vendredi 6 mai 2016

ARABIE SAOUDITE ENTRE ÉVOLUTIONS ET RÉVOLUTION(S) ?

COMPTE RENDU DE LA REVUE ORIENTS STRATÉGIQUES NUMÉRO 3, ANNÉE 2016, « ARABIE SAOUDITE ENTRE ÉVOLUTIONS ET RÉVOLUTION(S) ? » 
ARTICLE PUBLIÉ LE 05/05/2016

http://www.lesclesdumoyenorient.com/Compte-rendu-de-la-revue-Orients-Strategiques-numero-3-annee-2016-Arabie.html
Compte rendu de Ines Zebdi

Ce numéro d’Orients Stratégiques, sous la direction de Sébastien Wesser, docteur en études anglophones et consultant en relations internationales, présente une analyse des relations du royaume avec des pays clés comme le Yémen, le Pakistan ou encore Israël, et aborde ses relations historiques avec la France et les États-Unis. Dans un deuxième temps, la revue se penche sur les enjeux économiques et confessionnels auxquels les autorités sont également confrontées. Le présent article, compte rendu de la revue Orients Stratégiques, a ainsi pour but d’apporter un éclairage sur les enjeux régionaux et internationaux actuels auxquels le royaume est confronté.
L’Arabie saoudite, monarchie pétrolière, donne souvent une image d’abondance et d’influence, économique mais aussi religieuse avec la présence, sur son territoire, des deux villes saintes de Médine et de La Mecque. Vu d’Occident, le pays est également souvent perçu comme le pays des excès : religieux, avec la pratique d’un islam rigoriste, excès de répression d’une jeunesse qui souhaite s’émanciper, excès dans son jeu d’alliance internationales et dans ses luttes politiques internes. L’Arabie saoudite a, dans l’imaginaire collectif, une image qui la réduit souvent à ses puits de pétrole et ses pétrodollars dans une région instable, mais cette vision caricaturale d’un royaume mal connu des Occidentaux reflète mal la réalité de la société saoudienne et la complexité de ses relations à l’international.
L’Arabie Saoudite est le plus grand pays de la région du Golfe persique avec une population de 27,7 millions d’habitants, dont plus de 30% d’étrangers. Cette démographie représente à la fois une faiblesse et un enjeu pour le pays, ses voisins étant beaucoup plus peuplés. L’État saoudien est le résultat d’un projet commun entre Muhammad bin Saoud Al Saoud et le prédicateur Muhammad bin Abd Al-Wahhab au début du XVIIIème siècle, qui confie le pouvoir temporel aux Saoud, et le pouvoir religieux aux oulémas, instances religieuses, donnant ainsi un rôle primordial au religieux dans les affaires intérieures et extérieures du pays. Cet élément a son importance dans le contexte du retour actuel de l’Iran chiite sur la scène internationale. L’année 2015 restera importante pour l’Arabie saoudite, qui a vu l’accession au trône du Roi Salmane, demi-frère du précédent souverain, le Roi Abdallah. La succession a entraîné des réactions mitigées à l’intérieur du royaume et à l’international, à un moment où les luttes familiales sont toujours présentes et où les jeunes générations souhaitent une intégration sociale et politique plus grande, dans un pays où la moitié de la population a moins de 25 ans. Le défi majeur qui se pose à l’Arabie saoudite actuellement est celui de l’ère post-pétrolière. Les cours récents du pétrole, tombés à un très faible niveau, pénalisent certes ses concurrents de la même manière, mais privent également le pays de revenus, alors que les questions économiques sont au cœur de ses priorités, au même titre que les enjeux régionaux.
Le premier article de David Rigoulet-Roze, enseignant-chercheur, rattaché à l’Institut d’Analyse Stratégique et rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques, aborde la politique régionale de Riyad vis-à-vis du Yémen, sujet plus que jamais d’actualité pour le royaume. Les relations entre les deux pays ont toujours été problématiques, notamment depuis la délimitation des frontières au début des années 2000, et l’Arabie saoudite reste toujours méfiante vis-à-vis du pays depuis l’unification entre le Nord et le Sud en 1990. L’intervention militaire lancée en mars 2015 contre les milices Houthies fait suite à des nouveaux conflits internes au Yémen. Cette opération, menée par l’Arabie Saoudite, est le fait d’une coalition de plusieurs pays désireux de restaurer la légitimité institutionnelle du président Abdo Mansour Hadi perdue après la prise du pouvoir par les milices Houthies. L’ambition de Riyad est également d’endiguer les milices chiites zaydites, représentant un intérêt iranien. Ce n’est pas la première fois que l’Arabie saoudite intervient au Yémen : elle l’avait notamment déjà fait en 2009 lors d’un conflit entre l’armée yéménite et des groupes rebelles zaydites. En effet, la situation au Yémen préoccupe les Saoudiens qui voient le pays comme une zone stratégique, particulièrement en termes de sécurité, notamment avec la menace que fait peser AQPA (Al Qaeda dans la Péninsule Arabique) et la peur d’une ingérence de l’Iran. En octobre 2009, le quotidien Al Sharq El Awsat révèle que derrière les conflits au Yémen, il faudrait en fait voir l’Iran et les Pasdarans, désireux de créer deux États, un imamat chiite au Nord dirigé par les Houthis et un au Sud dirigé par plusieurs groupes politiques, ce qui permettrait à Téhéran de s’implanter stratégiquement dans le pays. Le pouvoir yéménite de l’époque, puis le président Hadi en transition, affirmaient également n’avoir aucun doute sur l’agenda iranien de la rébellion Houthie. Ils ont chacun réitéré que le Yémen n’accepterait aucune ingérence étrangère, et demandé à l’Iran de réviser sa position sur la situation du pays. La politique yéménite a été le cadre d’une polarisation confessionnelle, avec une montée en puissance des Houthis, sous le nom d’Ansarallah. Implantés dans le Nord du pays, ils ont quasiment pris le contrôle de la capitale Sanaa en septembre 2014 et ont poussé le Président Hadi à la démission. Lorsque les Houthis ont encerclé Aden en mars 2015, l’Arabie saoudite a pris la décision d’intervenir militairement sur le territoire, dans une action appelée « tempête décisive », avec à ses côtés une coalition de pays sunnites. Le Yémen se retrouve en situation de « dommage collatéral » de la rivalité géopolitique entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Cette intervention militaire, dont la deuxième étape a été renommée « restauration de l’espoir » à partir d’avril 2015, a pourtant déjà causé près de 5 000 morts à l’automne 2015, et plusieurs sites historiques classés au patrimoine mondial de l’UNESCO sont en danger. Les attaques contre le Yémen ne sont pas nouvelles, l’Arabie saoudite ayant auparavant déjà coupé ses aides au pays et renvoyé 800 000 travailleurs yéménites au moment de la réunification du pays. Après l’intervention militaire, il semble que le conflit soit amené à durer, ce qui pose, à terme, la question de la possibilité d’une union entre le Nord et le Sud, qui n’était déjà que très récente.
Le deuxième article, de Michel Makinsky, chercheur associé et directeur général d’Ageromys International est intitulé « Iran-Arabie saoudite : quel dialogue après l’accord nucléaire ? ». L’accord concernant le nucléaire iranien signé en 2015, représente la concrétisation des craintes du régime saoudien, à savoir le retour de l’Iran en tant que puissance régionale, d’où une diplomatie irano-saoudienne contrariée. Même sans qu’il y ait eu de déclaration officielle, certains experts estiment que l’Arabie saoudite serait prête à se lancer dans la course à l’arme nucléaire si l’Iran se lançait dans une recherche non destinée à l’usage civil. Les États-Unis, alliés de l’Arabie saoudite, ont pourtant rassuré le royaume en leur affirmant qu’ils veilleront à surveiller les positions de l’Iran, confirmant ainsi les relations que Washington et Riyad entretiennent. De plus, l’Arabie saoudite sort gagnante en un sens, car les États-Unis souhaitent renforcer le soutien qu’ils lui apportent, et l’ont notamment appuyée dans le conflit au Yémen. Un « partenariat stratégique pour le 21ème siècle » devrait être mis en place entre les deux pays. 
La rivalité entre l’Iran et l’Arabie saoudite est d’abord géostratégique, et vise une hégémonie régionale avant d’être religieuse, même si la rivalité s’illustre par le clivage chiite/sunnite avec notamment l’exécution récente du Sheikh chiite Nim Baqr Al-Nimr par Riyad. Cet acte rapide et inexpliqué montre que l’Arabie saoudite peut être amenée à adopter une diplomatie aléatoire pour protéger ses intérêts. Le pays a aussi attaqué le Yémen, notamment pour combattre les Houthis chiites représentant des intérêts de l’Iran, et il est engagé sur d’autres fronts, ce qui pourrait représenter, à terme, un risque pour la puissance. Les relations entre l’Iran et l’Arabie saoudite se sont aussi tendues récemment après les incidents de septembre 2015 à La Mecque qui ont causé la mort de plus d’un millier de personnes, dont au moins 460 Iraniens. Suite à ce drame, l’Iran a fortement critiqué et remis en cause la légitimité des autorités saoudiennes dans l’organisation du pèlerinage. Le royaume saoudien, soutenu par les pays du Conseil de Coopération du Golfe, s’est engagé à mener une enquête avec toute la transparence nécessaire afin d’identifier les responsables en cas de faute, tout en rappelant à l’Iran que ces événements dramatiques ne devraient pas être utilisés à des fins politiques. Un deuxième élément venant tendre les relations entre les deux puissances est l’arrestation, par les autorités libanaises, d’Ahmed Ibrahim Al-Mughassil, un Libanais chiite transféré en Arabie saoudite qui est accusé d’être l’un des auteurs de l’attentat des tours de Khobar en 1996. Enfin, l’enlisement de la crise syrienne pèse également sur les relations bilatérales, les deux pays s’opposant sur la solution politique à adopter, notamment sur le maintien ou non de Bachar Al-Assad, et sur la période qui suivra sa chute éventuelle.
Après la signature de l’accord sur le nucléaire, même si Téhéran affirme vouloir établir de bonnes relations avec ses voisins dans la région, le dialogue entre l’Iran et l’Arabie saoudite semble plus que jamais compromis actuellement. Pourtant, de bonnes relations entre les deux pays pourraient permettre une coopération économique mutuellement profitable.
Le troisième article, de Laurent Amelot, chargé d’enseignement à l’ILERI et membre du groupe de réflexion Asie 21 s’intitule « Arabie saoudite - Pakistan : un changement de paradigme sécuritaire par l’opération ‘’tempête décisive’’ ? ». Le Pakistan est l’un des principaux alliés musulmans de l’Arabie saoudite, et Riyad a récemment décidé de renforcer les relations qu’ils entretiennent, avec l’idée de faire de l’armée pakistanaise le pivot de la sécurité intérieure et frontalière saoudienne. Même si Islamabad est officiellement restée neutre dans le conflit saoudien au Yémen, le pays reste un allié de l’Arabie saoudite. 
Depuis les attentats de septembre 2001, les relations entre l’Arabie saoudite et les États-Unis s’étaient quelque peu détériorées, ce qui avait amené le royaume à se rapprocher du Pakistan et de l’Inde, notamment sur des questions énergétiques et de lutte contre le terrorisme. Cela représente également un coup diplomatique vis-à-vis de l’Iran, qui se présente comme une puissance alternative dans la région, depuis la chute de Saddam Hussein et les contestations chiites internes à l’Arabie saoudite. En effet, un rapprochement entre Riyad et Dehli se fait au détriment de l’Iran, dont les exportations vers l’Inde diminuent de façon significative. C’est également vers le Pakistan que l’Arabie saoudite pourrait se tourner si elle souhaite se lancer dans la course à l’arme nucléaire. 
Le Pakistan a déployé à deux reprises des conseillers militaires en Arabie saoudite : au moment de son attaque des rebelles Houthistes et lors de l’action visant à contenir les rebellions chiites à Bahreïn. En revanche, le Pakistan a refusé de se joindre en tant qu’État à la coalition menée par l’Arabie saoudite dans le conflit au Yémen, qui a une forte connotation religieuse, notamment pour ne pas raviver des tensions confessionnelles existantes sur son territoire. Le Pakistan veut également éviter de brouiller toute relation avec l’Iran, avec qui il partage une frontière terrestre. L’Arabie saoudite a alors élargi ses rapports économiques avec l’Inde, et même si les accords entre le Pakistan et l’Arabie saoudite existent toujours, ils pourraient être réévalués.
Le quatrième article d’Olivier Danino, chercheur à l’institut français d’analyse stratégique (IFAS), s’intitule « Israël-Arabie saoudite : s’allier discrètement ou s’ignorer dans la tourmente ? », et aborde la question peu traitée des relations entre les deux pays. Même s’il n’existe pas de relations diplomatiques entre Israël et l’Arabie saoudite, il n’y a pas d’affrontements entre les deux pays, et certains de leurs intérêts peuvent même converger, notamment sur la question iranienne. Les divisions sont nombreuses, mais un rapprochement stratégique pourrait être envisageable. La position officielle saoudienne est anti-israélienne, ouvertement pro-palestinienne et favorable à un retour aux frontières existant avant 1948. Depuis les années 1980, un certain rapprochement entre Israël et l’Arabie saoudite s’opère toutefois, avec le prince héritier Fahd qui a proposé un plan de réconciliation entre les pays arabes et Israël si un État palestinien était reconnu. En 2002, le Roi Abdallah reprend l’idée de ce « plan de paix » adopté par la Ligue Arabe, mais l’enlisement du conflit israélo-palestinien empêche les États arabes d’adopter une véritable position favorable envers Israël, ce qui permet également de consolider leur pouvoir dans l’identification d’un ennemi commun. Israël quant à lui ne serait pas opposé à une ouverture à la péninsule arabique et l’Arabie saoudite, à condition que cela ne l’engage pas sur le dossier palestinien. 
Les deux pays ont une relation privilégiée avec les États-Unis, comptent la Jordanie et l’Égypte parmi leurs alliés et s’inquiètent tous les deux de la position iranienne ; une alliance entre les deux ne semblerait donc pas impossible. Il n’y a pas pour l’instant de relations assumées, mais il existe un potentiel de rapprochement entre les deux États, même si une alliance avec Israël pourrait coûter cher aux dirigeants saoudiens.
