lundi 20 avril 2015

30.4.2015, Οι αραβικές σπουδές στην Ελλάδα

http://www.efa.gr/index.php/fr/manifestations-scientifiques/nos-manifestations-scientifiques/599-30-04-2015-conference-de-l-efa-e-kondyli

Conférence / Διάλεξη

Jeudi 30 avril
Πέμπτη 30 Απριλίου
19:00 
Salle des conférences de l’EFA / Αίθουσα διαλέξεων της EFA


Οι αραβικές σπουδές στην Ελλάδα
Les études arabes en Grèce

 
Ελένη Κονδύλη - Πανεπιστήμιο Αθηνών / Ελληνική Επιστημονική Εταιρεία Σπουδών Μέσης Ανατολής

Conférence en grec - Διάλεξη στα ελληνικά

 
Στη διάλεξη αυτή, θα δοθεί η ευκαιρία να αναζητήσουμε, αφενός, ποια είναι η θέση της Ελλάδας ως προς τις αραβικές σπουδές, ιστορικά και πολιτιστικά και, αφετέρου, ποιο μπορεί να είναι το περιεχόμενο των αραβικών σπουδών και η οργάνωσή τους μέσα στο χρόνο. θα γίνει προσπάθεια να εντοπίσουμε τα κενά, καθώς και τις πιθανές προτάσεις εξέλιξης των αραβικών σπουδών στον ελληνικό χώρο.

Au cours de cette conférence, l’occasion nous sera donnée d’examiner, d’une part, la position de la Grèce dans le domaine des études arabes, du point de vue historique et culturel et, d’autre part, le contenu et l’organisation de ces études. Nous tenterons de cerner les lacunes, ainsi que les propositions éventuelles de développement des études arabes dans l’espace hellénique. 

 
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Η Ελένη Κονδύλη γεννήθηκε στην Αθήνα. Σπούδασε ρομανική φιλολογία, ανατολική φιλολογία και ιστορία στο Πανεπιστήμιο της Λουβέν. Η διδακτορική της διατριβή αφορούσε τις σχέσεις βυζαντινής και αραβικής λογοτεχνίας. Εργάστηκε στο Κέντρο Αραβικής Φιλοσοφίας και στο Ινστιτούτο Ανατολικών Σπουδών του Πανεπιστημίου της Λουβέν, στο Εθνικό Κέντρο Επιστημονικής Έρευνας του Βελγίου, καθώς και στο περιοδικό ανατολικών φιλολογιών Le Muséon. Στην Ελλάδα δίδαξε στο Γαλλικό Ινστιτούτο Αθηνών και στη δευτεροβάθμια εκπαίδευση. Σήμερα είναι αναπληρώτρια καθηγήτρια στο Τμήμα Τουρκικών και Σύγχρονων Ασιατικών Σπουδών του Εθνικού και Καποδιστριακού Πανεπιστημίου Αθηνών. Διδάσκει Αραβικό πολιτισμό και Αραβική λογοτεχνία πρωτίστως, τις σχέσεις μεταξύ Γαλλίας και αραβικού κόσμου στον τομέα του πολιτισμού και της λογοτεχνίας, καθώς και τις σχέσεις μεταξύ Βυζαντίου και κόσμου του Ισλάμ.

Είναι συγγραφέας διαφόρων άρθρων και των βιβλίων:
·         Stéphanitès kai Ichnélatès, traduction du Kitab Kalîla wa-Dimna (éditions Peeters, Louvain 1997),
·         Εισαγωγή στη Λογοτεχνία των Αράβων (Ελληνικά Γράμματα, 2001),
·         Άδωνης. Οι αναλογίες και οι αρχές (Ελληνικά Γράμματα, 2004) και
·         Αραβικός Πολιτισμός (Ελληνικά Γράμματα, 2008).

Το 1993 βραβεύτηκε από τη Βασιλική Ακαδημία του Βελγίου, το 2007 έλαβε το Βραβείο Edmond Fagnan για Σημιτικές Σπουδές και το 2008 βραβεύτηκε με Μετάλλιο του Υπουργείου Ανωτάτης Εκπαίδευσης της Αραβικής Δημοκρατίας της Αιγύπτου.
 


Hélène Condylis est née à Athènes. Elle a étudié la philologie romane, ainsi que les philologies et histoire orientales à l’Université de Louvain. Sa thèse de Doctorat portait sur les relations entre les littératures byzantine et arabe. Elle a exercé au Centre de Philosophie Arabe et à l’Institut d’Études Orientales de l’Université de Louvain, ainsi que dans le cadre de la revue de philologie orientale Le Muséon. En Grèce, elle a enseigné à l’Institut Français d’Athènes et dans l’éducation secondaire. Aujourd’hui, elle est professeur au Département d’Études Turques et Asiatiques Contemporaines de l’Université d’Athènes. Elle enseigne principalement la civilisation et la littérature arabes, les relations entre la France et le monde arabe dans les domaines culturel et littéraire, ainsi que les relations entre Byzance et le monde de l’Islam.

Elle est l’auteur de divers articles et des ouvrages suivants : 
·         Stéphanitès kai Ichnélatès, traduction du Kitab Kalîla wa-Dimna (Louvain, éd. Peeters, 1997) ;
·         Εισαγωγή στη Λογοτεχνία των Αράβων (Athènes, Ellinika Grammata, 2001) ; 
·         Άδωνης. Οι αναλογίες και οι αρχές (Athènes, Ellinika Grammata, 2004) ;
·         Αραβικός Πολιτισμός (Athènes, Ellinika Grammata, 2008).

Hélène Condylis est également lauréate de l’Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique (1993), du Prix Edmond Fagnan pour les  Études Sémitiques (2007) et de la Médaille du Ministère de l’Enseignement Supérieur de la République arabe d’Égypte (2008). 

 

vendredi 17 avril 2015

Call for Papers for open panels during the international DAVO Congress in Bochum, 24-27 September 2015


 You are kindly invited to send paper proposals until 8 June 2015 to the chair persons of the open panels of the  "22nd International Congress of the German Middle East Studies Association (DAVO)"

The titles of the open panels are shown in the text below and the detailed descriptions of the panels are attached. Further panel proposals are welcome.

1) Implementing National Spatial and Urban Policies
    Chair: Dr. Sebastian Elbe and Dr. Katrin Bäumer (Darmstadt)

2) The Economic Development Perspective of the Arab States after the „Spring“
    Chair: Salam Said (Erlangen/Bremen)

3) Urban Governance, Housing Policies and Livelihoods in Arab Cities: Revolutionary Times?
    Chair: Maike Didero (Aachen)

4)  Kemalism as a Fixed Variable in the Republic of Turkey? – History, Politics, Society
     Chair: Prof. Dr. Lutz Berger (Kiel)

5)  Sexuality and Marriage in Islamic Communities
     Chair: Thomas Gugler (Münster) and Johannes Rosenbaum (Bamberg)

6) Rethinking Middle Eastern Studies Post-Arab Revolts
    Chair: Ali Fathollah-Nejad (London/Brussels)

7) Towards Critical Iranian Studies: New Perspectives on Post-Revolutionary Iran
    Chair: Ali Fathollah-Nejad (London/Brussels)

8) Four Years After: The Post-Arab Spring Era and its Multifarious Challenges for the European Union
    Chair: Prof. Dr. Annette Jünemann and Julia Simon M.A. (Hamburg)

9) Multiple Forms of Political and Cultural Expression: Youth Cultures in the Arab Gulf States
    Chair: Menno Preuschaft (Münster)

10) Beyond Orient and Occident: Israel’s Cultural Location in the Middle East     Chair: Shelley Harten (Berlin) and Johannes Becke (Heidelberg)

11) Salafism –  An Islamic Fundamentalist Movement in the National and International Spotlight
      Chair: Thorsten Gerald Schneiders (Duisburg) and Dr. Jörn Thielmann (Erlangen)

12) Islamophobia as Research Assignment for Islamic Science
     Chair: Thorsten Gerald Schneiders (Duisburg)

Please note the following deadlines:

- Until 15 May 2015: Further abstracts of proposals for open panels for which papers are invited. These proposals will be forwarded to more than 5500 scholars. Send your proposal (abstract maximum 200 words) to the General Secretary of conference Amke Dietert congress@davo-iswidmg2015.de.

- Until 15 June 2015: Proposals for closed panels, papers and posters (abstract up to 200 words).

- Until 15 July 2015: Information about the approval or rejection of the proposals.

- Until 31 July 2015: Registration of participation in the conference at a reduced fee.

- After 31 July 2015: Registration of participation in the conference at an increased fee.

- 24 September 2015: General Meeting of the members of DAVO and the Section Conference of the Islamic Studies Section of the DMG.

