al-Baghdâdî, le djihad est présenté comme étant « indispensable », tel qu’il l’explique dans son prône du vendredi 4 juillet 2014. Les auteurs expliquent en outre comment les actes commis par l’EI relèvent de ce qui était pratiqué au Moyen Âge : « Toutes ces règles mises en place autour des VII-Xèmes siècles sont appliquées avec scrupule par les djihadistes d’Irak et de Syrie » (page 77).
La question médiatique est aussi analysée. Les succès remportés par l’EI sont médiatisés et « serv(ent) de relais au recrutement de ses membres et aux campagnes de terreur contre ses opposants en Irak et en Syrie » (page 81). En effet, « la publicité des exactions constitue la partie la plus glaçante et la plus connue de la médiatisation de Daesh. En s’adressant à ses adversaires, l’organisation les discrédite et crée une terreur qui précède son action militaire » (page 82). Les auteurs rappellent à cet égard les différentes scènes à l’encontre des soldats et des civils, les décapitations de journalistes… le but étant de créer chez le spectateur la terreur puis le doute sur les capacités à lutter contre l’EI. En outre, l’EI maîtrise parfaitement les outils de communications sur Internet et la diffusion de l’information sur les réseaux sociaux, et publient des revues en français et en anglais.
Qui sont les hommes de l’EI ? Les auteurs estiment que si l’EI, « intègre des déséquilibrés et des déclassés sociaux, il attire d’abord des croyants sincères qui ont lu, ou au moins parcouru les grands érudits rigoristes du Moyen Âge, et surtout Ibn Taymiyya » (page 88). La victoire de Dieu est l’objectif de l’EI, et qui passe en particulier par le « retour à l’islam des origines mais aussi une utilisation de la violence légale contre les kufar, les ‘infidèles’ », (page 88) selon le takfirisme. Les minorités non sunnites sont ainsi concernées : chrétiens, chiites, dont les auteurs relatent la politique menée à leur encontre par l’EI. Enfin, des sunnites eux-mêmes peuvent être accusés de ne pas entrer dans ce que souhaite l’EI : il s’agit de l’Arabie saoudite et de la Turquie, ainsi que des pays occidentaux, qui sont opposés à l’EI. Enfin, l’EI a repris, en particulier sur les réseaux sociaux, l’idée chiite du retour du Mahdî, c’est-à-dire de l’imam bien guidé, qui remportera des victoires militaires et la victoire de l’islam.
La vie quotidienne est également évoquée (lutte contre « le vice et le mal », interdiction de la cigarette et de l’alcool, de Facebook, interdiction de manifester, niqab pour les femmes…) ainsi que la volonté de l’EI d’encrer de façon pérenne son Etat (territoire, population, administration). Pour ce faire, l’EI doit s’appuyer sur l’arrivée de nouveaux djihadistes, et sur un financement régulier par les dons, rançons, pétrole et contrôle des zones pétrolifères, fabrication de fausse monnaie… Est également évoquée par les auteurs la frappe d’une monnaie par l’EI.

« l’Etat islamique recompose le Moyen-Orient »