Le cinquième article est un compte rendu de l’évolution politique et économique de l’Arabie saoudite d’après les archives du Quai d’Orsay, écrit par Ata Ayati, chercheur en histoire contemporaine, spécialiste de l’Iran et directeur de la collection « L’Iran en transition » à L’harmattan. Cet article mettant l’accent sur l’économie saoudienne a été rédigé d’après un rapport datant de 1954. L’Arabie saoudite est à ce moment-là l’un des principaux fournisseurs de pétrole de la France, et le rapport préconise au ministre de suivre avec attention la situation politique économique de ce pays. Au moment où ce rapport est rédigé, l’Arabie saoudite connaît une transformation de sa structure sociale, avec notamment d’importantes grèves ouvrières. Le nombre de travailleurs formant la classe ouvrière saoudienne augmente, avec de plus en plus de Bédouins acquérant des compétences techniques pour travailler. Un doute a pu alors planer sur la stabilité des structures du pouvoir, mais le régime est solide et ne pliera pas sous la pression des grévistes. Cette période est également le moment où le royaume se modernise et se dote de structures administratives et financières avant la mort d’Ibn Saoud, sous la pression de son fils qui va lui succéder. En 1952, une agence monétaire, et non pas une banque, en conformité avec les lois religieuses, est créée pour tenter de réduire la fluctuation des taux de change. Le riyal n’étant pas la seule monnaie utilisée pour les échanges et transactions à l’époque, l’Arabie saoudite devait se doter d’un système monétaire propre pour stabiliser son économie. Un fonds de stabilisation est également mis en place avec les États-Unis pour renforcer la stabilité de la monnaie. 
La découverte du pétrole fut une découverte essentielle pour l’Arabie saoudite : elle lui amena des investissements étrangers, notamment américains, représentant 55 millions de dollars en 1947 et une assurance de revenus pour la suite. La France à l’époque importe du pétrole d’Arabie saoudite mais n’est pas son premier partenaire, se plaçant après les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Inde, le Japon, l’Afrique du Sud et l’Italie. Le marché saoudien représente par contre un marché pour les industries françaises dans le domaine des équipements de base pour les infrastructures pétrolières et périphériques. Le rapport pose déjà en 1954 la question de l’avenir économique de l’Arabie saoudite avec la question d’un développement économique peu diversifié et peu de capital productif.
Le sixième article, rédigé en anglais par Philippe Dauba-Pantanacce, chef économiste en charge de la Turquie, du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord chez Standard Chartered, se penche sur les enjeux économiques posés à l’Arabie Saoudite à court terme et détaille les besoins de réforme du modèle économique du pays. Cet article revient sur la situation économique du royaume, décrite comme à un carrefour décisif, avec un pays tiraillé entre des pressions extérieures et intérieures et devant probablement se réformer. En effet, le pays a récemment dû faire face à la chute des prix du pétrole du fait de la baisse globale de la croissance notamment. Ce moment est également déterminant sur le plan politique, car il intervient au moment de la succession de pouvoir, à une période où le pays craint un rapprochement de l’Occident avec l’Iran, ce qui a des répercussions sur les choix de politique budgétaire saoudiens et sur la politique pétrolière menée. Les défis structurels en Arabie saoudite ne sont pas nouveaux ; la majorité de la population saoudienne a moins de 25 ans et la création d’emploi représente le plus grand défi sociétal pour le pays aujourd’hui. Pour pouvoir rester durable, l’économie se trouve face à un devoir de diversification, en dehors de l’industrie des hydrocarbures, même si le marché du travail peut présenter des résistances. 
Fin 2015, le prix du baril de pétrole est descendu sous la barre des 50 dollars, ce qui représente moins de la moitié de ce qu’il coûtait une année auparavant. L’Arabie saoudite peut faire face à ce choc économiquement, compte tenu du fait que le pays a une dette publique quasi inexistante et possède suffisamment de réserves. Mais la question de la durée et de la répétition de ces chocs se pose, et le pays devrait pour cela mettre en œuvre des réformes structurelles pour pouvoir endiguer les chocs futurs. Pour l’instant, le pays continue de produire autant de pétrole, qui représente toujours 90% du revenu de l’État, et il n’a pas modifié ses dépenses. Alors que l’année 2013 était une année excédentaire pour le pays, 2014 a été une année déficitaire à hauteur de 17 milliards, et le déficit de l’année 2015 devrait s’élever à 130 milliards de dollars. L’année 2015 fut une année particulière pour le pays, non seulement à cause de la chute des prix du pétrole mais également en raison de la succession au trône, qui engendre toujours traditionnellement des dépenses, mais pour la première fois en vingt ans, la balance courante va se retrouver en position déficitaire. La croissance reste malgré tout positive, grâce au fait que le pays possède une des plus grandes réserves de monnaie, à une dette publique quasi-inexistante et un coût de production du pétrole très bas. Pour la première fois depuis 2007, l’État saoudien a pris la décision d’émettre à hauteur de 30 milliards de dollars des bons du Trésor assortis de différentes maturités afin de bâtir une courbe de rendements. L’émission de ces obligations devrait avoir un effet positif en permettant d’attirer davantage d’investisseurs institutionnels et de participants sur le marché et, d’une manière générale, de renforcer la transparence du système, même si le pays est encore accusé de manquer de transparence. 
À court et moyen terme, le pétrole reste une bénédiction pour l’Arabie saoudite, et au rythme actuel de la production, les réserves pourraient durer encore un siècle. La place d’exportateur du pays est indéniable, avec un coût de production parmi les plus faibles du monde de 5 dollars par baril, ce qui reste profitable pour le pays même en situation de chute des prix. Le problème qui se pose au royaume est celui de sa propre consommation, très élevée, et qui pourrait lui faire diminuer sa quantité exportable dans le futur, notamment parce que les incitations à économiser de l’énergie sont très faibles. Aujourd’hui, le défi de la diversification se trouve dans les secteurs fortement consommateurs d’énergie et dont le modèle économique repose précisément sur la fourniture subventionnée d’énergie et/ou d’eau considérées comme des matières bon marché. Une réforme du système de subventions permettrait de dégager une marge de manœuvre budgétaire qui pourrait être consacrée à des dépenses budgétaires plus productives. Mais remettre en question le système des subventions suppose également de remettre en cause les stratégies de diversification de l’économie. Une réforme est difficile à entreprendre dans un pays pétrolier comme l’Arabie saoudite, où l’accès à des produits de base est perçu comme l’un des principes fondateurs de la cohésion nationale. Toute une partie des dépenses saoudiennes n’est pas définie, notamment en ce qui concerne les aides aux pays étrangers, par exemple celles destinées à ses alliés sunnites dans la région ou les dépenses liées au conflit au Yémen, qui peuvent varier. Le renforcement du système budgétaire est aussi essentiel pour l’Arabie saoudite, notamment pour une meilleure planification annuelle du budget. Les dépenses publiques augmentant d’années en années, le pays est susceptible de devenir plus vulnérable aux chocs des prix du pétrole.
Les pressions démographiques existant en Arabie saoudite aujourd’hui et un système éducatif peu adapté sont sources de défis pour le marché du travail. Il n’y a pas de concordance entre les compétences des diplômés et les besoins du secteur privé sur le marché, et 80% des femmes diplômées restent sans emploi. De plus en plus d’étudiants font le choix d’étudier à l’étranger, car les cursus proposés en Arabie saoudite sont peu adaptés à la demande des jeunes, notamment en matière scientifique. Le secteur public ne peut plus absorber tous les diplômés comme c’était le cas auparavant, et le marché du travail doit se réformer, mais cela suppose une évolution des mentalités en parallèle. En effet, de plus en plus d’efforts sont déployés pour que des ressortissants nationaux soient embauchés dans le secteur privé, notamment au moyen de l’imposition de quotas. Ces initiatives comme « Nitaqat » ont permis de créer 500 000 emplois entre 2011 et 2013 pour des nationaux, mais ont entraîné le départ d’un million de travailleurs étrangers. Cela a également engendré des dérives, notamment la création d’emplois fictifs pour les nationaux, les postes étant en fait occupés par un étranger. Ces politiques ont été très coûteuses pour les entreprises, dont de nombreuses ont fait faillite. Deux problèmes se posent à elles : embaucher des nationaux est coûteux, les candidats n’étant pas toujours formés pour le poste, et il y a également un manque d’intérêt certain pour le secteur privé de la part des nationaux. D’après un sondage réalisé entre 2013 et 2015, 75% d’entre eux préfèrent toujours le secteur public. 
Tous ces défis posés à l’Arabie saoudite constituent un danger potentiel pour l’économie du royaume, même si le pays reste la première puissance économique de la région et conserve sa position d’un des plus gros producteurs de pétrole dans le monde, générant chaque année une somme extrêmement importante de revenus. Mais compte tenu de la situation actuelle, le pays devrait mettre à profit toutes ses richesses pour mettre en place des réformes structurelles afin de s’engager dans la voie d’un développement économique durable. Les changements doivent être en effet macroéconomiques, mais également sociopolitiques.
Le septième article « Les chiites de l’Arabie saoudite : résistances, radicalisations et la sectarisation de l’ordre régional dans le Golfe Persique » est écrit par Marius Lazar, chargé de cours à l’Université Babes-Bolyai en Roumanie, et Ecaterina Matoi, doctorante à l’Université de Bâle en Suisse. La minorité religieuse chiite est souvent victime de discriminations économique, religieuse et politique dans les pays du Golfe. Cette appréhension vis-à-vis de cette communauté est en partie liée à l’Iran, accusé de déstabiliser les pays sunnites de l’intérieur. En Arabie saoudite, la population chiite représenterait entre 10% et 15% de la population. La rupture qui existe avec l’État saoudien s’explique de plusieurs manières : une rivalité entre le wahhabisme et le chiisme, la présence de chiites dans les régions pétrolières, et la relation tendue entre l’Arabie saoudite et l’Iran. Dans les monarchies du Golfe, les chiites possèdent un statut socio-politique inférieur, auquel s’ajoute une discrimination due à l’altérité religieuse, et ils sont souvent exclus du champ décisionnel. La géopolitique du chiisme en Arabie saoudite possède également des aspects sécuritaires, au-delà de la dimension purement religieuse, notamment concernant la localisation des communautés chiites. Elles se situent en majorité dans la Province de l’Est, dans les oasis de Qatif et Al-Hasa, où se trouvent les principaux gisements pétroliers du pays. Cette région en général est habitée par une importante population de chiites, dans le prolongement de l’Iran, l’Irak et Bahreïn. Les chiites sont victimes de restrictions de leurs libertés religieuses, de l’interdiction de construire des mosquées dans certains lieux, et de célébrer certaines de leurs fêtes comme Achoura. Ils sont également soumis à des restrictions politiques et sociales, avec par exemple une limitation de l’accès à la fonction publique. Un imaginaire anti-chiite existe depuis le Moyen Âge et il a été mis au service des acteurs politiques et religieux saoudiens et voisins pour fonder une idéologie nationale officielle. Une certaine partie des habitants chiites ont été employés pour l’ARAMCO, ce qui leur a donné une identité et une conscience de classe ouvrière, les rapprochant d’un idéal d’égalité et de justice en société et déclenchant un certain activisme gauchiste. Depuis 1975 et l’arrivée au pouvoir du Roi Khaled, le pouvoir s’est montré plus réceptif aux revendications de la communauté chiite, mais cette évolution cessera avec la montée de groupes comme Hezbollah notamment. 
Les chiites saoudiens ont connu un processus de repli identitaire, et de politisation et de radicalisation, d’un côté, vers la gauche contestataire, et de l’autre, vers des courants islamistes chiites, beaucoup de religieux chiites ayant étudiés à Kerbala et Najaf où ils ont eu des contacts avec des chiites de l’étranger. Le mouvement Al-Shiraziyyin, issu d’une famille cléricale de Kerbala, représente le mouvement chiite en Arabie saoudite et dans d’autres pays du Golfe. Le représentant en Arabie saoudite s’appelle Shaykh Hassan Al-Saffar. Il a fondé avec d’autres militants l’Organisation de la Révolution Islamique en Péninsule Arabique en 1979 après la Révolution islamique en Iran. Ce grand mouvement de contestation interne et de remise en cause de la légitimité des autorités saoudiennes, soutenu par l’Iran, a déclenché une réponse sévère des autorités royales, affectant profondément les relations entre le pouvoir et les communautés chiites et provoquant des exils vers l’Iran et l’Occident. Les chiites saoudiens ont été soutenus par les groupes chiites de la région, notamment le Hezbollah et les Pasdarans iraniens pour former un Hezbollah Al Hidjaz. Après la mort de l’Ayatollah Khomeini, le mouvement chiite saoudien s’est désolidarisé de Téhéran, et les relations avec le pouvoir saoudien se sont améliorées quelque peu, les chiites renonçant aux actions violentes et le wahhabisme reconnaissant en échange l’existence du chiisme, notamment dans les programmes scolaires. 
Les révolutions de 2011 dans la région du Golfe avec notamment les soulèvements à Bahreïn, la dimension sectaire qu’ont pris les conflits en Irak et en Syrie et le retour de l’Iran sur la scène internationale ont ramené la question chiite au centre des préoccupations de Riyad. De plus en plus, l’ordre régional est caractérisé par une sectarisation, la rivalité Arabie saoudite-Iran restant au cœur des tensions, dans une compétition pour l’hégémonie régionale. L’Iran continue à soutenir tout acteur étatique ou régional qui pourrait présenter un intérêt pour lui. C’est pourquoi il soutient la population chiite saoudienne, dans un but de faire pression sur le royaume saoudien. Le régime de Téhéran a notamment appelé les chiites à se soulever contre le pouvoir, suivant les révoltes à Bahreïn. Cette implication de Téhéran dans le Golfe et en Arabie saoudite sur la question chiite justifie le retour des politiques restrictives de Riyad après une période qui se voulait relativement apaisée. L’élément iranien, et les révoltes de 2011 en Arabie saoudite qui n’ont concerné quasiment que les régions chiites, ont entraîné une répression de la part du régime, et une radicalisation des deux camps sur la question. Le « Mouvement pour la Réforme » tente de faire pression sur le gouvernement pour une meilleure intégration des chiites dans la société, et les ulémas wahhabites adoptent un discours plus anti-chiite qu’auparavant. Une partie de la communauté chiite se radicalise et promeut une stratégie militante et proactive, comme le Shaykh Nimr al-Nimr qui souhaite la sécession de la province de l’Est. Son arrestation en mars 2012 a causé de nouveau de nombreuses contestations, souvent violentes dans le pays, mais il sera tout de même exécuté, en janvier 2016. 