Additional information at http://davo-iswidmg2015.de/en/

Best regards,

Guenter Meyer

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Prof. Dr. Guenter Meyer
Director of the Centre for Research on the Arab World (CERAW),
University of Mainz
55099 Mainz - Germany
Ph. ++49 - 6131 - 39 22701
Fax ++49 - 6131 - 39 24736
E-mail: g.meyer@geo.uni-mainz.de
Chairman of DAVO: www.davo1.de
Press articles: www.facebook.com/CERAW.Info

jeudi 16 avril 2015

κινηματογράφος και Μαγρέμπ

10E ÉDITION DU PANORAMA DU MAGHREB ET DU MOYEN-ORIENT, DU 31 MARS AU 19 AVRIL 2015 
ARTICLE PUBLIÉ LE 07/04/2015

Par Mathilde Rouxel

La 10e édition du Panorama du Maghreb et du Moyen-Orient se tient du 31 mars au 19 avril 2015 dans les salles du cinéma Écran de Saint-Denis, de l’Entrepôt de Paris, du Louxor-Palais du cinéma, à l’Espace 1789 de Saint Ouen, du cinéma l’Étoile de la Courneuve, du cinéma le Trianon de Romainville, du cinéma Louis Daquin de Saint Denis, du cinéma Le Studio d’Aubervilliers, de l’Institut des Cultures d’Islam et à l’Institut du Monde Arabe.
Le Panorama des Cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient est un festival de films implanté en Île-de-France depuis 2006. Soutenu par la ville de Saint-Denis, il est l’occasion de nombreuses rencontres, réflexions et débats autour des problématiques qui sous-tendent ces productions culturelles arabes et orientales qui se déroulent sur une quinzaine de jours. Outre les cinémas (Ecran de Saint-Denis, Entrepôt à Paris), le festival, organisé par l’association Indigènes Films, investit les écoles, l’université, les médiathèques de quartier.
L’initiative est née en 2006 pour promouvoir et diffuser le cinéma marocain. Dès 2008, ses frontières se sont ouvertes aux cinémas du Maghreb, pour s’intéresser au Moyen-Orient (en tant qu’aire culturelle qui intègre les civilisations arabes, perses et turques) à partir de 2012. 
Ce festival, aujourd’hui bien ancré dans la scène culturelle de la région parisienne, offre à cette cinématographie émergente et encore peu diffusée sur le territoire français une visibilité et un contact intéressants avec de nouveaux publics. Cette ouverture à la cinématographie maghrébine et moyen-orientale est un outil privilégié pour combattre les clichés parfois véhiculés sur la culture musulmane.
Le PCMMO a par ailleurs su tisser des liens privilégiés avec des festivals arabes de renommée internationale, à l’image des festivals de Dubaï, Rabat ou Doha. 
L’intérêt particulier de ce festival réside dans son choix de ne pas se consacrer exclusivement aux films issus d’Algérie, de Tunisie, de Palestine, du Liban, d’Égypte, de Syrie, d’Iran ou de Turquie, mais de les mettre en regard du cinéma produit par les diasporas dans le monde. Ce large éventail permet de présenter des cinématographies et, à travers elles, des cultures complexes qui ouvrent un espace de réflexion et de partage.
Cette année, le festival propose un « focus Maroc contemporain ». Le Maroc est un pays où la production cinématographique est aujourd’hui en plein essor. Avec comme invité d’honneur le directeur du Centre cinématographique marocain Sarim Fassi-Fihri, et la présence de nombreux réalisateurs, le Panorama propose une programmation de dix films contemporains de fiction et de documentaire, où Réveil de Mohamed Zineddaine côtoieMille mois de Fnouzi Bonsaid ou Les Chevaux de Dieu de Nabil Ayouch. L’affaire Ben Barka bénéficie par ailleurs d’une attention particulière.
Le festival offre par ailleurs une carte blanche à la Cinémathèque de Tanger, et avec elle l’occasion pour le public parisien de découvrir le patrimoine audiovisuel culturel et historique du monde arabe conservé par cette association installée à Tanger, au Maroc. Née en 2006, celle-ci a déjà réuni d’importants fonds documentaires, de vidéos, de films de fiction, principalement issus du Maroc ou du monde arabe, pour contrebalancer « l’hégémonie des films commerciaux » [1]. L’intervention au PCMMO de Malika Chaghal, déléguée générale de la Cinémathèque de Tanger, permet d’ouvrir le dialogue sur la diffusion des cinématographies du Sud et de questionner la préservation et la conservation des archives d’images animées au Maghreb et au Moyen-Orient : il s’agit en effet d’une aire géographique où les cinémathèques se font rares.
Outre le Maroc, le festival propose une sélection de trente-quatre films de fiction, documentaires, longs et courts-métrages. Les Terrasses de Merzak Allouache (Algérie) donne à voir la foule chaotique qui s’affaire dans les rues d’Alger ; Villa Touma de Suha Arraf (Palestine) pointe sa caméra sur les tourments de trois chrétiennes de Ramallah ;Home sweet home de Nadine Naous (Liban) nous présente les difficultés politiques qui transforment sans cesse Beyrouth ; Je suis le peuple d’Anna Roussillon (France) donne la parole à la population de Haute-Égypte, qui exprime son opinion et ses espoirs suite à la révolution qui a secoué la place Tahrir du Caire. Une sélection de courts-métrages sera également présentée. Toutes les projections sont suivies d’un débat.
Pour réfléchir au-delà des projections, des tables rondes et des rencontres professionnelles sont organisées, au cinéma Écran de Saint-Denis les deux premières semaines, puis à l’Institut du Monde Arabe. Sont ainsi interrogées la diffusion des cinématographies du sud, à partir de la question de savoir quels circuits de distribution festivals et salles sont ouverts à ce type de production, les représentations des musulmans dans la société, les opportunités qui se présentent aux jeunes réalisateurs du Maghreb pour la réalisation d’un court-métrage ou encore le problème de la liberté de création cinématographique à travers le monde.
Site du festival : 
http://www.pcmmo.org/

WWW.LESCLESDUMOYENORIENT.COM/CALIFAT- κ.λπ.

http://www.lesclesdumoyenorient.com/Califat-et-legitimite-du-pouvoir.html

CALIFAT ET LÉGITIMITÉ DU POUVOIR DANS LE SUNNISME 
ARTICLE PUBLIÉ LE 09/04/2015

Par Inès Aït Mokhtar

La question du califat traverse l’histoire de la pensée musulmane, et occupe une place centrale dans les débats effectifs autour de l’organisation du pouvoir. Disparue en 1924 au terme d’une histoire longue et riche de mutations, cette institution connaît aujourd’hui un regain d’intérêt chez les chercheurs, dans la mesure où elle est proclamée comme source de légitimité du pouvoir par ceux qui contrôlent aujourd’hui certaines régions d’Irak et de Syrie, regroupées sous le terme « Etat islamique ». La notion d’Etat est pourtant le résultat de constructions théoriques et politiques relativement récentes, advenues essentiellement en Occident, à l’âge moderne. Son emploi à l’endroit de cette nouveauté théologico-politique dont il est difficile de cerner les contours peut donc surprendre, et il nous invite à nous pencher davantage sur les structures politiques dont elle se réclame afin d’asseoir sa légitimité. Or, celles-ci semblent converger vers le califat comme institution et source de tout pouvoir légitime.
C’est à travers ce prisme qu’il nous faut ici étudier la notion de califat, afin de compléter une approche historique nécessaire par une approche plus théorique qui doit nous permettre de saisir la portée conceptuelle et la signification du califat en tant qu’il est un outil de pouvoir. Pour ce faire, les analyses d’André Miquel sont particulièrement intéressantes, et c’est d’elles que nous nous inspirons ici.

Aux origines du califat : un pouvoir laissé vacant

Comme d’autres articles l’ont ici montré, le califat naît dans des circonstances particulières, celles d’une indécision quant à la façon dont il s’agit de désigner le guide de la communauté après la mort du prophète. Il lui faut trouver un « successeur » et c’est précisément ce qu’est le calife. Le mot arabe khalifa signifie littéralement « successeur », et la légitimité de celui-ci tient à sa proximité avec le prophète, de son vivant. Cependant, des querelles de succession existent dès les origines, et il n’est pas exagéré d’affirmer que c’est elles qui conduiront en partie à la scission qui opposera bientôt le shiisme au sunnisme, comme en témoigne l’épisode historique de la « Grande Discorde ».
C’est donc afin de résoudre un problème politique très concret, celui de la vacance du pouvoir laissé par la mort du prophète, que nait l’institution califale en tant que telle, qui peut être nommée l’institution de la succession. Or, qui dit succession dit possession du pouvoir, et cette question conduit nécessairement à celle de la légitimité d’un tel pouvoir. C’est en effet une constante de toute pensée politique, que celle-ci soit fondée sur des motifs théologiques ou non, que de penser conjointement le pouvoir et sa légitimité. Or, cette légitimité sera ici pensée en regard de la Révélation : la Révélation est-elle close une fois la vie du prophète achevée ou bien continue-t-elle de se déployer à travers l’exemple offert par la vie de sa descendance, celle d’Ali et de Fatima ? Si le shiisme penche pour le second pan de l’alternative, c’est plutôt le premier qui a la faveur du sunnisme, et il nous faut voir comment la clôture de la Révélation rend problématique la légitimité du pouvoir.