Pour les auteurs, « l’Etat islamique n’est plus une menace pour le Proche-Orient puisqu’il l’a déjà entièrement redessiné et que la balkanisation de la région est en cours. Daesh est devenu un enjeu international qui touche l’ensemble du monde musulman » (page 121). Ils évoquent alors les pays vers lesquels des tentatives de contagion de l’EI se sont effectuées, dès l’été 2014 : Liban, Péninsule arabique, Jordanie, le Sinaï égyptien, la Libye restant le pays le plus menacé. Du côté d’al-Qaïda, la branche du Maghreb reconnaît le Califat fin juin 2014, en Algérie, une cellule d’AQMI crée une filiale de l’EI, et en Tunisie, un mouvement est créé. Il en est de même au Nigéria, le chef de Boko Haram prêtant allégeance à l’EI, ainsi qu’en Asie Centrale. Cependant, la montée en puissance de l’EI n’est pas appréciée par al-Qaïda, avec qui les oppositions sont nombreuses, liées tant à la personnalité des deux leadeurs al-Baghdâdi et al-Zawahiri, que sur les plans religieux, stratégiques et financiers. Les auteurs expliquent en outre que « toutes ces querelles intègrent des conflits de personnes, mais renvoient surtout à des fractures anciennes dans l’islam sunnite, qu’il soit guerrier ou pas » (page 133). La question du salafisme est ainsi évoquée, les « militants » en étant issus, mais tous n’adhérant pas à tous les aspects doctrinaux prônés par l’EI. Est alors analysé le positionnement de l’Arabie saoudite par rapport à l’EI : « l’Arabie saoudite se sent menacée par ‘l’ennemi numéro un de l’islam’, car l’EI est particulièrement hostile à l’impérialisme américain et à la dynastie des Séoud, considérée comme corrompue » (page 136), mais les auteurs exposent également en quoi ce positionnement mérite une analyse plus nuancée. En outre, sur le plan de la doctrine, bien qu’étant sunnite, le wahhabisme saoudien est rejeté par certains salafistes, dont l’EI : « la nature du wahhabisme et les choix de la monarchie expliquent les antagonistes avec l’Etat islamique » (page 139). Puis les auteurs reviennent sur le positionnement du Qatar. Ils expliquent la différence de doctrine avec l’Arabie saoudite : « contrairement au wahhabisme centré sur le royaume saoudien, les Qataris professent un salafisme qui a vocation à s’étendre, notamment contre l’influence shiite » (page 140). C’est ainsi que le Qatar soutient les opposants à Bachar al-Assad dès 2011, et le développement des groupes djihadistes (al-Nosra, EIIL) laisse penser que certains au Qatar pourraient les financer. Mais la montée en puissance de l’EI en juin 2014 oblige le Qatar à se positionner par rapport au financement de l’opposition syrienne, et en septembre le pays rejoint la coalition, de même que les émirats du Golfe. Concernant la position turque, de nombreuses tensions (historiques, économiques) entre la Syrie et la Turquie font que cette dernière soutient l’opposition à Bachar al-Assad. En outre, la problématique kurde et la crainte turque de l’autonomie kurde font qu’Ankara a une politique plutôt complaisante envers l’EI, comme l’analysent les auteurs. Concernant l’Irak, plusieurs acteurs s’opposent à l’EI : l’Etat, le Kurdistan, les chiites et les minorités religieuses, mais, comme le soulignent les auteurs « chacun de ces adversaires est lui-même englué dans ses propres divisions et fragilisé » (page 151).
Qu’en est-il de la position américaine ? Les Etats-Unis comprennent à l’été 2014, après avoir soutenu l’opposition à Bachar al-Assad, qu’ils devront prendre appui sur ce dernier pour lutter contre l’EI, ainsi que sur l’Iran et les populations chiites du sud irakien. Même si le pétrole irakien n’est plus une priorité puisqu’ils exploitent leur gaz de schiste, ils ne souhaitent pas pour autant que les gisements irakiens tombent aux mains de la Chine. C’est ainsi qu’ils décident début septembre 2014, lors d’un sommet de l’OTAN, d’une coalition contre l’EI, composée de 25 pays, mais cela « entraine (les Etats-Unis) a combattre l’Etat islamique aux côtés des wahhabites saoudiens, voire avec les membres les moins compromis d’al-Qaïda : jouer un islamisme contre un autre » (page 160). Au final, les objectifs des Etats-Unis sont, en Irak, l’affaiblissement voire le repli de l’EI sur la Syrie ; en Syrie, la lutte contre l’EI et al-Nosra, mais également contre les centres militaires du régime.
Pour conclure, les auteurs rappellent que « l’Etat islamique est une réalité géopolitique extrêmement complexe qui suscite de graves conflits de positionnement. Car c’est en fonction de l’analyse qu’il fait du surgissement de Daesh, que chaque pays concerné propose son interprétation des événements et des solutions. Les acteurs du conflit se sont retrouvés associés dans différents cercles d’alliances ou d’affinités » (page 169). Ainsi, pour les Etats-Unis et l’UE, l’EI est un ensemble « de criminels et fanatiques » intéressés par le pétrole. Les Etats de la région considèrent l’EI comme « une créature américaine permettant de déployer le chaos au Moyen-Orient et ainsi mieux capter ses ressources, stratégie orchestrée avec la complicité d’Israël et de la Turquie, trop heureux de s’en prendre aux populations arabes » (page 170). L’Iran considère en outre qu’il s’agit de la part des Américains de la volonté de marginaliser les chiites et de préparer leur retour en Irak.
S’appuyant sur les faits qui se sont déroulés de juin 2014 à février 2015, cet ouvrage très informé, très clair et à l’analyse dépassionnée est essentiel à la compréhension de la montée en puissance de l’EI. Parmi les nombreux points analysés et soulevés par Olivier Hanne et Thomas Flichy de La Neuville, l’on retiendra les points forts suivants : que l’humiliation ressentie par les sunnites depuis la fin du califat abbasside a été un facteur d’éclosion de l’organisation, que l’EI encre ses pratiques dans celles du califat abbasside, que son objectif est la « victoire de Dieu » ainsi que l’expansion territoriale, notamment sur les terres infidèles.