La question chiite en Arabie saoudite illustre bien les liens entre enjeux internes et influences externes spécifiques au Moyen-Orient. Dans la situation géopolitique actuelle, les acteurs régionaux et les communautés religieuses peuvent devenir des facteurs de déstructuration interne, surtout lorsqu’ils bénéficient d’un soutien externe. La présence, dans la région pétrolière de al-Hasa, de populations chiites qui sont un puissant élément de déstabilisation potentielle, explique les politiques répressives adoptées par Riyad. Mais à l’heure où les populations chiites connaissent une certaine renaissance dans la région, les chiites saoudiens supportent mal leur mauvaise intégration dans la société et le refus d’un pluralisme religieux dans le royaume. Les revendications mises en avant par ces populations, présentées par Riyad comme provenant d’une menace extérieure, relaient également des revendications internes qui touchent une plus grande partie de la population et qui concernent le chômage, les inégalités…
Le huitième article a été co-écrit par Sébastien Wesser, docteur en études anglophones et consultant en relations internationales, etGaëlle Znaty, présidente du comité Moyen-Orient de l’Anaj-Ihedn. Ensemble, ils reviennent sur l’évolution de la relation américano-saoudienne depuis la présidence d’Obama. Depuis la rencontre entre Ibn Saoud et Roosevelt en 1945 sur le croiseur USS Quincy, l’Arabie saoudite est un allié incontournable et pérenne des États-Unis dans la région. Cette relation, qui ne semblait pas d’emblée naturelle, est basée sur des intérêts économiques de la part de Washington et militaires de la part de Riyad, et s’est imposée comme une relation « d’habitude », les élites des deux pays travaillant ensemble. Pourtant, depuis 2001, les relations sont un peu plus tendues et les intérêts des deux pays semblent diverger sur certains points, notamment depuis la signature de l’accord iranien qui fait craindre à Riyad sa marginalisation dans la politique moyen-orientale de Washington. 
L’Arabie saoudite étant le premier producteur de pétrole avec une production représentant 13,1% de la production mondiale en 2013, elle joue un rôle majeur dans l’économie internationale, et les États-Unis veillent au bon acheminement du pétrole dans l’ensemble des marchés de la planète. Les deux pays ont passé un accord pour « lisser » les fluctuations des prix du pétrole afin que les chocs ne soient pas trop importants pour le marché, tout en conservant un prix intéressant pour les revenus de l’Arabie saoudite, et pour les consommateurs. L’accord avec l’Iran faisait craindre des conséquences sur les cours du pétrole, mais Riyad a choisi de poursuivre sa politique de baril à bas prix, avec même de nouvelles prédictions de baisse. Le pétrole reste donc l’élément clé de la puissance saoudienne, mais il pourrait aussi être son point faible en cas de déstabilisation régionale ou de changement du marché. En contrepartie de l’accord sur le pétrole, Washington doit apporter un soutien militaire au pays et à la région. En revanche, depuis l’arrivée au pouvoir de Barack Obama, la stratégie américaine semble avoir changé, et la présence de forces américaines dans la région serait justifiée comme étant un outil structurant pour la sécurité de la région et non plus comme un élément de l’action américaine dans le Golfe persique. L’Arabie saoudite affirme en retour de plus en plus sa volonté de se défendre même dans le cas où Washington viendrait à manquer à sa promesse de sécurité. Pourtant, les États-Unis ont vendu à leur allié toujours plus d’équipements militaires. En 2014, l’Arabie saoudite a ainsi déboursé 80,7 milliards en dépenses militaires, et son budget militaire a augmenté de plus de 78% en seulement 5 ans. Cela en fait le premier marché mondial devant l’Inde et le Brésil, et la part de ce marché détenue par les États-Unis représente 87,5% sur la période 2008-2011. Cette situation excessive représente un risque pour la gestion budgétaire de l’État et ses capacités à financer une transition économique. 
Même si les attentats de 2001 ont pu affecter les relations entre les deux pays, les élites travaillent ensemble depuis 70 ans, faisant de leur relation un lien stable entre les deux puissances. En période de crise économique, ces liens sont au cœur de la relation entre les deux alliés, Riyad attirant Washington par des contrats lucratifs, les États-Unis exportant toujours plus vers l’Arabie saoudite, notamment des produits manufacturés (automobiles, machines industrielles, aviation, matériel médical, produits chimiques…), mais aussi des produits agricoles et des services. En 2012, 450 entreprises américaines se sont implantées en Arabie saoudite, prouvant la volonté des États-Unis d’inscrire la relation commerciale bilatérale sur le long terme. À un moment important pour l’Arabie saoudite, où les enjeux démographiques conduisent le pays à effectuer des investissements nécessaires à la transition économique, les États-Unis sont pour elle un soutien actif. Même s’il existe des divergences politiques entre les deux pays, les relations commerciales semblent bien enracinées et le virage des États-Unis vers une politique plus iranienne semble pour l’instant peu probable. En revanche, il sera intéressant d’observer comment l’ouverture du marché iranien et de potentiels changements en Arabie saoudite vont affecter les relations entre les deux pays. Depuis 2001, et la révélation de la nationalité des terroristes impliqués dans les attentats du 11 septembre (Saoudiens et Égyptiens), les relations entre les États-Unis et l’Arabie saoudite se sont quelque peu tendues, et l’opinion publique américaine est moins bien disposée envers le pouvoir de Riyad. Ce sentiment a été renforcé lorsque des rapports et publications ont annoncé le potentiel soutien financier des terroristes par des personnalités et instituions saoudiennes. Si ces liens étaient avérés, cela mettrait l’administration américaine dans une position délicate vis-à-vis de son allié historique. Même si l’Arabie saoudite a adopté une politique de lutte contre le terrorisme conforme à ce que les États-Unis pouvaient attendre pour perpétuer leur partenariat de longue date, les relations entre les deux pays pourraient être mises à l’épreuve. Les révolutions arabes de 2011 et les soulèvements dans la région ont également mis en évidence les différences de vision des deux pays. Riyad a soutenu notamment le pouvoir de Bahreïn, ne voulant pas un pouvoir chiite à sa porte, alors que l’administration Obama était favorable aux évolutions démocratiques demandées par les populations. De plus, avec l’abandon d’Hosni Moubarak par Washington, Riyad a réalisé que les États-Unis ne seraient pas un soutien fiable en cas de contestation interne. L’ouverture sur l’Iran et le refus de déclencher une opération militaire contre Bachar Al-Assad par les États-Unis a également persuadé l’Arabie saoudite que Washington était prêt à jouer la carte chiite. Avec l’enlisement du conflit syrien et la montée en puissance de l’État islamique, l’Arabie saoudite a promulgué des lois condamnant ses citoyens se rendant en Syrie pour combattre auprès du groupe Daesh. Mais la question du financement du terrorisme par certaines personnalités saoudiennes reste toujours un point qui pourrait envenimer les relations entre les deux pays. 
À l’heure de l’accord sur la question du nucléaire iranien, la relation de confiance entre les deux pays s’est aussi altérée un peu plus. L’Arabie saoudite s’est notamment rapprochée d’autres pays, comme le Pakistan ou Israël, également déçus de la politique d’Obama envers l’Iran. Les États-Unis ont pourtant apporté leur soutien à l’Arabie saoudite dans son conflit avec le Yémen, pour rassurer leur allié sur leur position et leur engagement historique, et il est pour l’instant difficile de croire à la fin des relations américano-saoudiennes. Dans la période de changement qui voit l’accession au trône d’un nouveau souverain, l’Arabie saoudite souhaite réitérer la proximité de ses relations avec les États-Unis, le Roi Salmane ayant effectué sa première visite à l’étranger aux États-Unis. À ses côtés, on notait la présence de son fils Mohamad bin Salmane, peu connu à l’étranger, mais qui devient de plus en plus influent dans le pays. Une campagne de communication lancée par l’Arabie saoudite par l’intermédiaire de think tank influents notamment, permet au pays de relancer ses relations avec son allié américain de longue date en cette période politique et géopolitique complexe. L’arrivée du Roi Salmane marquera en effet probablement l’avènement d’une nouvelle ère dans les relations entre les deux pays, maintenant ancrées dans l’histoire et le long terme, même si des retournements de situation ne sont pas impossibles, comme lorsque Washington a pris le monde de court en abandonnant Moubarak. Qu’adviendrait-il des relations américano-saoudiennes si des contestations internes au royaume venaient à surgir ? Les principales questions maintenant sont celles de la potentielle nucléarisation du pays suite à l’accord iranien, et la question du financement du terrorisme, qui n’est toujours pas complètement élucidée.
Le neuvième article porte de nouveau sur un travail d’archives diplomatiques réalisé par Ata Ayati sur la définition d’une politique française en Arabie Saoudite. Le document-support a été rédigé en 1955 et présente différentes propositions faites par des diplomates français en vue d’établir une ligne diplomatique en Arabie saoudite, traditionnellement plus proche des pays anglo-saxons. Le rapport avance que l’Arabie saoudite est un pays majeur de la région, au carrefour entre l’Afrique et l’Asie, grâce à son influence religieuse due à la présence des deux villes saintes La Mecque et Médine, et souligne qu’elle est restée trop longtemps en dehors des préoccupations françaises en termes de diplomatie et politique extérieure. Le rapport montre qu’à cette époque, la France pense qu’elle peut jouer un rôle dans le jeu des puissances, en prenant acte des témoignages de bonne entente entre les deux pays, notamment avec le soutien de l’Arabie saoudite à la politique menée par la France en Afrique du Nord. Le rapport mentionne trois sortes de mesures à prendre. La première est politique. Il s’agit de réserver le meilleur accueil au Prince Talal à Paris, et d’opérer un renforcement de la présence diplomatique française à Riyad et à Djeddah. Sur le plan économique, un plan d’accord financier était sur le point d’être signé au moment de la rédaction du rapport, notamment pour permettre de larges commandes saoudiennes à l’industrie française. La France souhaite également envoyer des industriels et commerçants en Arabie saoudite. Sur le plan culturel, le rapport note que la culture française est plus implantée en Arabie saoudite que la culture anglo-saxonne et il plaide pour des mesures visant à attirer des étudiants saoudiens en France et pour l’envoi de professeurs français en Arabie saoudite. Le but est la diffusion de la culture française et de la langue française via la mise en place d’un centre culturel et de diverses activités.
Le dixième article est un entretien avec Denis Bauchard, conseiller pour le Moyen-Orient à l’IFRI, qui aborde lui aussi le sujet des relations franco-saoudiennes. Historiquement, les relations entre les deux pays ont toujours été bonnes, et la France est pour l’Arabie saoudite un allié occidental qui lui permet d’avoir un autre appui que les États-Unis. La relation de confiance s’est notamment consolidée en 1979 avec l’envoi du GIGN par Valéry Giscard d’Estaing pour reprendre la Mosquée de La Mecque après une attaque terroriste. Les liens sont même de plus en plus étroits entre les deux pays depuis que les relations entre les États-Unis et l’Arabie saoudite se sont quelque peu tendues. Les relations de la France avec l’Arabie saoudite semblent aussi montrer que la France adopte une politique plutôt pro-sunnite. Cela a également été confirmé par la politique sévère envers l’Iran menée par la France sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Dans tous les conflits qui opposent l’Arabie saoudite et l’Iran (Syrie, Irak, Liban, Yémen), la France s’est toujours rangée aux côtés de l’Arabie saoudite. La France apporte également son soutien au régime saoudien par le biais des échanges commerciaux entre les deux pays dans le domaine de l’armement, l’Arabie saoudite se dotant d’un arsenal militaire impressionnant. D’autres contrats signés entre la France et des pays arabes ont également été possibles grâce à des financements de Riyad. Par ailleurs, l’Arabie saoudite ne cache pas ses intentions dans le domaine nucléaire, même si elle assure que les recherches sont purement destinées au domaine civil. La France va jouer un rôle important dans ce projet, notamment avec l’intention saoudienne d’installer dix-sept centrales nucléaires pour subvenir à ses besoins en énergie. La question qui reste sans réponse est celle du nucléaire militaire, l’Arabie Saoudite n’ayant pas signé l’accord additionnel au Traité de Non-Prolifération. Elle représente également un marché potentiel pour la France dans d’autres secteurs, notamment les transports, les télécommunications et l’agro-alimentaire, au moment où le pays est en pleine restructuration économique. Sur le plan diplomatique, la France se doit de développer de bonnes relations avec à la fois le Prince héritier Mohamed Bin Nayef, et le fils du roi actuel, Mohamed Bin Salmane, nouvel homme fort du royaume, et elle ne peut qu’encourager une politique de réforme qui permettrait d’assurer la stabilité du pays. Pour ce qui est de la position des présidents français, Nicolas Sarkozy avait axé sa politique dans la région vers le Qatar, et François Hollande a quelque peu rétabli un équilibre dans les relations avec les pays du Golfe. La France doit cependant veiller à rester un acteur de dialogue afin de promouvoir au mieux une stabilisation de la région et une réconciliation des puissances sunnites et chiites.
Ce numéro d’Orients Stratégiques, en revenant sur des éléments historiques clés concernant l’Arabie saoudite et en abordant les grands enjeux et défis économiques, sociaux, stratégiques et géopolitiques auxquels le royaume est aujourd’hui confronté, montre bien à quel point cette puissance de la région moyen-orientale est à un moment clé de son histoire, et permet de replacer en contexte ses relations avec les autres puissances, régionales et occidentales.