Le califat : le pouvoir et la Loi

Si la question de la Loi est ici cruciale, c’est parce que c’est en regard de celle-ci que se pose un double problème, qui permet de comprendre la nécessité du califat : celui de la connaissance de la Loi d’une part, et celui de son exécution d’autre part.
Le premier problème est celui de la tradition et de la nouveauté. En effet, à mesure que la communauté grandit, elle ne se réduit plus au petit groupe qui constituait la communauté des origines, et, de ce fait, elle voit émerger en son sein des situations ou configurations sociales qui n’auraient pas pu exister alors qu’elle était restreinte. Des incohérences naissent alors entre la lettre de la Loi et le tissu social effectif. L’immensité de la communauté rend, de plus, impossible toute décision à l’unanimité (ijma) préconisée dans de tels cas. De ce fait, la seule solution est d’en référer à une autorité supérieure telle que le calife.
Le second problème, celui de l’exécution de la Loi, se réduit à celui de la figure qui exécute la Loi, et donc à la figure du pouvoir elle-même, qui est celle du calife. Or, dans le sunnisme, le choix d’un chef unique dont le pouvoir suprême est institué et reconnu par la communauté est un devoir de la communauté elle-même. Au fondement du pouvoir ainsi, se trouve la Loi, dans la mesure où c’est la nécessité de maintenir et d’exécuter la Loi révélée qui implique l’existence d’un calife. En ce sens, le rôle du calife, en tant que successeur du prophète et gouvernant de Dieu, est de faire respecter une Loi qui n’a précisément pas été édictée ni reçue par lui.
C’est ce rôle de garant de la Loi révélée qui justifie idéalement l’existence du califat, et ainsi, du calife. Toutefois, les modalités de désignation du calife ne sont fixées nulle part, et soulèvent des enjeux redoutables.

Les sources du pouvoir : l’élection du calife

Les théories sunnites répondent au problème de la désignation par l’élection, qui est la seule modalité de choix valide, et par laquelle il s’agit de désigner un chef « apte » et « digne » parmi ceux qui descendent de la famille du prophète, les Quraysh. Dans les faits, pourtant, le principe de cette élection va être maintenu au prix d’une torsion de la réalité afin de la faire correspondre à la théorie, qui va finalement reconnaître la légitimité d’un électeur unique. En effet, bien que le califat soit la chose de la communauté entière, il est plus aisé de réduire le nombre des électeurs, au point que ces derniers se réduiront sans cesse jusqu’à ce que le souverain calife lui-même désigne son propre successeur, se faisant ainsi électeur unique.
Cet appel à la notion d’électeur unique était nécessaire pour maintenant la cohésion de la communauté, même si elle se résume dans les faits à une désignation de son successeur par le calife lui-même, de façon indépendante de la communauté. Pourtant, si cette théorie demeure légitime, c’est parce que, à travers le calife, c’est la Loi révélée qui parle, dont le calife n’est que le garant et le représentant.

L’idéalisme des théories autour du califat

La question du califat, en plus des modalités de son institution, pose la question de son application possible à la réalité, comme toute construction théorique idéale. 
Cette tension entre idéal et réalité est constitutive du califat depuis ses origines, et permet à ce titre de souligner combien un appel à la restitution du califat en des situations socio-historiques hétérogènes pose problème depuis toujours. Ainsi, le califat est un idéal, celui des origines et des débuts effectifs de l’Islam. Or, André Miquel souligne combien cette institution a rencontré des tourments, et n’a jamais cédé dans la théorie et en droit, malgré l’institution du principe dynastique ou de l’hégémonie turque, qui l’ont contredit dans les faits [1].
C’est ainsi que la théorie du califat se caractérise par un double idéal, celui d’un pouvoir unique et d’un pouvoir légitime, c’est-à-dire légitime en regard de la Révélation. C’est la raison pour laquelle André Miquel considère que le califat et ses défenseurs procèdent d’un « idéalisme foncier » [2], et c’est peut-être justement ce caractère idéaliste qui nous le rend si difficile à comprendre.

Conclusion

La question de la légitimité du califat, si elle traverse l’histoire du monde arabo-musulman, est avant tout une question de théorie politique, celle de la légitimité d’un pouvoir qui se réclame d’une source divine. C’est ainsi la Loi Révélée qui en fonde la légitimité et l’unique horizon. Plutôt que de se fondre dans la réalité, c’est à la réalité de se tordre face à la puissance de la Révélation, et c’est précisément ce qui rend cette institution inaudible à des oreilles sécularisées.
De ce fait, le rétablissement actuel du califat dans certaines zones de Syrie et d’Irak pose bien entendu des problèmes économiques et géopolitiques centraux, mais il trouble avant tout nos catégories de compréhension des évolutions politiques, desquelles la transcendance religieuse est absente. C’est précisément parce que la restauration du califat correspond à une restauration de la transcendance religieuse dans les processus de légitimation du pouvoir qu’elle nous est si difficile à saisir.
A LIRE SUR LES CLES DU MOYEN-ORIENT :
Bibliographie
- André Miquel, « Autour du Califat et de la notion de légitimité », in. Tiers-Monde, 1982.
- André Miquel, L’islam et sa civilisation (VIIe – XXe siècle), 1968.
[1A. Miquel, « Autour du Califat et de la notion de légitimité », in. Tiers-Monde, 1982.
[2Ibid.

INTERVIEW WITH HAZEM KANDIL – INSIDE THE BROTHERHOOD (PART ONE) 
ARTICLE PUBLIÉ LE 08/04/2015

By Margot Dazey in Cambridge, UK
Hazem Kandil is the Cambridge University Lecturer in Political Sociology and Fellow of St Catharine’s College. He studies power relations in revolution and war, focusing on the Middle East, Western Europe, and North America.
Following an MA (2004) in International Relations from the American University in Cairo, and an MA (2005) in Political Theory from New York University, he received his PhD (2012) in Political Sociology from the University of California, Los Angeles.
He is the author of Soldiers, Spies, and Statesmen : Egypt’s Road to Revolt (Verso 2012), Inside the Brotherhood (Polity 2014), and The Power Triangle : Military, Security, and Politics in Regime Change (Oxford University Press, forthcoming).
He has published articles on revolution, warfare, and ideology in various academic journals and periodicals.
Hazem Kandil received the 2014 Philip Leverhulme Prize, which funds his current projects on the development of the US war doctrine, and the relationship between conscription and democracy in France and Egypt.

Can you sketch an overview of the Muslim Brothers’ creation and expansion and reflect on the concept of “counter-hegemony” that you are applying to the Brotherhood’s history [1] ?

The historical section in my book [2] goes back to the end of the 19th century, since it was characterized by a certain intellectual crisis that still resonates today. Even though Muslims occasionally faced times of weakness, they did not question the cultural and legal foundations of their community. But major changes occurred throughout the 19th century and in Egypt specifically, from the 1830s onwards. For instance, more and more students were going to Europe, especially France and, once back, were telling their community about different ways of thinking about culture, law, everyday life and so on. This led to a new situation, which Albert Hourani refers to as “two spirits in one body”.
By the beginning of the 20th century, when Hassan al-Banna was a young, bewildered primary school teacher, he lived in a community in which parts were becoming more Europeanised, meaning that Egyptians would still consider themselves Muslims but would also adopt what they saw as modernity wholeheartedly. And for them, because both Islam and modernity were valuable, there could be no discrepancy between these two systems of meaning. On the other hand, there were the religious clerics, who became very anxious and intransigent because of these changes, attacking every thing about Western modernity. And this divide persists today in Egypt : you have the liberal Muslims who believe that Islam is in perfect accordance with liberalism, and you have people who strongly oppose any Western ideology.
The Muslim Brotherhood was created at this specific moment in Egyptian history and that is when the notion of “counter-hegemony” becomes relevant. The Brotherhood thought that the two camps were not going to resolve the matter, as it had become impossible for them to listen to each other. On the one hand, it was too late to try to roll back modernity through religious arguments, but on the other hand, they could not just give up to modern secularism. Consequently, they settled to infiltrate society, slowly but surely, aiming at winning people over back to Islamic culture, Islamic lifestyle, Islamic laws, one by one – they were inspired by the imagery of Noah’s ark, bringing as many survivors as possible.
This strategy carries Gramscian overtones : the Brotherhood hoped to counter what was quickly becoming common sense by slowly expanding their Society. Their hope was – and it came to a climax with Rabaa in 2013 – that after creating what Gramsci calls the “war of manoeuvre”, that is, winning over larger sections of society, then the “frontal attack” could take place. It was not necessarily seen as a violent clash but rather a confrontation between two different, parallel communities, culminating in the victory of the more committed. Hassan al-Banna, at the Fifth Annual congress in 1939, specifically told his fellow Brothers : you’re too hasty, you want to move prematurely ; only when we will have enough committed people, we could move to the frontal attack. That is why, I think, Gramsci is useful for understanding the Brotherhood. Of course the Muslim Brothers were not thinking in terms of Gramsci but in terms of the prophet’s tradition, starting with a small community and winning people one by one to finally overwhelm the unbelievers.
This moment of foundation of the Society still resonates with us now and it is important to understand that, throughout their history, the Muslim Brothers were always very consistent with their ideal of generating a cultural transformation.
In the 1930s they thought that the transformation might be achieved through fostering good relationships with the young reformist King and thus they became staunch monarchists. Then after the King turned against them, they took part in the Free Officers’ coup, thinking that, if they could help create a Republic, they would be able to infiltrate the subsequently established media and universal education system. And actually Sayyid Qutb, on the eve of joining the Brotherhood, was a cultural adviser to Nasser. Then Nasser turned against them. When Sadat got them out of prison, they reinvented themselves as supporters of a just dictatorship and embarked on cultural transformation by becoming his advisers. After years of collaboration, Sadat turned against them. When Mubarak came in, he did not want them as his advisers but allowed them to work in the sphere of civil society. Here, the more contemporary version of the Muslim Brotherhood took shape. Working at the level of civil society means, for the Muslim Brothers, running for elections at universities, syndicates, and parliament, with the aim of using the campaign itself as a cultural platform. The same logic applies to their charity work in neighbourhood mosques, nurseries, schools, and so on.
In sum, the Brotherhood’s strategies varied over time but their goal of cultural transformation remained the same. While Hassan al-Banna tried to win people over to a central Brotherhood headquarters, the current Brotherhood attempts to infiltrate civil spaces, without people necessarily being aware that they are Brothers. Contrary to the literature that usually portrays them as opportunists or pragmatists, they are utterly consistent in terms of objectives.