Olivier Hanne, Thomas Flichy de La Neuville, l’Etat islamique, anatomie du nouveau Califat, Paris, Bernard Giovanangeli Editeur, novembre 2015, 191 pages.

dimanche 28 février 2016

Penser la Méditerranée et l’Afrique comme objet de l'histoire des relations internationales du temps présent


L'Europe et son « autre ». Penser la Méditerranée et l’Afrique comme objet de l'histoire des relations internationales du temps présent

Europe and its other. Thinking the Mediterranean and Africa as a subject of the history of international relations in the present day

Rencontres 2015-2016 du groupe de travail Méditerranée – Afrique
2015-2016 conference of the Méditerranée working group – Africa
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Publié le lundi 15 février 2016 par Elsa Zotian
RÉSUMÉ
Ces rencontres abordent la décomposition de la notion d’espace européen et l’écriture d’une histoire transnationale de l’Europe. Elles réunissent des chercheurs des universités de Paris I, Paris IV et du centre Roland Mousnier, auxquels sont associés ceux du centre de recherche en histoire atlantique et internationale (CRHIA) des universités de Nantes et de la Rochelle, dans le but de mener une réflexion autour de la Méditerranée et de l'Afrique comme objets d’histoire des relations internationales du temps présent.
ANNONCE

Argumentaire

Ces rencontres ont été conçues par le Groupe de travail sur la Méditerranée et l'Afrique (UMR IRICE, axe 3 : L’Europe et les Autres) dans le cadre du Labex Écrire une histoire nouvelle de l’Europe (EHNE) (axe 4 : L’Europe comme « hors soi » : frontières, voisinage et altérité lointaine), et également dans le cadre du centre de recherches en histoire internationale et atlantique (CRHIA)(axe 2 : La France, l’Europe et le Monde : relations internationales, identités et représentations Nord-Sud). Elles correspondent plus particulièrement à l’un des objectifs déclarés du projet, à savoir la décomposition de la notion d’espace européen et l’écriture d’une histoire transnationale de l’Europe. Le groupe rassemble des chercheurs des Universités de Paris I, Paris IV et du Centre Roland Mousnier, auxquels sont associés ceux du Centre de recherche en histoire atlantique et internationale (CRHIA) des Universités de Nantes et de la Rochelle, dans le but de mener une réflexion autour de la Méditerranée et de l'Afrique comme objets d’histoire des relations internationales du temps présent. 
De ce fait, le Groupe de travail sur la Méditerranée-Afrique propose une approche décloisonnée des objets Méditerranée et Afrique, ouverte aussi bien aux différentes approches qu’au dialogue avec les modernistes, par le biais de ces rencontres qui se veulent un lieu d’échange et de réflexion.
Le mardi de 18h00 à 20h00 

Programme

1er séance – 22 janvier 2016

Migrations, circulations et diasporas

Journée d’études à l’université de Nantes : Mobilités Nord-Sud. Une perspective globale

2e séance – 2 février 2016

Dynamiques transnationales, circulations des idées et des savoirs (1)

  • Daniel Nordman (CNRS, IMAF)  : "Savoirs et colonisation : l'exploration scientifique de l'Algérie (vers 1840-vers 1860)".
  • Anne-Sophie Gijs (Université catholique de Louvain, ESPO- EURO) "L’anticommunisme au Congo belge comme archétype des défis relationnels euro-africains durant la Guerre froide et la décolonisation".