Παλμύρα. για την πολύπαθη και πολύπλευρη πόλη.

« PALMYRE, L’IRREMPLAÇABLE TRÉSOR », LEÇON D’HISTOIRE DE PAUL VEYNE SUR PALMYRE, CITÉ AUX IDENTITÉS MULTIPLES 
ARTICLE PUBLIÉ LE 03/05/2016

http://www.lesclesdumoyenorient.com/Palmyre-l-irremplacable-tresor-lecon-d-histoire-de-Paul-Veyne-sur-Palmyre-cite.html

Par Yara El Khoury

C’est un petit ouvrage publié chez Albin Michel, 141 pages tissées d’émotion, qui occupe peu de place sur les rayons où foisonnent quantités de publications nouvelles consacrées au Moyen-Orient, à la situation dramatique qui est la sienne actuellement, le conflit syrien, l’Irak, l’Etat islamique, les communautés chrétiennes et yézidie menacées d’extinction… Ecrit par l’historien Paul Veyne, il a pour titre Palmyre, L’irremplaçable trésor.
Le 21 mai 2015, la chute du site historique de Palmyre, quasiment abandonné par l’armée du président syrien Bachar el-Assad, livré presque sans combat aux hommes de l’Etat islamique, a bouleversé le monde entier. L’Etat islamique avait déjà à son actif la destruction de nombreux sites témoins des civilisations passées écloses dans les grands bassins hydrographiques de la région. Le Tigre, l’Euphrate et l’Oronte ont favorisé la naissance sur leurs rives de cités antiques qui ont apporté une contribution majeure à l’histoire du monde, notamment par l’invention de l’écriture et du modèle de gestion étatique. La zone traversée par ces fleuves, les spécialistes d’histoire ancienne lui donnent le doux nom de Croissant fertile. Les politologues et décideurs du XX° siècle l’ont rebaptisée Moyen-Orient. Cette région passante, carrefour commercial majeur du monde antique et médiéval, étape sur la route de la soie, a vu naître et mourir des Empires locaux et a suscité les convoitises des Empires voisins tout au long de l’Antiquité. Ainsi, après la domination perse survenue au VI° siècle av. J-C, Alexandre le Grand en a fait un monde hellénistique avant que Rome n’y envoie ses légions suite à la conquête faite par Pompée en 64 av. J-C. Cette succession d’influences a laissé ses traces sur le sol, ornant le territoire de monuments qui témoignent de la vie des hommes du passé.
Cette histoire-là, l’auteur, Paul Veyne, historien, spécialiste de l’antiquité gréco-romaine, y a consacré une existence vouée à la recherche et à l’enseignement. Le désarroi qu’il a ressenti à la nouvelle de la chute de Palmyre aux mains de l’Etat islamique dépassait certainement en intensité l’émotion populaire qui ne dure généralement que tant que les médias relaient l’événement. Paul Veyne, lui, a sans doute connu le désespoir que l’on vit quand on voit détruire l’œuvre de sa vie. On imagine qu’il a rédigé ce petit livre tout d’une traite, mû par un besoin impérieux de réagir, de s’exprimer face au caractère irréparable du crime qui a été commis à l’encontre d’un joyau du patrimoine de l’humanité. Palmyre est désormais pour lui un trésor disparu, irremplaçable.
Dans sa stupéfaction, il cherche à comprendre. Quand les Talibans ont détruit en mars 2001 les Bouddhas de Bamiyan en Afghanistan, ils ont motivé leur acte par le fait que ces statues géantes s’apparentaient à une forme d’idolâtrie qui offensait leurs croyances. Leur attitude dérive des préceptes du wahhabisme, courant islamique radical né au XVIII° siècle dans le Nedjd, région centrale de la péninsule arabe, qui bannit toute manifestation de religiosité susceptible de détourner le bon musulman du monothéisme pur et dur. Alliés à la famille Saoud, ces prédicateurs zélés ont détruit au tournant du XIX° siècle les vieux sanctuaires de l’Arabie et mis à sac les villes saintes du chiisme dans le sud de l’Irak. Ils ont rasé les sépultures de musulmans morts en odeur de sainteté car elles étaient devenues des Maqâm, lieux de pèlerinages populaires où l’on allait solliciter une faveur, une guérison. Dans les années 1920, lors de la conquête du Hedjaz, les troupes fanatiques des Ikhwân (ancêtres directs des Frères musulmans) qui formaient l’essentiel de l’armée d’Ibn Saoud, fondateur de l’Arabie saoudite, ont supprimé une grande partie du patrimoine religieux de cette région, notamment le tombeau d’Eve à Djeddah qui faisait l’objet d’un pèlerinage très ancien. Depuis, Ibn Saoud a dissous leur confrérie, mais le radicalisme qu’ils prônaient ne s’est pas effacé pour autant. En ce début du III° millénaire, l’Etat islamique le réactualise sous nos yeux effarés. Paul Veyne voit dans ces destructions un message lancé aux Occidentaux amateurs de vieilles pierres, leur signifiant que l’Etat islamique revendique une identité totalement irréductible à la leur. Son ouvrage comporte par ailleurs toute une réflexion sur la notion d’identité, la manière dont on la concevait du temps de la splendeur de Palmyre et ce qu’elle est devenue maintenant, provoquant la destruction de Palmyre.
Comme il l’explique dans son introduction, l’ouvrage n’est pas un travail d’érudit. Face à l’ampleur du désastre culturel, l’érudition est bien la dernière chose qu’il a envie de faire. Il veut juste délivrer un texte qui « s’adresse au lecteur honnête homme » (p.10), à toute personne qui se réclame de l’idéal humaniste en ces temps où sévit la barbarie. A notre époque où l’on s’arc-boute sur des identités génératrices d’exclusion, ce qu’il démontre, c’est justement l’absence d’identité particulière de Palmyre. Sa situation sur la route la plus courte reliant la Méditerranée à l’Euphrate a fait de Palmyre une cité marchande, Venise des sables où des mondes différents se rencontraient et concouraient à façonner une symbiose originale. Ainsi Palmyre était tout à la fois araméenne, arabe, perse, grecque et romaine. Ses habitants ont adopté les codes de chacune de ces cultures et se sont amusés à les marier entre eux, en un kaléidoscope original qui transparaît dans l’organisation politique, l’urbanisme, l’architecture, la mode vestimentaire et les rites.
Paul Veyne conçoit les civilisations comme des phénomènes ouverts, libres des contraintes de l’espace. Il dit : « Les civilisations n’ont pas de patrie et ont toujours ignoré les frontières politiques, religieuses ou culturelles qui séparent les troupeaux humains » (p. 60). Sa conception est aux antipodes de celle à laquelle nous avons fini par croire, qui nous fait appréhender les civilisations comme des espaces fermés, fatalement antagonistes. Sans intention aucune d’apporter de réponse, car il n’y en a pas, il s’interroge sur le « rayonnement » (p. 61) de certaines civilisations (à aucun moment il n’écrit « supériorité ») qui ont transmis leurs codes aux puissances qui les ont conquises. Il en a été ainsi de la Grèce par rapport aux Romains, de la Perse à l’égard des Arabes. Relevant le « nationalisme culturel implacable » (p. 68) des Grecs qui leur faisait dédaigner tout ce qui venait de Rome, il montre par opposition l’attitude des Palmyréniens, qui, tout ayant pleine conscience de ce qu’ils étaient, ont adopté les influences qui émanaient des conquérants. Il explique que dans l’Antiquité ce n’était pas un grand malheur d’être conquis. En changeant de maîtres, on s’enrichissait culturellement et économiquement car on se retrouvait intégré à un espace plus vaste et prospère.
Evidemment, cette manière de considérer les choses peut sembler iconoclaste dans notre monde post-colonial où anciens colonisateurs et colonisés souffrent également, les premiers se battant la coulpe, et les seconds nourrissant des envies de revanche. Mus par notre désir de surmonter la séquence historique du « fardeau de l’homme blanc », « nous oublions que la modernisation par adoption de mœurs étrangères joue dans l’histoire un rôle encore plus grand que le nationalisme ; la culture d’autrui est adoptée, non comme étrangère, mais comme étant la vraie façon de faire, dont on ne saurait laisser le privilège à un étranger qui n’en est que le premier possesseur » (pp. 59-60). Ce qu’autrui crée cesse dès lors d’être son bien propre ; il intègre le patrimoine commun de l’humanité. Là où l’on crierait à un impérialisme éhonté, Paul Veyne voit une symbiose naturelle et féconde. En nous ouvrant les portes du monde antique de Palmyre, il nous fournit quelques clefs pour faire avancer notre réflexion sur le nôtre.