Moving toward more contemporary developments, can you broadly account for the popular uprising that led to Mubarak’s downfall, pointing out the specific role the Brotherhood played in this mobilization, especially its youth wing ?

The Muslim Brotherhood has been working within civil society since the seventies. But after thirty years, many young members of the Brotherhood became slightly impatient and got involved with more direct forms of political protest, such as the united front movements like Kefaya, Facebook pages such as “We are all Khaled Saeed”, or youth movements like the April 6th movement. They started exploring different avenues, which were more subversive and more confrontational.
However, on the eve of the uprising, it was no secret that the Muslim Brothers were sending clear messages to Gamal Mubarak, Mubarak’s son and designated successor, that they would not oppose his succession if he would allow them the same space and freedom within civil society. And so, when the revolt itself took place, the Muslim Brothers were taken aback, since it was out of their field of possibilities and expectations. Many of the youth who were disillusioned with the Brotherhood went on to form several small (and so far insignificant) parties, such as the Egyptian Current, and Strong Egypt, while the Brotherhood famously decided to join the uprising on the night of 28th, when it became obvious that a big change was taking place.
However, it is important to know that, on the 1st of February, the Brotherhood sent Mohammed Morsi, who became president afterwards, and Saad El-Katatni, who became first speaker of the parliament, to negotiate a deal with Omar Suleiman, Mubarak’s intelligence officer. Through this settlement, they would try to explain to the demonstrators in Tahrir that things could be solved through negotiations, while in exchange the Brotherhood would be offered a political party and more space. But on the 2nd February, the day after the meeting, the battle of the so-called Battle of the Camel occurred, changing the situation.
As soon as the revolt ended, the Brotherhood went back to asking how they could create their cultural transformation. They looked around to see whom they could work with. On the one hand were the civil activists, this core group of men and women responsible for the revolt, mostly liberal, leftist, with a very strong secular agenda. They could work with the Brotherhood to uproot the old regime but they would not want to see the country Islamised. On the other hand were powerful institutions : the military and the security, which had been the Brotherhood’s enemies for some time but which were not promoting any cultural agenda. So the Brotherhood thought to convince them that they could replace the old ruling party (that has been dissolved and its leaders imprisoned), so the institutions could take the Brotherhood as their new political partner. The Brotherhood thought there would be no clash because the security and the military institutions would not care about what the Brothers are mostly concerned with : culture – in this regard, it is worth noticing that in the first Muslim Brotherhood government under Morsi, the three positions they were really adamant about were : Ministry of Culture, Ministry of Information and Ministry of Education. In return, the Brotherhood could help the security and the military stabilize the political situation and shield them from accountability.

You briefly mentioned the power triangle between the political, the military and the security, which you describe further in one of your books [3]. Can you develop this argument and explain how Morsi’s regime fit within this triangle structure ?

In my work, I try to look at what I refer to as the “power triangle,” the political, military, and security institutions that constitute the core of any ruling bloc. I study regime change through examining the interactions of these three institutions, which are of course embedded in a certain cultural, socio-economic and geopolitical context.
My analysis is that what began as a military dominated regime in the 1950s slowly metamorphosed into a police state, with the security becoming the most important institution on the eve of the 2011 revolt and the military remaining an important, but less privileged partner. Consequently, the military saw the 2011 revolt as a good opportunity to outmanoeuvre its ruling partners and to change the power configuration. They first got rid of the old ruling party and came face to face with the security. Their plan was then to create a new political partner that would not be so troublesome and would defer to the military. The military initially thought about the revolutionary activists and, interestingly, the first governments formed after the revolt included figures associated with the opposition. However, at the end of the day, the military realized that the revolutionary youth was just too destabilising for the country and their next option was the Muslim Brothers, who presented themselves as a good partner : “We know how to defer to powerful institutions, we are not as rash and reckless as these youth, we are organised and we will not cause you any trouble, our sphere of interest which is culture is not your field our interest, etc.”. They seemed like a very good fit.
But what the Muslim Brotherhood did not suspect in trying to fit within this power triangle was that paying respect to the military and the security would not be enough. Famously, the Muslim Brotherhood did not only support the supreme military council in most of its decisions, but also identified with almost all of the security positions : the importance of maintaining order, the discourse on foreign conspiracies, the blame on the revolutionaries for challenging the police, etc. When Morsi came to power, he immediately said that everything was forgiven and forgotten because the security has reformed itself and even right before he was overthrown he went on to declare that the security was a partner in the revolt.
Incidentally, the current interior minister recently said that Egyptians do not have a problem with the security, as illustrated by the fact that the revolution occurred on Police day out of respect – while it is obviously the opposite. Later people found out that this line of reasoning was Morsi’s idea : in one of his speeches, he said that it had been the will of God that the day of the Revolution and Police day coincided.
So, the Brotherhood thought that paying respect to the security and the military would be enough. The problem is that they did not account for the fact that the two political factions they intended to replace could actually unite against them. The revolutionary activists felt betrayed because of the Brotherhood’s attempt to hijack the revolution, while the old regime networks refused to share power when they could reclaim it all once more. And so during the summer 2013 an incredible tactical alliance between the old regime and the revolutionary activists took place, in order to bring down the Brotherhood.
It would be wrong to think that the uprising of the summer 2013 was completely manufactured. The military and the security blessed it, but there were also millions of people in the streets. The revolutionary activists succeeded in agitating against the Brotherhood on their websites and on television and gave legitimacy to the uprising, while the old regime used its own money, networks and bureaucracy to get people out. So, now, the Brotherhood is out of the picture and Egypt’s political institution is still in a state of flux.
People suggest that the military controls the regime but, in my analysis, when Sissi goes to the presidency and leaves the military, he is no longer the parole officer representing the military. He has his own position and legacy to take into account – how he will go down in history books. We have a two-headed regime with the military and the security as the strongest institutions and it is still unclear who is going to dominate. And you have fluidity in the political field. Sissi is trying to build his own camp around the presidency, a faction made of technocrats and advisers, who are not political in any way but who work in a managerial style to achieve his vision. Very much like Nasser, he is trying to turn politics into management. But he is worried because the old regime is trying to get back to power, primarily through parliament. Ahmed Ezz, once the mentor of Gamal Mubarak, tried to run for parliament and of course the “independent” judiciary prevented him from running due to a technicality. But even if he can’t enter parliament, he can still be the caucus leader from outside. Old regime clients and businessmen are planning to run as independents and dominate parliament. And so again the independent judiciary, days before parliament elections was due to start, postponed the elections, saying that the electoral law is not constitutional although constitutional lawyers were involved in drafting it. So Sissi is trying to buy time to solidify his camp, and others are really anxious to get to parliament to solidify their own networks as well. They might come together under the umbrella of one party, under the umbrella of a number of parties, in a coalition. The regime’s character is not yet clear. Military and security are anxiously looking at each other, the political seat is contests, so that it is difficult to predict where the country is going.
The analysis I am conducting here is more complicated and fragmented than mainstream analysis, which states that the Muslim Brotherhood tried to be part of the revolution but was ultimately overthrown in a counter-revolution.
[1Hazem Kandil, 2011, « Islamizing Egypt ? Testing the limits of Gramscian counterhegemonic strategies », Theory and Society, Vol. 40, No. 1., pp. 37-62.
[2Hazem Kandil, 2015, Inside the Brotherhood, Polity Press.
[3Hazem Kandil, 2012, Soldiers, Spies, and Statesmen. Egypt’s Road to Revolt, Verso Press.
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http://www.lesclesdumoyenorient.com/Iran-Syrie-Liban-Etat-Islamique-la.html

IRAN, SYRIE, LIBAN, ETAT ISLAMIQUE : LA QUADRATURE DU CERCLE ? (PREMIÈRE PARTIE) 
ARTICLE PUBLIÉ LE 10/04/2015

Par Michel Makinsky

Outre une carrière juridique de 30 ans dans l’industrie, Michel Makinsky est chargé d’enseignement sur l’Iran et l’Islam à l’Ecole Supérieure de Commerce et de Management de Poitiers (ESCEM), collaborateur scientifique auprès de l’université de Liège (Belgique), chercheur associé IPSE et directeur général de la société AGEROMYS international (société de conseils sur l’Iran et le Moyen-Orient). Il conduit depuis plus de 15 ans des recherches sur l’Iran (politique, économie, stratégie), après avoir étudié pendant 10 ans la stratégie soviétique.