3e séance - 15 mars 2016

Enjeux énergétiques et espaces convoités : le cas du pétrole

  • Magrin Géraud (Université Paris 1, laboratoire de géographie PRODIG) : "Les projets pétroliers du bassin du lac Tchad : entre continuité et rupture".
  • Sarah Adjel (Université Paris 1, IMAF) : "Stratégies énergétiques algériennes" (titre provisoire)

4e séance - 5 avril 2016

Circulations des idées et des savoirs (2) : réseaux et mouvements politiques transnationaux

  • Anna Konieczna (University of Oxford) : "Le Mouvement anti-apartheid en France".
  • Mehdi Alioua  (Université Internationale de Rabat, CJB) : "Les réseaux de résistance transnationaux des droits de l'homme avec comme terrain les défenseurs des migrants". (titre provisoire)

5e séance - 10 mai 2016

Espaces de confluences : le cas du Sahara

  • Camille Lefevbre (CNRS, IMAF): "Les frontières au Sahara et au Sahel au regard de l'Histoire".

6e séance - 18 mai 2016

Enjeux sanitaires transnationaux : circulations et contrôle des épidémies

  • Céline Paillette (Université Paris1, SIRICE) : "Organisation internationales  et circulations des épidémies : un espace méditerranéen sous surveillance, des années 1900 aux années 1920".
  • Emmanuelle Roth (Graduate Institute of International and Development Studies (IHEID), Genève) " (Pré)dire le futur après une épidémie d'Ebola : anticipation et fatalisme en Guinée".

7e séance - 7 juin 2016

Construction des États postcoloniaux : la place de l’Armée 

  • Camille Evrard (Université de Toulouse, FRAMESPA) "Construction de l'État postcolonial sahélo-saharien et cohésion des armées nationales, une comparaison Mauritanie/Niger".
  • Saphia Arezki – (Université Paris 1, IMAF) : "Le rôle de l’armée dans l’édification de l’Etat algérien". (titre provisoire)

Responsables scientifiques

  • Houda Ben Hamouda, doctorante, université Paris 1, chercheuse associée à l’université de Jyväskylä (Finlande), (houdabenhamouda31[at]gmail.com)
  • Guia Migani, maître de conférences à l’université François Rabelais, Tours (guia.migani[at]univ-tours.fr)
  • Sofia Papastamkou, docteur en histoire, Responsable humanités numériques, Maison européenne des sciences de l’homme et de la société Lille (sofia.papastamkou[at]meshs[dot]fr
  • Karine Ramondy, doctorante, université Paris 1, enseignante, (Karine.Ramondy[at] malix.univ-paris1.fr)
LIEUX
  • Maison de la Recherche, salle 1, rez-de-chaussée - Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne 28, rue Serpente
    Paris, France (75006)
DATES
  • mardi 02 février 2016
  • mardi 15 mars 2016
  • mardi 05 avril 2016
  • mardi 10 mai 2016
  • mercredi 18 mai 2016
  • mardi 07 juin 2016
MOTS-CLÉS
  • transnational, relation internationale, armée, santé, Sahara, circulation des idées, pétrole
CONTACTS
  • Houda Ben Hamouda
    courriel : houdabenhamouda31 [at] gmail [dot] com
URLS DE RÉFÉRENCE
SOURCE DE L'INFORMATION
  • Houda Ben Hamouda
    courriel : houdabenhamouda31 [at] gmail [dot] com
POUR CITER CETTE ANNONCE
« L'Europe et son « autre ». Penser la Méditerranée et l’Afrique comme objet de l'histoire des relations internationales du temps présent », SéminaireCalenda, Publié le lundi 15 février 2016, http://calenda.org/356525

SUNNITES/CHIITES : AUX ORIGINES DU GRAND SCHISME DE L’ISLAM

SUNNITES/CHIITES : AUX ORIGINES DU GRAND SCHISME DE L’ISLAM 
ARTICLE PUBLIÉ LE 19/02/2016

Par Yara El-Khoury
http://www.lesclesdumoyenorient.com/Sunnites-chiites-aux-origines-du-grand-schisme-de-l-Islam.html

La mort du Prophète Mohammed, survenue à Médine le 8 juin 632, laisse sans chef la communauté qui a pris forme autour de sa prédication. En l’absence d’un successeur clairement désigné, une querelle s’ouvre entre les héritiers potentiels. Elle donnera lieu au grand schisme de l’Islam, avec la constitution de deux factions antagonistes, les sunnites et les chiites.

Qui va succéder au Prophète ?