Paul Veyne, Palmyre, l’irremplaçable trésor, Paris, Albin Michel, 2015.

mercredi 4 mai 2016

Revealing Ordinary Jerusalem (1840-1940), Ρέθυμνο 10-12 Μαϊου 2016

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The Open Jerusalem project (full title: Opening Jerusalem Archives: For a connected history of citadinité in the Holy City, 1840–1940) is funded by the European Research Council (starting grant) from 2014 to 2019 and based at the Paris-Est Marne-la-Vallée University in France. The project is directed by Vincent Lemire and run jointly with the researchers of the core team: Stephane Ancel, Yasemin Avcı, Leyla Dakhli, Angelos Dalachanis, Abdul-Hameed al-Kayyali, Falestin Naili, Yann Potin and Maria Chiara Rioli. Additionally, so far more than forty scholars from Europe, the Middle East, the United States and Canada have been involved in the project.

The Open Jerusalem project aims to unlock and connect different archives and sources in order to investigate the ordinary, entangled history of a global city through the lens of the concept of urban citizenship (citadinité). Citadinité is for a city what nationality is for a country and materializes itself in institutions, actors and practices. The project provides a bottom–up history of Jerusalem, a perspective that has been neglected by historians of the city, who have been generally preoccupied with ideological and geostrategic issues. This history is also a connected one because, within a complex documentary archipelago, the researchers seek points of contact revealing the exchanges, interactions, conflicts and, at times, hybridizations between different populations and traditions. The project is characterized by the scientific quality of its research tools, the close attention it pays to local archives and its unbiased openness to all demographic segments of the Holy City’s population. The transition of the project from an archival into an academic one is proceeding in three concurrent phases: the first involves creating an overview of the available resources, the second the organization of inventories and their presentation in a web portal and the third the development of a new urban history of Jerusalem from 1840 to 1940 through books and several other publications.

The project’s first international symposium, entitled “Revealing Ordinary Jerusalem (1840–1940): New archives and perspectives on urban citizenship and global entanglements,” will take place at the Institute for Mediterranean Studies in Rethymno (Greece) on 10–12 May 2016. It aims to serve as a forum for deepening discussions and initiating scientific debates, with contributions from members of the Open Jerusalem team, scholars specializing in related topics, urban historians and specialists of the region.


Wael Ghonim. Τα μέσα κοινωνικής δικτύωσης και η πραγματική αλλαγή. μετάφραση Ν. Κελέρμενος