Un contexte de coûteuse multiplication des fronts

Le front irakien

La politique régionale de Téhéran se trouve compliquée par le fait que la République Islamique veut être présente sur plusieurs théâtres à la fois, activisme qui atteint si ce n’est dépasse les limites de ses capacités et trouble ses relations avec certains de ses voisins. Les dirigeants iraniens ont-ils mesuré l’ampleur de ces défis et compris qu’ils devront opérer des choix si ce n’est des révisions ?
L’Iran concentre ses efforts contre l’Etat islamique sur le « front » irakien en appuyant militairement les milices chiites, des effectifs de l’armée et de la police irakienne, et quelques éléments de milices sunnites pour la reprise de Tigrit [1], puis, en cas de succès, de Mossoul. Une victoire ou une défaite dans ce combat sans merci sera de toute façon lourde de conséquences pour l’Iran comme pour toute la région. Les difficultés [2]rencontrées sur le terrain [3] illustrent, si besoin était, les limites de l’appui militaire iranien, fortement mis à contribution. L’offensive lancée par cet ensemble de forces, après une percée initiale, s’enlise.
Les milices et l’armée irakienne ont enregistré de lourdes pertes : selon certaines sources [4], quelque 1000 miliciens sur les 20 000 combattants engagés ont péri. Du coup, le gouvernement irakien a décrété une pause. L’absence de professionnalisme des troupes de Bagdad, et sans doute des insuffisances tactiques, auxquelles il faut ajouter la redoutable capacité des djihadistes à retarder de multiples façons (fortifications, mines, bombes et pièges, snipers, kamikazes…) la progression vers la ville, expliquent que la posture des assiégeants s’était sensiblement détériorée avant que des frappes aériennes n’interviennent et que des renforts au sol ne soient organisés ensuite.
Ceci a entraîné aussi des dissensions entre les dirigeants irakiens et les milices chiites [5] soutenues par les pasdarans. Le Premier ministre irakien, Haider al-Abadi, a opté pour le recours à des frappes aériennes ciblées par la coalition sous direction américaine au nom de l’efficacité. Les milices et leurs conseillers iraniens souhaitant au contraire conserver le mérite de la reconquête, voulaient plutôt poursuivre l’offensive sans cet appui aérien discriminant (dont elles disaient ne pas avoir besoin) mais au besoin avec des bombardements massifs, et ce, au prix d’un bain de sang. Les vainqueurs auréolés du double prestige de la victoire espérée (mais incertaine !) et des « martyrs » auraient exploité cet avantage pour asseoir leur supériorité, au risque de réduire encore plus tout rapprochement politique avec les tribus sunnites. Selon les mêmes sources, les divergences auraient même provoqué des affrontements entre l’armée irakienne et les milices chiites dont les pratiques violentes sont redoutées des populations [6]. Le Grand Ayatollah Sistani a été contraint de lancer un appel à l’unité [7]. Ces rivalités entre l’armée irakienne et les milices montrent à quel point l’Etat irakien demeure fragile [8]. Dès le 15 mars, le général Abdelwahab al-Saadi, un haut responsable militaire irakien, avait appelé à des frappes aériennes de la coalition menée par l’Amérique Les Etats-Unis bombardent près de Tikrit en Irak, Libération, 25 mars 2015.. Hadi al-Amiri, chef de la milice Badr, a raillé la couardise des chefs de l’armée irakienne. Le président irakien Massoum a reconnu ces divergences mais a tranché : « Seul le gouvernement irakien décide, et aucune autre force ne décide » [9].
Le gouvernement irakien a donc opté le 21 mars pour une implication américaine qui a débuté immédiatement sous forme de vols de reconnaissance pour collecte de renseignements. Les bombardements alliés ont débuté le 25 mars. Ils révèlent deux indications un peu contradictoires : d’un côté, Washington et Téhéran se trouvent engagés simultanément sur le même front. Mais de l’autre, en optant pour une aide américaine, Bagdad a créé, sous l’empire de la nécessité, une (petite) distance avec Téhéran, qui s’est accrue avec l’appui américain à l’intervention saoudienne au Yémen [10]. Plus important, comme nous l’indiquions plus haut, ce développement atteste la faiblesse de l’appareil militaire iranien, quelque peu humilié de ne pas avoir remporté seul la partie aux côtés de ses obligés irakiens. Washington démontre ainsi à la région qu’il est difficile de se passer de son concours, comme le souligne crûment un officier américain : « Le partenariat irakien avec l’Iran s’est avéré infécond, et à présent il est temps pour les Irakiens de faire alliance avec nous » [11]. Il est d’ailleurs étonnant qu’après avoir dirigé les opérations le 2 mars, le général Soleimani se soit retiré du champ de bataille au moment où les combats ont connu une pause [12]. Ceci est-il l’aveu implicite d’une (humiliante) ‘défaite’ du général ? Les dirigeants des milices chiites se sont empressés de le démentir, réaffirmant fortement l’utilité de Soleimani quand besoin s’en fait sentir [13], pour accréditer l’idée d’un repli tactique. En fait, plusieurs indices laissent percevoir dans ce retrait les fruits de pressions américaines en vue de persuader Bagdad de priver l’Iran du leadership d’une reconquête que la République Islamique ne peut mener seule. Ainsi, John Brennan, directeur de la CIA, déclare que Soleimani a un rôle ‘déstabilisant’ donc inefficace dans cette bataille [14]. Il apparaît que les Américains ont convaincu les Irakiens de consentir à une mise à l’écart des milices soutenues par Téhéran [15] pendant cette période [16] par rapport, au moins, à la direction des opérations. Au minimum pour ne pas gêner les bombardements aériens. Soleimani, visiblement attentif à son image [17], joue ‘gros’. Si le bénéfice d’une victoire ne lui est plus attribué, son étoile pourrait en être affectée [18].
Or, lorsque le Premier ministre Haider al-Abadi a annoncé le 31mars la reprise de Tikrit, il a félicité les forces armées et les « volontaires populaires » (c’est-à-dire les milices chiites) [19]. Ces dernières avaient reçu l’autorisation de participer de nouveau [20] aux opérations après en avoir été écartées sur demande américaine pour la période des frappes aériennes. Apparemment, 500 miliciens de tribus sunnites auraient combattu à leurs côtés. Toutefois, la répartition des tâches entre l’armée irakienne et les milices chiites est malaisée à évaluer au vu des déclarations contradictoires. Selon des sources américaines, les milices chiites n’auraient joué qu’un rôle mineur avec quelque 200 volontaires, sous commandement des forces officielles (armée, police fédérale) sur les 4000 hommes engagés. Mohammad al-Ghaban, ministre irakien de l’Intérieur, a déclaré que les troupes de la police fédérale ont été les principaux artisans de la reconquête de Tikrit, ainsi que la « Golden Division », une force d’élite de l’armée, même si certains éléments des milices se sont joints à ces effectifs en cours de bataille [21]. Il semble que ce succès dépasse les attentes des autorités de Bagdad, et suscite une motivation pour les futurs combats. Ces milices portent une appréciation sensiblement différente et prétendent inversement que la plupart de leurs combattants ont pu regagner le front [22].
Certains analystes voient dans la prise de Tikrit un succès de Téhéran qui, par l’appui apporté à ses alliés locaux, a fait selon eux, preuve de crédibilité. D’aucuns craignent que ceci n’alimente les appétits iraniens [23]. Le gouvernement iranien, par la voix de Marzieh Afkham, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, s’est contenté de saluer sobrement la libération de Tigrit, « victoire gagnée par l’armée irakienne, les volontaires et les forces tribales » et a souligné « la solidarité affichée par les militaires irakiens et les volontaires, qu’ils soient musulmans sunnites ou chiites ».Elle a réaffirmé le soutien « effectif et inconditionnel » de l’Iran à la nation et au gouvernement irakiens dans la lutte contre le terrorisme. Ce langage très consensuel et dosé du ministère ne met pas en vedette le rôle des pasdarans, et attribue le mérite du succès aux Irakiens. A l’évidence, le gouvernement veut afficher un profil bas en une période où Riyad et ses alliés dénoncent l’« impérialisme » iranien.