La prophétie se clôt à la mort du Prophète. La révélation cesse avec sa disparition, et le texte du Coran est considéré comme achevé. Le personnage appelé à lui succéder à la tête de la jeune communauté musulmane ne sera donc pas prophète ; il sera nommé « calife », ce qui signifie « successeur », et il aura la tâche de veiller au respect et à la diffusion du message coranique, tout en assurant l’organisation et l’unité des musulmans.
Dépourvu de descendance masculine, le Prophète n’a pas désigné d’héritier. Sa disparition donne cours à des supputations diverses lui attribuant des propos, des hâdiths au cours desquels il aurait manifesté une préférence pour l’un ou l’autre de ses proches Compagnons. Parmi ces derniers, deux candidats se détachent de par leur légitimité à la succession :
- Le premier est Ali Ben Abi Taleb. Cousin du Prophète, ils ont grandi ensemble car Mohammed, orphelin des deux parents, avait été confié à la garde de son oncle Abi Taleb. Ali a épousé Fatima, une des filles que le Prophète a eues avec sa première épouse Khadija. Leur descendance pose les premiers jalons d’une dynastie prolifique, les alides, dont se réclament de nos jours par exemple les souverains du Maroc et ceux de Jordanie. Si le choix se portait sur Ali, la succession du Prophète se ferait sur le mode héréditaire, au sein des Ahl al-Bayt, la famille. 
- Le second personnage est Abou Bakr, dit al-Siddiq, ce qui signifie le Juste. Compagnon de la première heure, il est le père d’Aïcha, l’épouse préférée du Prophète. Entrée très jeune dans son harem, elle n’aura pas d’enfant, mais elle sera le réceptacle des versets du Coran qu’elle conservera dans sa mémoire prodigieuse. Alors qu’Ali est réputé pour sa grande piété et sa sagesse, Abou Bakr, tout aussi pieux, est un meneur d’hommes et son autorité est grande sur la communauté. Si cette dernière devait le choisir, cela signifierait qu’elle aurait préféré la cooptation à l’hérédité, le consensus aux liens du sang.

Les califes al-Râchidoun, les « Bien-guidés »

De fait, le consensus se fait sur Abou Bakr mais en l’absence Ali qui n’a pu faire valoir ses droits. Abou Bakr a reçu l’allégeance des notables de la communauté au moment où Ali procédait avec la famille à la toilette mortuaire du Prophète. 
Abou Bakr devient ainsi le premier d’une succession de quatre califes dits al-Râchidoun, les Bien-guidés. Résidant à Médine, il lève une armée et rétablit l’unité chancelante des tribus de la péninsule arabe converties par Mohammed. C’est lui qui initie la période des grandes conquêtes, avant qu’il ne meure de mort naturelle en août 634.
Le deuxième calife, Omar Ibn al-Khattab, fait également partie du cercle des premiers Compagnons, et il est le père de Hafsa, l’une des épouses du Prophète. Ecartant Ali, il préside aux destinées de la communauté de 634 à 644 et dirige la conquête de vastes territoires allant de la Perse jusqu’à l’Egypte. Il meurt assassiné par un esclave, du fait d’une vengeance privée.
Othman Ibn Affan est le troisième calife. Il est issu comme le Prophète de la tribu des Qoreïche, mais du clan d’Oumayya, les Bani Oumayya, dont sera issue la dynastie des Omeyyades. Il a épousé successivement deux des filles du Prophète. Il accède au califat en écartant Ali pour la troisième fois consécutive. Il gouverne de 644 à 656, et il poursuit les conquêtes entreprises par ses prédécesseurs, agrandissant le territoire de l’Islam vers l’Arménie, la Nubie et le Maghreb. Il a à son actif également d’avoir imposé une recension unique et officielle du Coran, ce qui lui attira l’animosité des lecteurs traditionnels du Texte coranique. De plus, comme les terres à conquérir se faisaient rares et que les perspectives de butin diminuaient, la colère des combattants éclata, d’autant plus que le calife palliait le manque de soldats en recrutant parmi les nouveaux convertis. Enfin, sa propension à concentrer le pouvoir entre les mains de sa famille lui valut l’hostilité des habitants de Médine et des provinces nouvellement conquises, et il sera assassiné par un groupe de conjurés venus d’Egypte et menés par le fils d’Abou Bakr, le premier calife. Son assassinat génère la première grande dissension entre les musulmans, appelée al-Fitna al-Koubra, quand les musulmans se divisèrent en deux groupes : ceux qui approuvaient l’assassinat d’Othman et ceux qui le condamnaient.
Après la mort d’Othman, Ali Ibn Abi Taleb accède enfin au califat (656-660), mais son avènement a lieu dans une ambiance de discorde et elle est vivement contestée par la famille de son prédécesseur, Othman. Il s’établit dans la cité irakienne de Koufa et ses opposants prennent la ville de Bassorah, dans le sud de l’Irak. Après avoir vaincu leur résistance au cours de la bataille du Chameau, Ali est contraint à affronter le gouverneur de la province de Syrie, Mouawiya Ibn Abi Soufiane, de la famille d’Othman, qui réclamait justice pour le calife assassiné.