Διεθνή — Απριλίου 26, 2016 at 9:45 μμ

Τα μέσα κοινωνικής δικτύωσης και η πραγματική αλλαγή

by 
kelerme
Ο Wael Ghonim στην πλατεία Ταχρίτ του Καϊρου το 2011
Wael Ghonim1: Ας σχεδιάσουμε τα μέσα κοινωνικής δικτύωσης που θα προωθήσουν την πραγματική αλλαγή.
Σε άρθρο του στους Ν.Υ. Τimes (3/2/2016) ο γνωστός Αμερικανός δημοσιογράφος και συγγραφέας Thomas L. Friedman  γράφει ότι αφού τα τελευταία χρόνια είδαμε σειρά «επαναστάσεων του Facebook», από την «Αραβική Άνοιξη» ως την «Occupy Wall Street», σε διάφορες πλατείες, που όλες τροφοδοτήθηκαν από τα social media, μόλις καταλάγιασε η αντάρα στη μεγάλη πλειοψηφία απέτυχαν να φέρουν μια βιώσιμη νέα πολιτική κατάσταση, εν μέρει διότι πολλές φωνές ενισχύθηκαν τόσο έντονα που καθιστούσαν αδύνατη κάθε συνεννόηση και συναίνεση. Και αναρωτιέται αν αυτό δείχνει ότι τα social media είναι καλύτερα στο να διαλύουν παρά στο να συνθέτουν τα πράγματα; Και συνεχίζει, ότι προσφάτως μια σημαντική φωνή απάντησε στην ερώτηση με ένα βροντερό ναι 2. Ήταν η φωνή του Wael Ghonim, που βοήθησε με τη σελίδα του στο Facebook να ξεκινήσει η επανάσταση στην πλατεία Ταχρίρ (2011) η οποία κατέληξε στην ανατροπή του προέδρου Χόσνι Μουμπάρακ.
Τον Δεκέμβριο του 2015 δημοσιεύτηκε ένα TED3 του Ghonim, για το τι πήγε στραβά4. «Κάποτε είπα αν θέλετε να ελευθερώσετε μια κοινωνία, το μόνο που χρειάζεστε είναι το Διαδίκτυο. Έκανα λάθος. Αυτά έλεγα το 2011, όταν μια ανώνυμη σελίδα που δημιούργησα στο Facebook, βοήθησε την ανάφλεξη της αιγυπτιακής επανάστασης. Η «Αραβική Άνοιξη» αποκάλυψε τη μεγαλύτερη δυνατότητα των κοινωνικών μέσων μαζικής δικτύωσης, αλλά συγχρόνως ξεσκέπασε και τα χειρότερα μειονεκτήματά τους. Το ίδιο εργαλείο που μας ένωσε για την ανατροπή δικτατόρων, τελικά έφερε τον αλληλοσπαραγμό στη χώρα… Θέλω να μοιραστώ μαζί σας την εμπειρία μου ως ακτιβιστής των social media, και να μιλήσω για τις προκλήσεις που αντιμετώπισα και για το τι πρέπει να γίνει με αυτές.
    Στις αρχές της δεκαετίας του 2000, οι Άραβες συνέρρεαν με ζέση στο διαδίκτυο. Διψασμένοι για γνώση, για ευκαιρίες, για σύνδεση με ανθρώπους από το υπόλοιπο κόσμο, δραπετεύσαμε από την απογοητευτική πολιτική μας πραγματικότητα και ζήσαμε μια εικονική, εναλλακτική ζωή. Υπήρξα απολιτικός μέχρι το 2009. Όταν ασχολήθηκα με τα social media είδα όλο και περισσότερους Αιγύπτιους να ενδιαφέρονται για μια αλλαγή στην πολιτική ζωή της χώρας. Αισθάνθηκα πως δεν ήμουν ο μόνος. Τον Ιούνιο του 2010, το Internet μου άλλαξε τη ζωή για πάντα. Περιηγούμενος το Facebook, αντίκρισα μια ανατριχιαστική φωτογραφία, το βασανισμένο νεκρό σώμα νεαρού Αιγυπτίου. Ονομαζόταν Khaled Saeed, ήταν ένας 29χρονος Αλεξανδρινός που δολοφονήθηκε από την αστυνομία. Είδα τον εαυτό μου στο πρόσωπό του. … Αποφάσισα να κάνω κάτι, έφτιαξα μια ανώνυμη σελίδα στο Facebook που ονόμασα «Είμαστε Όλοι Khaled Saeed». Σε μόλις τρεις μέρες, τη σελίδα επισκέφθηκαν πάνω από 100.000 συμπατριώτες μου που είχαν τις ίδιες έγνοιες. Στρατολόγησα τον συνάδελφό μου Ραχμάν Μανσούρ. Δουλέψαμε ατέλειωτες ώρες ενημερώνοντας ανθρώπους, προσκαλώντας σε δράση, παρουσιάζοντας πράγματα που το καθεστώς δεν επιθυμούσε να γνωρίζουν οι Αιγύπτιοι. Η ιστοσελίδα μας είχε τη μεγαλύτερη επισκεψιμότητα σε όλο τον αραβικό κόσμο…
Στις 14-1-2011 ο Μπεν Άλι έπεσε στην Tυνησία, μετά από τις συνεχώς εντεινόμενες διαμαρτυρίες των πολιτών. Είδα μια ευκαιρία να ζήσουμε κάτι ανάλογο, Οι Αιγύπτιοι αναρωτιούνταν, αν η Τυνησία το έζησε γιατί όχι και εμείς; Ανέβασα στο Facebook μια κίνηση για επανάσταση κατά της διαφθοράς και της δικτατορίας. Πρότεινα, αν μαζευτούμε 100.000 και κάνουμε πορεία στο Κάϊρο κανείς δεν θα μας σταματήσει, αναρωτώμενος αν μπορούμε να το πράξουμε. Σε λίγες μέρες η πρόσκληση αυτή άγγιξε το 1.000.000, και 100000 άτομα το αποδέχθηκαν. Τα social media είχαν κομβικό ρόλο στα γεγονότα, οι άνθρωποι κατάλαβαν ότι δεν ήταν μόνοι τους, και το καθεστώς δεν μπορούσε να τους σταματήσει. Στις 25-1-2011 οι Αιγύπτιοι βγήκαν στους δρόμους του Καίρου και άλλων πόλεων ζητώντας αλλαγή, σπάζοντας τον φραγμό του φόβου. Και τότε ακολούθησαν οι συνέπειες. Το καθεστώς έκοψε τις επικοινωνίες, με συνέλαβαν και με φυλάκισαν. Οι διαδηλωτές ζητούσαν την απελευθέρωσή μου. Μετά από κράτηση 11 ημερών με άφησαν, και έπειτα από 3 ημέρες ο Μουμπάρακ έπεσε. Υπήρξε η κορυφαία μέρα της ζωής μου. … Οι άνθρωποι πίστεψαν πως μπορούσαμε να συνυπάρξουμε παρά τις διαφορές μας, και ότι η μετά-Μουμπάρακ Αίγυπτος θα ήταν για όλους. Δυστυχώς τα γεγονότα της ψευδο-επανάστασης, που ακολούθησαν, ήταν γροθιά στο στομάχι. Η κατάσταση ευφορίας ξεθώριασε γρήγορα, επειδή δεν καταφέραμε να οικοδομήσουμε τη συναίνεση, και η πολιτική διαμάχη κατέληξε σε έντονη πόλωση. Τα social media το μόνο που κατάφεραν ήταν να επιδεινώσουν της πόλωση, με το να διευκολύνουν τη διάχυση της παραπληροφόρησης, των φημών, και να απηχούν ατομικές απόψεις και ομιλίες γεμάτες μίσος. Το περιβάλλον ήταν ξεκάθαρα τοξικό. Ο online κόσμος μου κατέληξε να γίνει πεδίο μάχης, γεμάτο από μηνύματα που στόχευαν να εξοργίσουν, από ψέματα και από κηρύγματα μίσους. Άρχισα να ανησυχώ για την ασφάλεια της οικογένειάς μου. Φυσικά, δεν επρόκειτο μόνο για την περίπτωσή μου. Η πόλωση κορυφώθηκε κυρίως μεταξύ των δύο πρωταγωνιστών, των υποστηρικτών του στρατού και των ισλαμιστών, ενώ τα άτομα του κέντρου όπως εγώ, βρεθήκαμε στο περιθώριο αβοήθητοι, Και οι δύο αυτές ομάδες σε ήθελαν είτε συνοδοιπόρο είτε αντίπαλο. Και στις 3/7/2013 ο στρατός έριξε την πρώτη δημοκρατικά εκλεγμένη κυβέρνηση μετά από τριήμερες διαδηλώσεις.
  Είχαμε ηττηθεί… Σιώπησα περισσότερο από 2 χρόνια, αναστοχαζόμενος όλα όσα έγιναν, προσπαθώντας να αντιληφθώ γιατί έγιναν όλα αυτά. Κατάλαβα πως ενώ αληθεύει ότι η πόλωση καθοδηγείται πρωτίστως από την ανθρώπινη συμπεριφορά, τα social media διασώζουν αυτή τη συμπεριφορά και μεγεθύνουν την επίδρασή της…
  Κατά την άποψή μου τα social media σήμερα αντιμετωπίζουν 5 προκλήσεις: Πρώτη, δεν ξέρουμε πώς να χειρισθούμε τις φήμες. Οι φήμες που επιβεβαιώνουν τις προκαταλήψεις των ανθρώπων, γίνονται τώρα περισσότερο πιστευτές και μεταδίδονται σε εκατομμύρια ανθρώπων. Δεύτερη, έχουμε την τάση να επικοινωνούμε μόνο με ανθρώπους που συμφωνούμε, και χάρη στα μέσα κοινωνικής δικτύωσης, μπορούμε να σωπάσουμε, να μην παρακολουθούμε, ή και να μπλοκάρουμε όλους τους άλλους. Τρίτη, οι online συζητήσεις ενσκήπτουν γρήγορα στα θυμωμένα πλήθη . … Φαίνεται να ξεχνάμε πως αυτοί που είναι πίσω από οθόνες είναι αληθινοί άνθρωποι και όχι avatars. Τέταρτη, είναι πραγματικά πολύ δύσκολο να αλλάξουμε τις απόψεις μας. Λόγω της ταχύτητας και της βραχυλογίας των social media, αναγκαζόμαστε να πηδάμε σε  συμπεράσματα, και να γράφουμε αιχμηρές απόψεις 140 χαρακτήρων, για πολύπλοκα παγκόσμια ζητήματα. Μόλις συμβεί αυτό, θα ζει για πάντα στο Διαδίκτυο. Έτσι έχουμε μειωμένα κίνητρα για να αλλάξουμε αυτές τις απόψεις, ακόμη κι αν εμφανισθούν νεότερες αποδείξεις. Πέμπτη και σημαντικότερη κατ’ εμέ, σήμερα οι εμπειρίες μας από τα social media έχουν σχεδιαστεί με τρόπο που να ευνοούν τη μετάδοση έναντι των κοινωνικών δεσμεύσεων, τις καταχωρήσεις έναντι των συζητήσεων, τα ρηχά σχόλια έναντι των εις βάθος συνομιλιών. Είναι σαν να συμφωνήσαμε ότι είμαστε εδώ για να εξακοντίζουμε λόγους ο ένας στον άλλο, αντί να συνομιλούμε μεταξύ μας. Υπήρξα μάρτυρας του πώς αυτές οι κρίσιμες προκλήσεις πόλωσαν την αιγυπτιακή κοινωνία , αλλά δεν πρόκειται μόνο για την Αίγυπτο. Η πόλωση βαίνει συνεχώς αυξανόμενη σε όλο τον κόσμο. Πρέπει να εργασθούμε για να βρούμε τον τρόπο που η τεχνολογία θα αποτελέσει μέρος της επίλυσης του προβλήματος, παρά μέρος του προβλήματος…Στην ουσία πρέπει να ξανασκεφθούμε το οικοσύστημα των σημερινών social media, και να ξανασχεδιάσουμε τις εξ αυτού εμπειρίες ώστε να επιβραβευθεί η στοχαστικότητα, η ευγένεια και αμοιβαία κατανόηση. Πιστεύοντας στο Ιντερνέτ, με μια ομάδα λίγων φίλων, ξεκινήσαμε μια νέα έρευνα προσπαθώντας να βρούμε απαντήσεις και να διερευνήσουμε πιθανές λύσεις. Πρώτο δημιούργημα μας είναι μια νέα μηντιακή πλατφόρμα που φιλοξενεί συνομιλίες οι οποίες αποσκοπούν στην αμοιβαία κατανόηση και ίσως στην αλλαγή των νοοτροπιών, και πειραματιζόμαστε με καυτά θέματα όπως φυλετικά, έλεγχος των όπλων, η διαμάχη για το μεταναστευτικό, η σχέση ισλάμ και τρομοκρατίας. Σήμερα τουλάχιστον το 1/3 της ανθρωπότητας έχει πρόσβαση στο Ιντερνέτ, όμως ένα τμήμα του είναι αιχμάλωτο από τα λιγότερο ευγενικές πλευρές της ανθρώπινης συμπεριφοράς.               Πριν πέντε χρόνια, είπα ότι αν θέλετε να ελευθερώσετε την κοινωνία το μόνο που χρειάζεστε είναι το Διαδίκτυο. Σήμερα, πιστεύω ότι αν θέλουμε να ελευθερώσουμε την κοινωνία πρέπει πρώτα να απελευθερώσουμε το Διαδίκτυο.
Μετάφραση: Νίκος Δ Κελέρμενος
1. Ο Αιγύπτιος Wael Ghonim, βοήθησε καθοριστικά με την ανώνυμη σελίδα του στο Facebook να ξεκινήσει η εξέγερση στην πλατεία Ταχρίρ (στις αρχές του 2011) και στα γεγονότα που έφεραν την ανατροπή του προέδρου Χόσνι Μουμπάρακ. Εργάστηκε έξι χρόνια στη Google, ως επικεφαλής στο τομέα του μάρκετινγκ και της παραγωγής στην περιοχή ΜΕΝΑ*. Έχει μετακομίσει στη Silicon Valley, είναι μηχανικός υπολογιστών, ακτιβιστής του Διαδικτύου, και κοινωνικός επιχειρηματίας (social entrepreneur). Είναι συνιδρυτής της Parlio.com. [στμ]
  1. 2. www.nytimes.com/2016/02/03/opinion/social-media-destroyer-or-creator. [στμ]
3. ΤED (Technology, Entertainment, Design): βίντεο επιρροής από ομιλητές εμπειρογνώμονες στην εκπαίδευση, τις επιχειρήσεις, την επιστήμη, την τεχνολογία και τη δημιουργικότηταμε υπότιτλους σε περισσότερες από 100 γλώσσεςΕίναι ένα παγκόσμιο σύνολο συνεδρίων από το μη κερδοσκοπικού χαρακτήρα ιδιωτικό Ίδρυμα Σάπλινγκ, με το σύνθημα «Ιδέες που αξίζει να διαδοθούν» (//en.wikipedia.org/wiki/TED_(conference). [στμ]
  1. https://www.parlio.com/wael-ghonim/my-ted-talk-is-social-media-broken [στμ]
  1. Khaled Mohamed Saeed (27/1/1982 – 6/6/2010), ο νεαρός Αιγύπτιος του οποίου ο θάνατος – ενώ ήταν υπό κράτηση από την αστυνομία στην περιοχή Sidi Gaber της Αλεξάνδρειας στις 6/6/2010 – βοήθησε στην υποκίνηση της Αιγυπτιακής Επανάστασης του 2011 (wikipedia.org/wiki/Death_of_Khaled_Mohamed_Saeed). [στμ]
  1. Parlio.com: Κοινωνικό δίκτυο που προσφέρει σε ανθρώπους τη δυνατότητα να μοιραστούν σκέψεις για θέματα που έχουν σημασία γι’ αυτούς, και την επικοινωνία με ορισμένους κορυφαίους διανοούμενους και δημόσια πρόσωπα της εποχής μας. Ιδρύθηκε από τον πρώην υπάλληλο της Google και ακτιβιστή της δημοκρατίας Wael Ghonim και τους έμπειρους σε κοινωνικά δίκτυα και μέσα ενημέρωσης τεχνολόγους Karim Fateem και Osman Osman.(wikipedia.org/wiki/Parlio). [στμ]
*ΜΕΝΑ (Middle East and North Africa): αγγλικό ακρωνύμιο για την περιοχή που εκτείνεται από το Ιράν μέχρι το Μαρόκο, συμπεριλαμβανομένων των χωρών της Μέσης Ανατολής και του Μάγρεμπ. [στμ]

mardi 3 mai 2016

LA REVUE MOYEN-ORIENT SUR « LA RUSSIE AU MOYEN-ORIENT »

COMPTE RENDU DE LA REVUE MOYEN-ORIENT, DOSSIER « LA RUSSIE AU MOYEN-ORIENT », MAI-JUILLET 2016 
ARTICLE PUBLIÉ LE 29/04/2016

http://www.lesclesdumoyenorient.com/Compte-rendu-de-la-revue-Moyen-Orient-dossier-La-Russie-au-Moyen-Orient-mai.html