Le front yéménite

L’engagement au Yémen accroît de plus en plus lourdement ce fardeau de façon imprévue pour Téhéran. En déclenchant le 26 mars l’opération aérienne « Tempête décisive » [24], l’Arabie saoudite appuyée par une coalition de quelque 10 pays (les membres du Conseil de Coopération du Golfe, plus le Maroc, l’Egypte, la Jordanie, le Soudan [25], mais sans la participation d’Oman qui ne veut pas sacrifier ses relations avec Téhéran et a annoncé cantonner son rôle à des actions humanitaires en accueillant des blessés et le président yéménite Hadi dans ses hôpitaux [26]), a voulu marquer un double coup d’arrêt : d’une part bloquer une menace imminente sur la sécurité du Royaume. Les troupes saoudiennes (peu opérationnelles et peu sûres) renforcées d’un contingent égyptien risquaient de ne pas y résister. L’abandon de la base d’al-Anad par les forces spéciales américaines [27] qui était d’une importance cruciale pour le lancement de drones contre al-Qaïda [28], a été sans doute un des éléments qui ont encouragé cette intervention. La progression rapide des insurgés vers une prise de contrôle de grandes villes, de portions croissantes du territoire yéménite [29], se rapprochant des frontières saoudiennes d’un côté et pouvant avec l’Iran menacer les détroits de l’autre, a fait le reste. Le divorce était consommé par ailleurs avec l’ancien président Saleh du fait de sa connivence avec les Houthis, un enterrement humiliant de l’accord « Gulf Initiative » [30]. Agissant sur requête du président yéménite Hadi réfugié à Riyad après avoir été chassé de son pays, la coalition, pour reprendre les termes de l’ambassadeur du royaume aux Etats-Unis, a pour vocation de « protéger et défendre le gouvernement légitime » de Hadi [31]. Fait notable, le président Obama a autorisé le Pentagone à offrir son aide (logistique, conseils) aux Saoudiens et mis en place une cellule de coordination [32]. L’Amérique n’avait guère le choix [33] que d’apporter son aide sous peine de perdre de la crédibilité, et surtout après l’abandon de la base d’al-Anad.
Cet engagement obligé aurait pu troubler les conversations nucléaires en cours entre Téhéran et Washington, mais le sujet, bien que très présent dans les esprits, n’y a été qu’effleuré et laissé à l’écart des discussions. Le Pakistan, qui a été contacté par les Saoudiens pour se joindre à la coalition, ayant d’abord « étudié » ce qu’il pourrait faire [34], s’est résolu (au vu des aides financières escomptées de Riyad [35]) sans enthousiasme à envisager d’envoyer des troupes, ce qui ne fait pas l’unanimité dans la classe politique pakistanaise [36]. Karachi a besoin de ménager Téhéran, son voisin, potentiel fournisseur d’énergie.
Il est manifeste que ce nouveau développement contrarie considérablement l’Iran, pris en défaut, et ne pouvant s’opposer à la riposte lancée par la coalition. Le triomphe (trop facile) des alliés Houthis se trouve ainsi provisoirement contenu sans que l’appareil militaire iranien ne puisse s’opposer à la contre-offensive saoudienne. Elle était prévisible [37] : la perspective du contrôle par des forces iraniennes des détroits où transite l’essentiel du pétrole du Golfe est un risque inacceptable. L’incapacité saoudienne de protéger les sunnites l’aurait été tout autant. La rhétorique iranienne sur ses ambitions ‘impériales’ s’est avérée une provocation (verbale) d’une grande imprudence. Selon les mêmes sources, les dirigeants du Hezbollah se sont inquiétés des risques découlant de cette opération : appui saoudien aux ‘takfiris’ qu’affrontent la milice chiite libanaise, ou craignent que l’Iran ne soit tenté d’ouvrir de nouveaux fronts pour affaiblir le royaume : à Bahreïn [38] et via la minorité chiite saoudienne [39]. Le Hezbollah n’a pas eu d’autre choix que de condamner vigoureusement l’Arabie saoudite, promettant à celle-ci un échec redoutable et la victoire des Houthis face à « l’agression américano-saoudienne ». Tout en accusant Riyad de vouloir reprendre le contrôle du Yémen, Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah, a réclamé dans deux discours télévisés sur la chaîne Al-Manar [40] l’arrêt des opérations, et appelé à un retour aux négociations pour trouver une solution politique à la crise. Il a mis en garde les pays de la coalition contre la tentation saoudienne de contrôler le Yémen. Il déplore que ceux-ci s’engagent contre les Houthis plutôt que contre Israël, un combat auquel il n’aurait pas manqué de se joindre [41] … Il poursuit en accusant Riyad d’envoyer des kamikazes en Irak et d’avoir créé l’Etat islamique. Sans surprise, Ali Awad Asiri, ambassadeur saoudien à Beyrouth, a protesté contre ces discours dont il a dénoncé les contre-vérités propagées par l’Iran destinées à saboter ce qu’il appelle les tentatives saoudiennes de trouver une solution politique. Il a aussi dénoncé les accusations de Nasrallah qui prétend qu’en empêchant Michel Aoun de postuler à la présidence libanaise, Saud al-Faisal (ministre saoudien des Affaires étrangères) aurait bloqué les élections. Il a aussi réfuté les critiques de Nasrallah sur l’abandon des Palestiniens par Riyad [42].
Enfin, les responsables du Hezbollah redoutent que Riyad n’en profite aussi pour agiter les minorités arabes d’Iran. Cette inquiétude est visiblement présente, comme on le voit à travers les récents incidents intervenus dans la ville iranienne d’Ahwaz dont la population est principalement d’ethnie arabe. A l’occasion d’un match de football entre l’équipe iranienne Foolad Khuzestan et sa concurrente saoudienne al-Hilal, des supporteurs iraniens ont soutenu leurs ‘frères’ arabes, ce qui a généré de vives réactions d’autres groupes [43]. Curieusement, le célèbre homme d’affaires émirati Khalaf Ahmad Al-Habtoor a publié peu après un appel à « libérer » Ahwaz d’Iran [44].
Le verrouillage du Détroit de Bab el Mandeb par la marine égyptienne a initialement [45] empêché Téhéran de mettre en place un dispositif naval [46]. C’est une humiliation pour l’Iran qui n’a pas les moyens de répliquer sur le terrain au-delà de l’envoi de quelques pasdarans [47], de matériel [48] (dénoncé par le président Hadi) [49], et de l’entraînement militaire de Houthis [50]. Les coûts militaires, humains, financiers des conflits irakiens, syriens, etc, ont atteint le plafond des capacités de Téhéran, sans parler des contraintes qui pèsent sur son économie. L’illusion d’une victoire facile sur un président yéménite affaibli a aveuglé les dirigeants iraniens prompts à saisir l’opportunité de créer un point d’appui, et de peser sur le grand rival saoudien [51]. Par manque de vision stratégique et politique, l’Iran n’a pas voulu ou pu convaincre les Houthis de négocier un partage du pouvoir [52], de se rendre à la réunion convoquée par Hadi qui avait convié toutes les parties. La vive réaction verbale iranienne sonne comme un aveu d’impuissance : Marzieh Afkham, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, s’est bornée à exiger l’arrêt (improbable) des « agressions » qui ne font que compliquer la situation et empêchent une solution politique de ce problème [53]. Les propos menaçants d’Alaeddin Boroujerdi, président (conservateur) de la commission de la sécurité nationale et des affaires étrangères du parlement iranien (« L’Arabie saoudite se brûlera le doigt au Yémen » [54]) ne devraient guère impressionner et traduisent surtout un grand embarras. Le site Khabar Online a lancé un appel enflammé invitant les Houthis à attaquer tous les tankers, champs pétroliers, sites industriels saoudiens, tant sur le territoire que dans les détroits de Bab el Mandeb, d’Ormuz, et sur la Mer Rouge. Au majlis, le député conservateur (ultra) Kowsari Esmail a tonné en invitant le peuple saoudien (c’est-à-dire la minorité chiite) à se révolter contre ses dirigeants [55].
Notons que l’Irak a aussi exprimé sa désapprobation quant à cette opération. Outre une perte de crédibilité militaire découlant de la faiblesse de ses moyens, l’Iran voit aussi contrariés ses efforts de normalisation en cours de ses rapports avec l’Arabie Saoudite [56]. Par ailleurs, ceci complique les démarches iraniennes visant à cultiver des relations aussi « amicales » que possible avec les autres Etats du Golfe [57]. Téhéran s’est trouvé placé dans le « mauvais camp », payant ainsi sa pratique des « coups tactiques » avec des gains à courte vue au détriment des calculs stratégiques. Cela étant dit, si l’attaque aérienne saoudienne appuyée par les autres coalisés peut rudoyer les Houthis et les freiner dans leur progression, il ne faut pas en conclure que ceux-ci ont définitivement perdu la partie. Le groupe Ansarullah a menacé l’Arabie saoudite de « terribles représailles » sur son sol, qui, selon ses dires, devraient « changer la géopolitique de la région » [58]. De l’aveu de militaires saoudiens, les raids aériens ne suffiront pas, des engagements au sol sont nécessaires. La coalition risque alors l’enlisement. Ceci dépend aussi des objectifs réels de Riyad. S’ils vont au-delà d’un simple coup d’arrêt, un bourbier attend le royaume, ce qui permettrait à Téhéran de savourer une (relative) revanche. La sagesse voudrait que les frappes se limitent à recréer les conditions d’un dialogue [59] après modification du rapport de forces [60]. Ce serait ignorer gravement des dimensions politiques importantes du problème yéménite que d’en limiter le traitement qu’à la seule réduction militaire des Houthis et de leurs alliés iraniens (attention à la dangereuse lecture monocolore d’un conflit à travers les verres uniques de la compétition Téhéran/ Riyad). D’une part ces derniers sont épaulés par des éléments de l’ex-armée yéménite, et en second lieu il faut régler la question du sort du clan Saleh [61]. En plus, le royaume est assez mal placé pour donner des leçons de démocratie et de respect des gouvernements légitimes [62]. Autrement, un nouveau cycle ‘perdant/ perdant’ s’ouvrira.