La bataille de Siffîn

Les deux armées se rencontrent en juillet 657 à Siffin, un lieu situé sur le Haut Euphrate (l’actuelle Raqqa). Afin d’impressionner Ali et mettre en exergue le caractère sacrilège d’un combat entre musulmans, Mouawiya ordonne à ses hommes de brandir des feuillets du Corans transpercés au bout de leurs lances, ce qui eut pour effet de persuader Ali d’accepter l’arrêt des combats et l’arbitrage proposé par son adversaires dans le but de désigner un calife. 
Cette décision est rejetée par une partie des partisans d’Ali qui refusent de soumettre à l’arbitrage des hommes ce qu’ils considèrent comme un choix de Dieu. Ils se séparent de lui, et seront connus dès lors sous le nom de Kharijites, ce qui signifie les « sortants », ceux qui ont quitté Ali. En conflit plus ou moins déclaré avec les Omeyyades, ils prônent la vertu et appellent à un renouveau de la société musulmane. Leur communauté s’est développée principalement en Irak, dans le Khouzistan, au Yémen, en Arabie centrale et à Oman. 
L’arbitrage a lieu en février 658, dans l’oasis de Dûmat al-Jandal, voie de passage entre l’Arabie et la Syrie du Sud. C’est l’actuelle el-Djawf, ville située actuellement en Arabie Saoudite, au nord-ouest du plateau du Nedjd. ‘Amr Ibn al-‘As représentait Mo’awiya et Abou Moussa al-Ash’ari représentait Ali. Les discussions portaient sur la mort d’Othman. Elles aboutirent à la conclusion qu’il avait été tué injustement, ce qui eut pour effet de condamner Ali. Ce dernier, considérablement affaibli, se retire dans le sud de l’Irak où se concentrent ses partisans, les « chiites ». Il est assassiné sur le seuil de la grande mosquée de Koufa en l’an 661, par un Khârijite, Ibn Muljam. Il est enseveli à Nadjaf.

La succession d’Ali

Le fils aîné d’Ali, al-Hassan, accepta de reconnaître Mouawiya comme calife, et renonça à toute prétention au califat devant lui, dans la grande mosquée de Koufa. Il se retire à Médine où il meurt probablement empoisonné en 669. Le cadet, al-Hussein, refusa de prêter serment au calife Yazid Ier, le fils et successeur de Mouawiya à la tête du nouvel Etat dit « omeyyade » fondé par ce dernier. Il se retire à La Mecque. Appelé par les chiites à les rejoindre à Koufa, en Iraq, il est assassiné alors qu’il s’y rendait, dans la localité de Kerbala sur les bords de l’Euphrate, par les troupes du gouverneur omeyyade Ibn Ziyad qui agissait sur les ordres du calife, le 10 octobre 680 (10 mouharram 680).
La mort violente d’al-Hussein est commémorée tous les ans lors des cérémonies de la ‘Achoura. Le nom vient de ‘achra, le nombre dix en arabe, en référence au dixième jour de mouharram, le premier mois de l’année islamique. Les commémorations s’accompagnent de cérémonies de deuil au cours desquelles sont lus les récits de la mort d’al-Hussein. Elles culminent lors des processions où les hommes endeuillés se flagellent et se tailladent le front, s’infligeant le supplice vécu par le martyr. Le deuil collectif se poursuit pendant quarante jours et prend fin avec les célébrations du quarantième d’al-Hussein.
Ces événements tragiques créent une déchirure profonde dans la communauté musulmane naissante, désormais scindée en deux groupes, non sur des questions de définition du dogme, mais sur une querelle successorale : les chiites, partisans d’Ali et de la transmission du pouvoir au sein de la famille du Prophète ; et les sunnites, partisans du choix du calife par cooptation et partisans par conséquent de Mouawiya. Seulement ce dernier a institué un régime héréditaire en créant la dynastie des Omeyyades à laquelle vont succéder d’autres dynasties comme les Abbassides ou les Ottomans. Plus communément, les sunnites sont les partisans de la Sunna, la tradition forgée au temps du Prophète et de ses premiers successeurs. Ils constituent un bloc monolithique et on voit en eux les représentants de l’orthodoxie en Islam alors que le chiisme est plus diversifié. Ainsi les druzes du Liban et les alaouites de Syrie en sont issus, ainsi que les zaydites du Yémen.
La querelle sunnites – chiites a traversé les âges. De nos jours elle est ravivée du fait de la rivalité qui oppose l’Iran chiite et l’Arabie Saoudite sunnite, réactualisant le bras de fer que se sont livrés à l’aube de l’Islam Ali et Mouawiya.