Compte rendu de Louise Plun

Quelle est la place de la Russie au Moyen-Orient ? Plusieurs spécialistes livrent leurs analyses dans ce dossier de la revue Moyen-Orient.
La revue est introduite par le Regard d’Azza Filali, romancière tunisienne auteur des Intranquilles paru en 2014 aux Editions Elyzad, sur la situation de la Tunisie, cinq ans après la révolution.
Le « grand jeu » de la Russie au Moyen-Orient
L’entretien avec Vitaly Naumkin, directeur de l’Institut d’études orientales de l’Académie des sciences de Russie, retrace dans un premier temps les grandes lignes des relations historiques entre la Russie et les pays du Moyen-Orient. Ces relations ont considérablement évolué depuis la chute de l’URSS. En effet, depuis 1991, de nouveaux facteurs sont apparus comme déterminants. Celui du religieux notamment s’est en particulier traduit par la prise en compte par la Russie des minorités religieuses musulmanes présentes sur son territoire. L’entretien aborde ensuite des points relevant de l’actualité de ces dernières années et en particulier l’épisode de la crise libyenne qui avait placé la Russie en porte à faux vis-à-vis des puissances occidentales. L’aspect économique est aussi abordé. Il en ressort que la Turquie et l’Iran représentent des partenaires économiques et commerciaux essentiels pour la Russie. La bonne gestion des affaires diplomatiques, militaires et politiques par la puissance russe repose sur le maintien de ces enjeux économiques. Vitaly Naumkin conclut cet entretien en affirmant que la Russie est désormais perçue comme un acteur clé au Moyen-Orient.
Le commerce irano-russe : entre levée des sanctions et pressions externes
Clément Therme, chercheur associé au centre d’analyse et d’intervention sociologiques (CADIS, EHESS) revient sur les échanges commerciaux entre l’Iran et la Russie, qui datent du XVIème siècle. Ils s’édifiaient en parallèle d’une opposition commune de la Russie et de l’Iran par rapport à l’Empire ottoman. Les tentatives de la puissance ottomane pour freiner ces échanges commerciaux entre ses deux ennemis ont paradoxalement renforcé les liens entre les deux pays. En effet, cette opposition aux Ottomans fut le terreau d’une alliance commerciale durable entre l’Iran des Pahlavis et la Russie soviétique, dont le pétrole constituait le pilier principal. De plus, à partir de 1962, l’allié russe était un moyen pour le pouvoir iranien de « sortir d’un face à face avec Washington ». Cette prospérité des échanges commerciaux russo-iraniens fut ensuite illustrée jusque dans les années 80 par plusieurs accords et constructions d’infrastructures (notamment de gazoducs). 
Clément Therme évoque ensuite la transformation de cette alliance commerciale. Le chercheur parle d’une « absence de complémentarité économique entre les deux pays ». Cette alliance est également obscurcie par des pressions extérieures, notamment israéliennes et américaines, motivées par une obsession des deux pays quant à la question du nucléaire et des capacités militaires iraniennes. 
L’accord de 2015 change la donne. « Moscou n’a d’autres choix que de soutenir l’initiative diplomatique de Washington pour ne pas apparaître aux yeux de son partenaire iranien comme un obstacle à la modernisation voulue par Hassan Rohani. » La Russie doit maintenir un équilibre entre favorisation de l’accord et maximisations des possibilités de coopérations économiques avec l’Iran. Clément Therme souligne ensuite les nouveaux obstacles pour les intérêts russes : le retour des entreprises européennes en Iran, l’amélioration des relations entre l’Iran et les Etats-Unis mais aussi et surtout la Chine, qui constitue pour l’Iran une sphère d’influence économique non négligeable puisque non soumise aux limitations des sanctions primaires américaines, notamment dans le secteur du nucléaire civil et des équipements militaires.
Syrie : la puissance russe en question
Selon Julien Nocetti, chercheur au Centre Russie/NEI de l’Institut français des relations internationales (IFRI) le dossier syrien constitue un « levier diplomatique » pour la Russie afin de rééquilibrer le rapport de force régional - au Moyen-Orient - mais aussi international. A travers son intervention en Syrie, il s’agit pour Moscou de « réaffirmer sa structure internationale » par rapport aux autres acteurs présents dans la région. Du point de vue de la politique interne russe, il est question pour Poutine de réaffirmer son propre rapport de force avec les pays occidentaux, envers qui l’ancien président Medvedev affichait plus de conciliation. Rapport de force impliquant notamment en arrière fond la question ukrainienne. 
Julien Nocetti explique ensuite qu’il existe une obsession russe quant à une « quête de parité avec les Etats-Unis ». S’affirmer au Moyen-Orient via la question syrienne, c’est selon le chercheur une sorte de revanche russe par rapport à 1956 et l’affirmation américaine après la crise de Suez qui avait signé le retrait de la Grande-Bretagne et de la France du Moyen-Orient. C’est aussi un moyen vis-à-vis des puissances européennes de recouvrir par la « carte syrienne » la « carte libyenne » qui avait illustré l’attentisme russe. 
Le chercheur expose les objectifs de Moscou entourant l’intervention en Syrie : le maintien, au travers d’Assad, du parti Ba’th syrien ; l’affaiblissement de la « pax americana » dans un contexte qui lui est plus favorable au vue de la « frilosité » américaine illustrée par un retrait du Moyen-Orient ; marquer son ascendant vis-à-vis d’une Europe en voie de décomposition à cause de la question des réfugiés ; enfin, contenir la montée en puissance de l’Iran et l’établissement d’un accord entre ce dernier et les Etats-Unis, qui exclurait en effet la Russie du Moyen-Orient. Ne pas oublier non plus l’éternelle crainte de la porosité entre Syrie-Irak et la région du Caucase. Une porosité préoccupante dans le contexte actuel, notamment à cause de la réceptivité de ces populations aux appels de Daesh. L’organisation compterait en effet dans ses rangs environ 4 800 russophones. 
Julien Nocetti pose néanmoins la question : la capacité économique de la Russie est-elle à la hauteur de sa politique au Moyen-Orient ? Selon lui, d’ici 2017, la donne pourrait bien changer notamment en raison de « craquèlements » internes. Entendons par là la situation de l’économie russe plombée par la chute des prix du pétrole et par les retombées des sanctions occidentales.
Tartous
Igor Delanoë, directeur adjoint de l’Observatoire franco-russe de Moscou, évoque le port syrien de Tartous, deuxième port le plus important du pays, comme future base navale de la Russie en Méditerranée. Après avoir dressé l’historique du port au prisme de la présence russe et de la coopération russo-syrienne, l’auteur explique les ressorts de la renaissance de l’activité navale russe en Méditerranée, via ce port. Depuis le début de l’intervention russe au Moyen-Orient en septembre 2015, le port est devenu la porte d’entrée des armées et du matériel russe en Syrie. Au delà de sa centralité actuelle, le port de Tartous pourrait devenir à terme - après une résolution du conflit syrien - un point de projection de l’influence russe au Moyen-Orient et vers l’Océan Indien.
Poutine - Al-Sissi : l’alliance russo-égyptienne retrouvée ?
Igor Delanoë s’attache ensuite à analyser l’alliance russo-égyptienne qu’il qualifie de « retrouvée ». Le chercheur considère en effet que les années 1950-1960 constituent un terreau fertile à la renaissance de cette dernière. Si le rapprochement avait été plus ou moins forcé avec le régime de Morsi, l’entente entre Poutine et Sissi s’est illustrée, dès l’arrivée au pouvoir de Sissi en tant que ministre, par plusieurs rencontres entre les deux hommes depuis février 2014. Selon Igor Delanoë, cela s’explique par une « convergence de fond dans la lecture de l’affrontement idéologico-religieux » prenant actuellement place au Moyen-Orient. Les deux gouvernements entendent lutter contre ce qu’ils conçoivent comme des « forces islamistes politiques et radicales ». Forces qui, selon eux, s’attirent la « complaisance » des puissances occidentales. Cette bonne entente est maintenue au beau fixe grâce à des rapports commerciaux florissants. Ces derniers ont en effet été multipliés par 7 en 10 ans, pour plusieurs raisons : l’Egypte constitue un marché prometteur pour la Russie, notamment pour son industrie de pointe et l’Egypte joue le rôle de fournisseur remplaçant de l’Europe par exemple en ce qui concernent les fruits et légumes dans le contexte des sanctions européennes. Ces rapports s’appuient sur un « fer de lance » essentiel : le gaz et le nucléaire. Ils ont également été revitalisés par une coopération militaro-technique étroite qui fête son 60ème anniversaire en 2016. 
Selon l’auteur, la convergence des enjeux sécuritaires pour les deux pays est à retenir avant tout. L’Egypte constitue en effet pour la Russie un excellent partenaire dans sa lutte contre l’islamisme radical. Cette convergence qui a été récemment « mise en lumière » par la crise syrienne.
Les relations russo-saoudiennes : un rapprochement incertain
Mark N. Katz, professeur de sciences politiques à l’université de George Mason (Etats-Unis) traite des relations russo-saoudiennes au prisme de « l’incertitude ». Il évoque des tentatives d’amélioration des relations répétées ayant abouti à un relatif succès qui rencontre cependant des limites. Elles s’illustrent notamment par l’intervention russe en Syrie, le rapprochement avec l’Iran et avant tout, le non ralliement de la Russie aux efforts de l’OPEP pour jouer sur les prix du pétrole. L’auteur rappelle le « poids du passé » qui n’est pas négligeable et qui englobe notamment les enjeux invoqués ci-dessus. 
Un « nouveau départ » était attendu en janvier 2015 lorsque le nouveau roi saoudien Salman était monté sur le trône. Cependant, l’intervention russe en Syrie et le soutien apporté à Assad est perçue par l’Arabie saoudite comme une menace puisqu’elle y voit la main de l’Iran. De plus, la réalité du terrain militaire, autrement dit les bombardements russes non pas des positions de l’Etat islamique mais des autres groupes rebelles, sonne selon Mark N. Katz « le début de la fin ». Ce dernier souligne néanmoins que Moscou n’avait sans doute pas anticipé « le degré de désapprobation que cet acte a suscité en Arabie saoudite ». L’article se conclut avec l’idée d’une incertitude ambiante concernant l’avenir des relations russo-saoudiennes.
La diplomatie religieuse de la Russie au Moyen-Orient
L’entretien avec Alicja Curanovic, chercheuse à l’Institut des relations internationales de l’université de Varsovie, souligne le rôle important que joue la foi orthodoxe dans la politique étrangère de la Russie, qu’elle utilise notamment pour maintenir sa présence au Moyen-Orient. Cette action de l’Eglise orthodoxe se traduit notamment par l’utilisation de la notion de « territoire canonique ». Sur le terrain, cela s’exemplifie via l’acquisition de terre comme à Jérusalem et des activités de missionnaires dans tout le Moyen-Orient. Son action sert à entretenir une bonne image de la Russie auprès des populations arabes et ainsi, à influencer les relations diplomatiques. Du point de vue de la politique interne, cette prédominance et mise en avant de l’orthodoxie, favorise une discrimination des autres religions dans le pays. Alicja Curanovic souligne néanmoins que la coordination entre Eglise et Etat tend à être unilatérale : c’est l’Etat qui « décide de la dynamique, des orientations et de l’ordre du jour de ce rapprochement ». Cette « asymétrie » est exemplifiée, dans un contexte de guerre avec d’autres pays orthodoxes, comme l’Ukraine, par la non protestation de l’Eglise orthodoxe. 
La chercheuse souligne ensuite qu’on attribue souvent à Poutine une position antimusulmane de par sa politique étrangère, mais paradoxalement ce dernier est bien perçu par les musulmans russes. Ceci s’explique par une dissociation, soigneusement entretenue par le pouvoir et relayée par les médias, entre les musulmans « pacifistes » et des musulmans « terroristes ». L’attention portée à cet équilibre s’explique par le besoin de conserver une stabilité intérieure avec les populations musulmanes ainsi qu’avec les Etats musulmans d’un point de vue des relations diplomatiques. Guillaume Fourmont, rédacteur en chef de la revue pose ensuite à Alicja Curanovic, la question de la perception par les populations russes musulmanes de l’intervention russe en Syrie. Cette dernière répond en soulignant que le « caractère oppressif » du régime russe suffit à conserver une approbation apparente de la part de ces populations et à décourager les oppositions de prendre forme. Ceci alors même alors que l’on compte environ 2900 Russes présents au sein des rangs de l’Etat islamiques.
Israël, terre de « renaissance » russe ?
Julia Lerner, maître de conférence au département de sociologie et d’anthropologie de l’université de Ben Gourion du Néguev en Israël introduit son article en mentionnant une réalité peu connue : un million des 8,06 millions d’habitants de l’Etat hébreu sont originaires de Russie. Ces habitants constituent une population bien intégrée mais également influente dans le pays. Julia Lerner évoque en premier lieu l’influence culturelle russe « installée et durable », notamment d’un point de vue linguistique. Ce dernier s’exemplifie par un « phénomène de multiplication de médias russophones », rejoints par les supports électroniques (télévision, etc), mais aussi par les nombreuses manifestations culturelles russes se tenant dans le pays. Le second point essentiel de l’article consiste à montrer que cette identité russe est promue par la jeunesse qui en est d’origine. L’auteur parle d’« héritage russo-soviétique [perçu] comme une ressource cruciale pour l’identité personnelle et culturelle ».
En marge de ce dossier, un article de Ana Echagüe, spécialiste des pays du Golfe, évoque l’opposition de l’Arabie saoudite à l’influence de l’Iran, les deux pays se disputant l’hégémonie régionale depuis des décennies. Mohamed-Ali Adraoui, politologue et historien des sociétés musulmanes, signe un article sur « L’islam de la mondialisation : le salafisme en France ». Mariangela Gasparotto, doctorante à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales, écrit quant à elle un article sur : « Avoir 20 ans à Ramallah : une Palestine entre global et local ».
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CONTROVERSE ORGANISÉE À L’IREMMO LE MARDI 3 MAI 2016 À L’OCCASION DE LA PARUTION DU NUMÉRO DE LA REVUE MOYEN-ORIENT SUR « LA RUSSIE AU MOYEN-ORIENT » 
ARTICLE PUBLIÉ LE 29/04/2016

http://www.lesclesdumoyenorient.com/Controverse-organisee-a-l-iReMMO-le-mardi-3-mai-2016-a-l-occasion-de-la.html

Mardi 3 mai 2016
de 18h30 à 20h30
Avec :
Taline Ter Minassian, professeure d’histoire et civilisations à l’INALCO, spécialiste de la Russie, du Caucase et de la politique russe au Moyen-Orient. Elle est l’auteure de Colporteurs du Komintern, L’Union Soviétique et les minorités au Moyen-Orient, Presses de Sciences po, 1997, et a publié récemment Most Secret Agent of Empire, Reginald Teague-Jones, Master spy of the Great Game, Hurst, Oxford University Press, 2014.
Clément Therme, chargé d’enseignement à l’INALCO et à Sciences Po Paris. Il est également chercheur associé à l’EHESS. Il est notamment l’auteur de Les relations entre Téhéran et Moscou depuis 1979 (PUF, 2012).
Denis Bauchard, ancien ambassadeur en Jordanie, il a été notamment directeur Afrique du Nord Moyen-Orient au MAEDI. Aujourd’hui conseiller auprès de l’Institut français des relations internationales (IFRI).
iReMMO
7, rue des Carmes
75005 Paris (M° Maubert Mutualité)