C’est un pari audacieux qu’entament le nouveau roi et son ministre de la Défense, le prince Mohammad bin Salman [63]. Ils ont pour l’heure réussi ce qui est pour eux un précédent : obtenir l’implication de pays aussi différents que l’Egypte, le Qatar, le Maroc pour ces frappes aériennes. Bien évidemment, il n’est pas certain qu’elles suffiront à bloquer l’avancée des Houthis sans intervention terrestre, et encore moins évident que ceci les convaincra de retourner à une table de négociations. L’enlisement, le pire des maux, n’est pas exclu. Le nouveau monarque a habilement profité de l’amélioration de ses relations avec le Qatar. Mais il semble que de plus grands enjeux sont présents dans les calculs saoudiens, au-delà du coup d’arrêt à porter à la constitution d’une entité hostile à leur frontière, et à la percée stratégique iranienne. Il semble qu’à travers cette initiative, une « doctrine Salman » prend corps [64]. Il s’agit de la possibilité de « dissuader de l’agression », à la seule initiative des intéressés : sans demander la permission à un « grand frère » [65]. Le sénateur John McCain ne s’y est pas trompé, selon les mêmes sources, quand il déclare à propos de l’opération « Tempête Décisive » que « les pays arabes ne font plus confiance aux Etats-Unis et par conséquent ont planifié eux-mêmes cette coalition », une coalition sans précédent depuis des décades, poursuit-il. Dans cette affirmation, il faut faire la part du procès instruit depuis longtemps par les Républicains contre les « capitulations » de la Maison-Blanche, mais ce constat n’est pas dépourvu de pertinence. J. Kashogji estime que cette initiative est le début de quelque chose de nouveau qui est né de la décision du roi de ne plus admettre ce qu’il perçoit comme une politique expansionniste iranienne dans la région, sans réaction américaine. Peu importe aux Saoudiens, selon lui, que ceci ne soit que la faiblesse provisoire d’un président en fin de mandat, ou un « complot », ou un « deal » majeur passé avec les Iraniens pour permettre un accord sur le nucléaire. Sans doute les Américains ont-ils été prévenus de l’opération, mais ils ont été mis au pied du mur quant à la décision, obligés dès lors de participer à son organisation (indispensable) et apporter un soutien logistique [66]. Enfin, cette opération est un test de « traitement de crise », comme le souligne Kashogli, et en fonction de la suite des événements, servira d’exemple de ce qu’il faut faire….ou ne pas faire. On devine que les différents protagonistes de la crise syrienne ont les yeux fixés sur ce processus.
On note que le président Erdogan a non seulement approuvé l’initiative saoudienne et s’est déclaré prêt à fournir une aide logistique, mais qu’il a très vigoureusement critiqué le soutien de Téhéran aux Houthis. Bien plus, lors d’une conférence de presse le 26 mars, il a proféré de lourdes accusations : « l’Iran est en train d’essayer de dominer la région » [67], « L’Iran est en train de chasser Daech de la région uniquement pour prendre sa place », ajoutant que ceci « ne peut être toléré ». Il a enjoint la République Islamique de retirer ses forces du Yémen, d’Irak, de Syrie. Cette attitude surprend par son maximalisme. Selon l’analyste Fehim Tastekim [68], deux raisons expliqueraient ce curieux comportement : un sentiment de colère et de frustration face à un Iran qui affiche des ambitions impériales ; elles viennent contredire les fantasmes du néo-ottomanisme conceptualisé par l’ancien ministre des Affaires étrangères (devenu Premier ministre) Davutoglu dont le « modèle » turc s’est brisé sur le printemps arabe et la doctrine du « zéro problème » pulvérisée sur une masse de tracas. Notre expert distingue un autre mobile : Erdogan serait aussi « attrait dans le ‘camp sunnite’ par ‘l’argent chaud ’du Golfe. » La dégradation de l’économie turque aurait encouragé Ankara à se tourner vers de généreux contributeurs. En plus, le président turc souhaite encourager les Saoudiens à se réconcilier avec les Frères musulmans. Last but not least, selon les mêmes sources, en se joignant au « camp » que Washington essaie de constituer avec Riyad, il escompte améliorer ses relations avec l’Amérique, comme en témoigne la proposition d’abriter sur le territoire turc des opposants à Bachar al-Assad pour être entraînés par des forces spéciales américaines. Mais en se joignant à un bloc ‘sunnite’ anti-Iran [69], Erdogan, qui cherche à briser l’isolement régional de la Turquie [70], ne risque-t-il pas de perdre ce qu’il gagne hypothétiquement de l’autre ?
Zarif lui a répliqué (diplomatiquement) par un conseil : « Ceux qui ont causé d’irréparables dommages par leurs propres fautes stratégiques, feraient mieux d’adopter des politiques responsables à l’égard des possibilités disponibles pour créer du calme dans la région » ; il poursuit : « Nous accordons de l’importance et du respect à nos relations stratégiques avec la Turquie dans divers domaines. » Cette réaction mesurée contraste avec les protestations du député influent Ahmad Tavakoli [71] qui a exigé (comme le très conservateur Esmaeel Kowsari, membre de la commission de la Sécurité nationale et des Affaires étrangères du majlis) du ministre qu’il décommande la visite prévue du président turc à Téhéran. Il a d’ailleurs trouvé insuffisants les propos de Zarif qu’il aurait préféré plus fermes. Néanmoins, le chargé d’affaires turc a été dûment convoqué et prié de fournir des « explications convaincantes ». Téhéran a néanmoins décidé de ne pas annuler cette visite [72] qui est nécessaire en raison des dossiers importants en cours de discussion entre les deux voisins, notamment en matière économique [73] (livraisons de gaz, commerce bilatéral, coopération industrielle, régime de la Caspienne) ; ces sujets d’ajoutent aux nombreux thèmes politiques délicats : Syrie, Kurdes, islamisme, Yémen, etc. De fait, lors de leur rencontre le 7 avril, Erdogan et Rohani se sont concentrés sur le renforcement de leurs échanges commerciaux bilatéraux qu’ils veulent faire passer de $ 14 md à $30 mds, signant une série d’accords. Ils se sont prononcés en commun pour une diminution des tensions régionales, se limitant à de prudentes généralités, sachant que leurs divergences sur le Yémen et la Syrie sont intactes [74]. Notons que le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, s’est félicité de l’accord nucléaire conclu entre l’Iran et les 5+1 tout en regrettant au passage que ce dernier soit en deçà de celui proposé par la Turquie et le Brésil il y a quelques années : « J’espère qu’en juin (quand l’accord final doit être signé), l’Iran se trouvera dans la ligne établie en 2010. » [75]
A ce stade de nos réflexions, une question vient à l’esprit à propos de cette opération saoudienne : est-elle transposable ailleurs [76] ? Notre premier réflexe serait de répondre par la négative. Mais la question peut être soulevée par l’Egypte bien décidée à contrer le péril djihadiste libyen [77], comme on le voit par la récente commande d’avions Rafale à la France. Or, cet épisode révèle des ambitions saoudiennes au-delà de la seule réinstallation du pouvoir présidentiel yéménite et d’un coup d’arrêt à l’expansion iranienne. Comme le souligne l’analyste Madawi al-Rashid, le roi Salman avec le concours de son fils Muhammad, ministre de la Défense, « est déterminé à faire de l’Arabie saoudite l’agence de police de la Péninsule Arabique » [78]. Cette démarche comporte une dimension interne, selon lui, car le ressort nationaliste ainsi flatté pourrait servir à consolider une unité fragilisée par les divisions et ambitions claniques, et à montrer aux islamistes qui ne rêvent que d’abaisser l’Iran et ses alliés que la monarchie a la capacité de résister aux ambitions iraniennes alors qu’elle a échoué à bloquer les avancées iraniennes en Syrie et en Irak, et à empêcher Obama de négocier avec Téhéran. Une humiliation à laver. Mais en cas d’échec ou d’enlisement, la monarchie risque de payer cher son audace.