EURAMES Info Service 08/2016

CONFERENCES
 
1. Workshop: "Feminism and Theory in the Arab World", University of Zurich, Switzerland, 18-19 March 2016
 
2. Panel: "Societal Factors Shaping Middle East Foreign Policies", British Society for Middle Eastern Studies (BRISMES) Conference, Wales, 13-15 July 2016
 
3. Conference: "20 Years of 'Iran and the Caucasus': a Breakthrough", Iran and the Caucasus, Aghveran, Armenia, 21-23 October 2016
 
 
POSITIONDS

4. University Lectureship in Ottoman History and Culture, Leiden University, Netherlands 
 
5. University Lectureship in Anthropology and Islamic Studies with Focus on Morocco, Leiden University, Netherlands 
 
6. Project Curator Islamic Galleries, British Museum, London
 
7. Associate Professor in Modern Arabic Language and Culture, University of Oslo 
 
8. Associate Professor in Modern Turkey: History, Language and Culture, University of Oslo 
 
 
OTHER INFORMATION
 
9. AAR-Luce Fellowships in Religion and International Affairs, American Academy of Religion (AAR), Washington, DC
 
10. Summer School: "Understanding Islamist Movements: Historical Roots and Current Realities", Université de Genève, 20 June - 1 July 2016
 
11. International Politics Summer School, Oxford University, UK, 31 July - 13 August 2016

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Best regards,

Guenter Meyer, Center for Research on the Arab World (CERAW), University of Mainz
 
 
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CONFERENCES
 
1. Workshop: "Feminism and Theory in the Arab World", University of Zurich, Switzerland, 18-19 March 2016
 
The workshop focuses on how scholars who have long been observing feminist endeavors, while being themselves women's rights activists, interpret the present situation beyond ideological fault lines.
 
Deadline for registration: 10 March 2016. Information: http://www.asienundeuropa.uzh.ch/events/conferences/feminism.html 
 
 
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2. Panel: "Societal Factors Shaping Middle East Foreign Policies", British Society for Middle Eastern Studies (BRISMES) Conference, Wales, 13-15 July 2016
 
The panel seeks to advance understanding of how societal factors have affected foreign policy in fragmented and authoritarian contexts where formal mechanisms of representation and influence are lacking or ineffective. It highlights societal influences on short-term policy decisions as well as broader strategic reorientations.
 
Deadline for abstracts: 4 March 2016. Information: https://networks.h-net.org/node/73374/announcements/112847/societal-factors-shaping-middle-east-foreign-policies-call 
 
 
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3. Conference: "20 Years of 'Iran and the Caucasus': a Breakthrough",  Aghveran, Armenia, 21-23 October 2016
 
This conference aims at hosting the academically oriented generation of scholars in the field that would like to further advance research through publishing new scholarly materials. The conference is open to any topic in the field of Iranian, Caucasian, Turkic, Islamic, Middle Eastern Studies. Anthropology, linguistics, religion, literature, history, politics and other relevant academic disciplines will be in the scope of this scholarly forum.
 
Deadline for abstracts: 21 April 2016. Information: http://armacad.info/a/confcfp-20-years-of-iran-and-the-caucasus-a-breakthrough-21-23-oct-2016-aghveran-armenia 
 
 
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POSITIONS
 
 
4. University Lectureship in Ottoman History and Culture, Leiden University, Netherlands 
 
Requirements are, among others: specialist knowledge of Ottoman history and culture, including the ability to work with primary Ottoman source material; survey knowledge of the Middle East at large; a PhD degree in a relevant field, research experience in Turkey or other locations relevant to the study of Ottoman history and culture; an excellent command of Ottoman Turkish, Modern Turkish and English. 
 