EURAMES Info Service 17/2016

CONFERENCES

1. Conference: "The Relationship between Ethics and Dialogue in Contemporary
Thought: The Moroccan Philosopher Taha Abderrahmane as a Case Study", Chouaid
Doukkali University, El Jadida, Morocco, 3-4 May 2016

2. Conference: “The History of Childhood in the Ottoman Empire”, Akdeniz University,
Antalya, Turkey, 6-7 May 2016

3. Conference: “Communication and Conflict: Iraq and Syria”, SOAS University of
London, 7 May 2016

4. Annual Conference of Turkish Studies: "(Re)production of Self and Space in
Turkey", Ipek University, Ankara, 23 May 2016

5. 5th European Congress on World and Global History on "Ruptures, Empires and
Revolutions", Central European University Budapest, Hungary, 31 August - 5 September
2017

6. 7th Annual Conference of the Midwest World History Association:  "Mapping
Migrations in World History", Metropolitan State University, Saint Paul, Minnesota,
23-24 September 2016

7. Conference: "The Future of Minorities in the Middle East", Christopher Newport
University, Virginia, 24 September 2016

8. Seminar: "Ijtihad in Contemporary Context: Concept, Functions and Methods",
Research Center for Islamic Legislation and Ethics, Doha, Qatar, 27-29 September
2016

9. Workshop: “Islamophobia in the East of the European Union”, University of
Toronto, Prague, Poland, 23-24 October 2016

10. Conference: "Rule and Resistance in a Globalized World", Goethe University,
Frankfurt a. M., 2-4 March 2017


POSITIONS

11. Lecturer/Senior Lecturer in History (Middle East/Ottoman Empire), Newcastle
University, UK

12. Positions in the USA


OTHER INFORMATION

13. MA Program: "Intellectual Encounters of the Islamicate World", Freie
Universitaet Berlin

14. International MA and PhD Programs in Gulf Studies, Qatar University, 2016/17

15. Crash Course: “Managing Crises at EU Med Borders”, University of Catania, Italy,
4-8 July 2016

16. Summer Abroad Programme: “Art Treasures of Konya: Medieval Islamic Art and
Architecture II”, Department of Art History, Necmettin Erbakan University, Konya, 11
July - 5 August 2016

17. Summer School: "The Middle East and North Africa Today - Crises, Mobilities and
Paths to the Future", Instituto de Ciências Sociais, Lisbon, 25-29 July 2016

18. Winter School:  "Media Activism and Postcolonial Futures", C-Centre, University
of Hong Kong, 16-21 January 2017

19. Stories on "Translocality and Refugees" for Publication by Center for Locality
and Humanities of Korean Studies Institute, Pusan National University, South Korea

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If you want to distribute an announcement via EURAMES Info Service (more than 6000
recipients, only English and French announcements), please apply the usual format of
the text with no more than 50 words and no attachment. Please send only the most
important information to  and refer to  further details with a
link to the respective website or an email address.

Best regards,

Guenter Meyer, Centre for Research on the Arab World (CERAW), University of Mainz

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CONFERENCES

1. Conference: "The Relationship between Ethics and Dialogue in Contemporary
Thought: The Moroccan Philosopher Taha Abderrahmane as a Case Study", Chouaid
Doukkali University, El Jadida, Morocco, 3-4 May 2016

The conference is in Arabic, French, and English. Information: Prof Yahya Benkhedda,


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2. Conference: “The History of Childhood in the Ottoman Empire”, Akdeniz University,
Antalya, Turkey, 6-7 May 2016

Sessions cover the following topics: Who is a Child?, Child and Labor, Child and
Family, Child and Education.

Information: 
www.academia.edu/24733797/International_Symposium_on_The_History_of_Childhood_in_the_Ottoman_Empire


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3. Conference: “Communication and Conflict: Iraq and Syria”, SOAS, University of
London, 7 May 2016

This conference brings together scholars from a variety of disciplines to address
one of the most hotly debated topic in contemporary public life - the role of media
in the conflicts in Syria and Iraq, in contemporary political violence and extremism
as well as in global narratives of forced migration and the related phenomena of
racism and exclusionary politics in Europe and elsewhere.

Information: 
www.soas.ac.uk/media-studies/events/centre-for-media-and-film-studies-research-seminar/07may2016-communication-and-conflict-iraq-and-syria.html

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4. Annual Conference of Turkish Studies: "(Re)production of Self and Space in
Turkey", Ipek University, Ankara, 23 May 2016

We invite scholars from different academic disciplines to discuss production and use
of urban space in Turkey in relation to 
neoliberalism, identity politics, and social and economic issues. Information:
http://ipek.edu.tr/acts/

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5. 5th European Congress on World and Global History on "Ruptures, Empires and
Revolutions", Central European University Budapest, Hungary, 31 August - 5 September
2017

With the focus on Colonial and Post-Colonial History as well as Immigration &
Migration History etc., we hope to attract colleagues particularly from and/or
working on Europe and the Middle East/Western Asia.

Deadline for proposals: 15 June 2016. Information:
http://research.uni-leipzig.de/eniugh/congress/

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6. 7th Annual Conference of the Midwest World History Association:  "Mapping
Migrations in World History", Metropolitan State University, Saint Paul, Minnesota,
23-24 September 2016

Proposals that focus on any period of world history are welcome, particularly those
that explore such themes as the migration of peoples globally, the impact of such
migrations, and the ways in which humans have mentally and physically mapped who
they are.

Proposals deadline: 16 May 2016. Information: www.mwwha.org/conference-2016.html

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7. Conference: "The Future of Minorities in the Middle East", Christopher Newport
University, Virginia, 24 September 2016

The conference will address issues related to Minorities and the Mapping of History,
Culture, Literature, Gendered Peace-building, Language, Politics, and Identities,
Global Structure and Local Practices, Migration, Role Minorities play in their
marginalization etc.

Deadline for proposals: 1 June 2016. Information:
https://cnu.irisregistration.com/Form/FutureofMinoritesintheMiddleEast

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8. Seminar: "Ijtihad in Contemporary Context: Concept, Functions and Methods",
Research Center for Islamic Legislation and Ethics, Doha, Qatar, 27-29 September
2016

Academic researchers in, among other fields, Islamic Studies and (Methodology of)
Ethics are invited to this seminar. All travel and accommodation costs will be
covered by the hosting institution, Research Center for Islamic Legislation & Ethics
(CILE). The papers will be published in the "Journal of Islamic Ethics" or book
series "Studies in Islamic Ethics", Brill.

Deadline for abstracts: 20 May 2016. Information: 
www.cilecenter.org/en/news/call-for-research-papers-ijtihad-in-contemporary-context-concept-functions-and-methods-27-29-september-2016/


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9. Workshop: “Islamophobia in the East of the European Union”, University of
Toronto, Prague, Poland, 23-24 October 2016

The workshop will explore closely related questions about Islamophobia in eastern
Germany, Poland, the Czech Republic, Slovakia, and Hungary.

Deadline for proposals: 15 May 2016. Information:
http://projects.chass.utoronto.ca/kalmar/prague.cfp.pdf

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10. Conference: "Rule and Resistance in a Globalized World", Goethe University,
Frankfurt a. M., 2-4 March 2017

We plan to address the relationship between resistance and systems of rule in times
of transnationalization.

Deadline for abstracts: 1 June 2016. Information:
http://dissidenz.net/en/conference-2017/.


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POSITIONS

11. Lecturer/Senior Lecturer in History (Middle East/Ottoman Empire), Newcastle
University, UK

You must have a PhD in a relevant field and clearly developed research plans for
world-leading or internationally excellent publications that will constitute a
significant contribution to the next Research Excellence Framework. You must also
have experience of undergraduate teaching.

Deadline for application: 11 May 2016. Information: https://vacancies.ncl.ac.uk/
(Keyword B36292A)

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12. Positions in the USA:

a) Faculty Fellow in Contemporary Middle Eastern Studies - New York University
College of Arts and Science: 
www.h-net.org/jobs/job_display.php?id=52868

b) Two research positions about Islamic thought - International Institute of Islamic
Thought (IIIT), Herndon, VA: 
www.iiit.org/research-grants.html


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OTHER INFORMATION

13. MA Program: "Intellectual Encounters of the Islamicate World", Freie
Universitaet Berlin

The FU Berlin is offering an MA program to understand more about the deep and
diverse links between the Muslim, Jewish and Christian    intellectual contributions
during the Medieval period, to learn from internationally acclaimed guest lecturers
from all over the world,  to study together with a small group of about 20 students,
many of whom from the Middle East, and to combine the flexibility of an online
degree program with the advantages of gaining international experience.
The offer includes a one-year, English-taught MA degree awarded by FU Berlin,
in-class meetings in Istanbul and Berlin, no tuition fees, monthly scholarships for
Palestinian and Israeli nationals including coverage of travel and accommodation
expenses and a personalized supervision structure

Application deadline: 31 May 2016. Information:
www.geschkult.fu-berlin.de/en/e/ieiw/application_live/index.html

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14. International MA and PhD Programs in Gulf Studies, Qatar University, 2016/17

As a dual degree with Durham University, UK, this program offers a unique
interdisciplinary opportunity to study the Gulf while living in the region itself,
learning the language and immersing in the local culture. The curriculum, taught in
English, provides a holistic examination of the region that includes topics such as
Anthropology and History, Politics and society, Economics and development,
International relations, Security and Foreign Policy, Energy and Environment,
Literature and Culture.

Deadline for admission to the program: 10 May 2016. Information:
www.qu.edu.qa/artssciences/gulfstudies/

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15. Crash Course: “Managing Crises at EU Med Borders”, University of Catania, Italy,
4-8 July 2016

The Crash Course is an advanced study and training event for PhD students interested
in EU external action and the management of crises at EU Med borders, migration in
particular. MA students seeking to deepen their knowledge on these topics are also
welcome.

Deadline for application: 1 May 2016. Information:
www.dsps.unict.it/eumedea/events/crash_course

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16. Summer Abroad Programme: “Art Treasures of Konya: Medieval Islamic Art and
Architecture II”, Department of Art History, Necmettin Erbakan University, Konya, 11
July - 5 August 2016

This unique cultural programme’s purpose is the study of medieval Anatolian art and
architecture by focusing on the spectacular examples of medieval Islamic art and
architecture of Konya on site. The course will combine lectures and many field trips
to monuments and museums in Konya, taking full advantage of the opportunity to study
art in context.

Deadline for application: 1 July 2016. Information:
www.konya.edu.tr/storage/images/web/events/Summer%20School%202016-2017.pdf

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17. Summer School: "The Middle East and North Africa Today - Crises, Mobilities and
Paths to the Future", Instituto de Ciências Sociais, Lisbon, 25-29 July 2016

The objective is to provide an understanding of the current social and political
dynamics through a community-centered perspective, able to highlight the ways in
which people negotiate forms of coherence and meaning, ethical plausibility and
imaginaries of the future.

Closing Date:  31 May 2016. Information:
www.zmo.de/Ausschreibungen/Andere/SummerSchoolTheMiddleEastAndAfricaToday.PDF

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18. Winter School:  "Media Activism and Postcolonial Futures", C-Centre, University
of Hong Kong, 16-21 January 2017

This event is intended to support PhD Students or advanced masters' students with
professional experience (such as experience in the field of journalism).  All
applicants must be working on original research projects that engage with the Winter
School theme, especially related to the Middle East.

Deadline for application: 13 June 2017. Information:
http://iias.asia/masterclass/general-information-winter-school-2017


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19. Stories on "Translocality and Refugees" for Publication by Center for Locality
and Humanities of Korean Studies Institute, Pusan National University, South Korea

We are interested in local stories dealing with diverse and complicated local and
translocal issues as a result of the massive displacement of refugees toward Europe
in recent years.

Deadline for abstracts: 7 May 2016. Information: 
https://networks.h-net.org/node/73374/announcements/121786/call-local-stories-translocality-and-refugees