Deadline for application: 21 March 2016. Information: http://werkenbij.leidenuniv.nl/vacatures/wetenschappelijke-functies/16-052-vacature-universiteit-leiden-university-lectureship-in-ottoman-history-and-culture.html
 
 
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5. University Lectureship in Anthropology and Islamic Studies with Focus on Morocco, Leiden University, Netherlands 
 
Requirements are, among others: a PhD degree in a relevant field, research experience in the Middle East, including anthropological fieldwork; specialist knowledge of Morocco and survey knowledge of the Middle East at large; advanced proficiency in Moroccan Arabic (proficiency in Modern Standard Arabic is an advantage); an excellent command of English. 
 
Deadline for application: 21 March 2016. Information: http://werkenbij.leidenuniv.nl/vacatures/wetenschappelijke-functies/16-051-vacature-universiteit-leiden-university-lectureship-in-anthropology-and-islamic-studies-with-special-attention-to-morocco.html 
 
 
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6. Project Curator Islamic Galleries, British Museum, London
 
The post-holder will assist the team with all aspects of the preparatory work for the new galleries. Educated to degree level, or equivalent, in a subject connected to the material culture of the Middle East and broader Islamic World, you will have knowledge of either Arabic, Persian or Turkish. Experience will include evidence of research capabilities, working with a collection and some publication experience, as well as excellent computer skills.
 
Deadline for application: 9 March 2016. Information: https://atsv7.wcn.co.uk/search_engine/jobs.cgi?SID=amNvZGU9MTUzNzcyMiZ2dF90ZW1wbGF0ZT02NzImb3duZXI9NTAyNzczNSZvd25lcnR5cGU9ZmFpciZicmFuZF9pZD0wJnJlcXNpZz0xNDU1NTM4OTU3LWYyNDg5YWI5OWZjOWJiM2FkOWY0MTdmYzFmNzY3NjI3YmFkMDUxNzU 
 
 
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7. Associate Professor in Modern Arabic Language and Culture, University of Oslo 
 
Requirements are: PhD or equivalent academic qualifications with a specialization in Arabic sociolinguistics, applied linguistics, discourse analysis, translation studies, or related fields of research; advanced level of linguistic competence in Arabic and English; pedagogical skills and a willingness to take active part in academic leadership and administration.
 
Deadline for application: 4 April 2016. Information: http://uio.easycruit.com/vacancy/1513053/62042?iso=no 
 
 
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8. Associate Professor in Modern Turkey: History, Language and Culture, University of Oslo 
 
Requirements are: PhD or equivalent academic qualifications with a specialization in the study of Turkey or The Ottoman Empire after the middle of the 19th century; the ability to use oral and written Turkish language sources in research and in courses taught at all levels; pedagogical skills and a willin8gness to take active part in academic leadership and administration.
 
Deadline for application: 18 May 2016. Information: http://uio.easycruit.com/vacancy/1513033/62042?iso=no 
 
 
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OTHER INFORMATION
 
9. AAR-Luce Fellowships in Religion and International Affairs, American Academy of Religion (AAR), Washington, DC
 
Fellows will participate in substantive work of the Department involving religion and international affairs. They will receive a stipend of up to $6,500 per month plus up to $1,500 as a relocation subsidy. To be eligible, applicants must hold a PhD or ThD, grounded in the humanities or related social sciences, be a US citizen, have at least five years' full-time professional work experience, and possess substantial academic expertise on religion outside of North America.
 
Deadline for application: 31 March 2016. Information: http://www.aarweb.org/programs-services/call-for-applications-for-aar-luce-fellowships-in-religion-and-international
 
 
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10. Summer School: "Understanding Islamist Movements: Historical Roots and Current Realities", Université de Genève, 20 June - 1 July 2016
 
This course asks how we should understand the various political movements that claim to act in the name of Islam. We will examine the historical roots of political Islam, trace the origins of the movement known as Salafism and the changing uses of the term "jihad". Scholarships in the form of tuition reduction may be available.
 
Deadline for registration: 1 May 2016. Information: http://www.genevasummerschools.ch/courses/courses-2016/understanding-islamist-movements
 
 
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11. International Politics Summer School, Oxford University, UK, 31 July - 13 August 2016
 
The program consists of four seminars (Middle East, Russia, Latin America, East Asia) and general lectures.  Participants have access to the library resources of the area studies centres of St Antony's College, the University of Oxford main (Bodleian) collection and the University of Oxford's social science library.
 
Deadline for application: 15 April 2016. Information: http://www.conted.ox.ac.uk/L200-1