Un autre élément mérite de retenir notre attention sur l’ampleur des objectifs régionaux du royaume et de ses alliés. Alors que le Conseil de Coopération du Golfe était jusqu’alors le principal vecteur des ambitions sécuritaires de Riyad, c’est à présent la Ligue Arabe, dont l’autorité avait décru au fur et à mesure de la faiblesse de ses actions, de reprendre quelque poids (après une période d’affaiblissement) avec l’appui spectaculaire de l’Egypte qui fait sa réapparition comme acteur régional. En approuvant le 29 mars à Charm el-Cheikh la création d’une force commune (en l’absence de la Syrie), 21 des 22 membres de la Ligue ont entériné un projet dont le contenu reste à définir [79]. On sait que ce projet est depuis longtemps promu par le président égyptien al-Sissi, comporte la constitution d’un contingent de quelque 40.000 hommes fournis par les membres de la Ligue qui, selon les observateurs, se trouve ainsi remise en selle [80], montrant sans doute pour la première fois « que les Etats arabes prennent enfin en main leurs affaires de sécurité », si l’on veut en faire une lecture optimiste. Il faudra en effet voir comment le projet se comportera à l’épreuve des faits Renaud Girard, La Ligue arabe reprend la main, Le Figaro, 31 mars 2015.. Cette initiative présente un « saut de paradigme » pour le royaume de nature à peser sur l’équilibre régional à travers une coopération interarabe qui demeure cependant sécuritaire. Les Saoudiens voudraient démontrer leur capacité à incarner la constitution d’un ensemble décidé à se défendre lui-même [81]. Pour le président égyptien, c’est une revanche par rapport aux malheureuses interventions au Yémen dans les années 60, mais aussi et surtout la reconnaissance d’un leadership retrouvé [82], dont la dimension militaire qui se concrétise pourrait ne pas être la seule. Ce pari est également risqué dans la mesure où les objectifs égyptiens et saoudiens pourraient diverger sur plusieurs points. La façon dont l’opération a été décidée par Riyad n’a-t-elle pas pris l’Egypte au dépourvu ? Le président égyptien, qui avait plusieurs fers au feu, selon certaines sources, avait pris des contacts avec les Houthis pour circonvenir leurs rivaux d’al-Islah (Frères musulmans) [83]. Les relations avec la Russie que Le Caire cultive ont déjà créé des mouvements d’humeur entre les deux pays ; l’Egypte veut éviter de ne dépendre que d’un seul ‘grand’ allié [84]. Mais porter une évaluation sur la pérennité de ces orientations dépend du succès de leurs réalisations devant les rudes obstacles qui se présentent sur le chemin. De surcroît, elles impliquent un prix à payer. Ces acteurs ont choisi une opposition à l’Iran. Ceci laissera des traces dans des relations bilatérales déjà fort compliquées. Une fois passé l’enthousiasme initial, la dynamique d’affrontement sera-t-elle pérenne ? Il reste qu’en mobilisant une belle palette d’Etats autour d’elle, l’Arabie saoudite a bouleversé l’« ordre » régional existant et les priorités de plusieurs pays [85] au risque de plonger cet ensemble dans le chaos [86], mais surtout porté un coup (provisoire) à l’ambition iranienne de puissance régionale. La posture iranienne peut changer si l’initiative de Riyad aboutit à un enlisement peu glorieux, ou si les Houthis font preuve de plus de résilience qu’escompté. D’aucuns se demandent si, sous le coup de l’urgence, Riyad n’a pas entraîné ses partenaires dans des erreurs de calcul tactiques et stratégiques [87]. Téhéran va devoir faire preuve de créativité. Au total, comme le relève avec malice un analyste iranien, en voulant assumer de lourdes responsabilités (restaurer paix et stabilité), ces pays coalisés, qui manquent singulièrement d’expérience en la matière [88], seront confrontés à de sérieux défis au-delà du simple blocage de forces disparates qui seront peut-être dépassées par les événements.
Ce peut être l’occasion, alors que sa faiblesse militaire affichée affecte le prestige des forces armées, et en particulier d’al-Qods et de Soleimani [89], de replacer sur le devant de la scène l’approche politique souhaitée par Rohani, Zarif et Shamkhani. Le fossé qui s’est creusé a indiscutablement porté un dommage aux tentatives de ces trois hommes pragmatiques de nouer un dialogue avec le royaume en vue de parvenir à une certaine normalisation des relations bilatérales. Rafsandjani, qui avait prévu une visite à Riyad, a été contraint de l’annuler, après avoir condamné l’offensive qualifiée de « faute ». Il a blâmé les autres pays participants pour s’y être joints, incapables, selon lui, d’agir contre l’occupation israélienne, mais unis contre un Etat musulman [90]. Malgré tout, la diplomatie ne perd pas ses droits : Hossein Amir Abdollahian, vice-ministre iranien, qui avait mis en garde l’Arabie saoudite contre les conséquences néfastes de son intervention qualifiée de « faute stratégique », a cependant appelé « l’Arabie Saoudite à collaborer en vue de résoudre la crise yéménite » ; il a indiqué « essayer » d’établir avec elle des canaux de communication [91]. Ce qui, indirectement, pourrait suggérer que les canaux habituels ne fonctionnent plus ou mal. Les ressources du ministère iranien des Affaires étrangères seraient-elles épuisées par les négociations nucléaires en cours ? Il a ajouté que l’Iran a une « proposition » à l’étude pour trouver une issue à cette impasse. En recherche de contacts propices, la diplomatie iranienne s’est à nouveau adressée à Oman, dont la position neutre facilite les dialogues, où Morteza Sarmadi, vice ministre des Affaires étrangères, a conféré dans le cadre d’une tournée dans les pays du Golfe [92]. La Jordanie, pour sa part, tout en se joignant (prudemment) à la coalition saoudienne sur le Yémen [93], a entamé une concertation avec l’Iran en vue non seulement de réchauffer les liens bilatéraux [94], mais sans doute aussi pour faciliter le dialogue entre Téhéran et Riyad, comme en témoigne la visite surprise de Nasser Judeh, ministre jordanien des Affaires étrangères à Téhéran le 6 mars, la première depuis 8 ans [95]. La dégradation de la situation à la frontière syro-jordanienne, avec la présence de nombreux éléments pasdarans et du Hezbollah, inquiète sérieusement les autorités jordaniennes [96] alors même que de façon symétrique cette frontière est aussi occupée par des insurgés islamistes [97]. N’oublions pas que la Jordanie a fourni beaucoup d’éléments aux groupes jihadistes [98]..
Au total, nous voyons que la République Islamique, qui s’était engagée de façon croissante au fil des ans pour asseoir sa position stratégique au Liban et en Syrie, et y maintenir une ‘capacité de nuisance ‘ face à l’ennemi sioniste’, non seulement mesure le poids et le coût croissants de cet effort, mais en sus se trouve chargée du fardeau des deux fronts irakien et yéménite qui obèrent des ressources déjà fortement mises à contribution en période de crise économique. Ce lourd contexte nourrit assurément les réflexions du président Rohani et de son ministre des affaires étrangères quant aux possibilités de redéployer l’action iranienne vers un échiquier plus politique en Syrie. La prédominance du ‘militaire’ en Irak et au Yémen, pour l’heure affirmée et défendue par l’establishment pasdaran, et au premier chef par le général Soleimani, est-elle durable sur tous ces fronts ? L’évolution de ces postures dépendra largement des succès et revers rencontrés sur le terrain.
Notes :
[1L’Iran essaie “d’irakiser” son intervention en mettant en avant les milices chiites irakiennes pour éviter de déployer des effectifs pasdarans en trop grand nombre, ce qui entraînerait une réaction de rejet. Mais c’est bien Soleimani qui est à la manœuvre : Iran wages psychological war against IS, Al-Monitor, 23 mars 2015.
[2Qods Force-Led Offensive Hits Wall in Tikrit as IA gets Overrun in Thar War, Teh Counter Jihad Report, ISIS Study Group, 18 mars 2015.
[3Selon Sepah news, site lié aux Gardiens, deux “conseillers” pasdarans, Hadi Jafar et Ali Yazani, auraient été tués à Tikrit le 23 mars par un drone américain, information démentie ensuite par le Pentagone :Two Iranian military members killed in Iraqi city of Tikrit, trend.az, 30 mars 2015 ; US denies that drone strike killed two Iranian military advisers in Iraq, The Guardian, 30 mars 2015.
[4Operation to retake Tikrit from Islamic State stalled by heavy casualties, discord, McClatchy DC, 20 mars 2015.
[5Wayne White, Tikrit Battle Revives Doubts About Iraqi Leaders, LobeLog, 31 mars 2015.
[6Une inquiétude qui s’est avérée justifiée. Les exactions et pillages commis par les miliciens chiites lors de la prise de Tikrit ont contraint le premier ministre irakien, Haider al-Abbadi, d’exiger de ces milices qu’elles cessent immédiatement leurs violences : Iraqi PM orders crackdown on looting in Tikrit, Al Jazeera, 4 avril 2015.
[7Iraqi Shi’ite cleric calls for unity after militia pullout, Asharq Al-Awsat, 27 mars 2015.
[8Maria Fantappie & Peter Hardling, With Shi’ite militia victory over Islamic State in Tikrit, Iraq still loses, Reuters, 30 mars 2015.
[9U.S. Backing Iran with Airstrikes Against ISIS, The Daily Beast, 25 mars 2015.
[10Washington joue une partie délicate en tentant de maintenir un “équilibre stratégique” très incertain entre Riyad et Téhéran, comme on le voit à travers l’appui américain aux frappes aériennes initiées par les Saoudiens contre les Houthis : Obama in the Middle East : Condominium Or Equilibrium ?, LobeLog.com, 28 mars 2015.
[11U.S. Surveillance Planes Aid Fight by Iraq, Iranian-Backed Militias for Tikrit, The Wall Street Journal, 24 mars 2015.
[12Iraqi Militia Leader Slams Army “Weaklings” at Battle of Tikrit, Uskowioniran.com, 22 mars 2015.
[13Iran General in Iraq ‘Whenever we need’ : militia chef, The Daily Star, 22 mars 2015.
[14CIA director : Iran general ‘destabilizing ‘ efforts in Iraq, The Daily Star, 22 mars 2015.
[15Turning the tables on Tehran US persuades Iraq to sideline Iranian-Backed militias in Tikrit, US News & world Report, 26 mars 2015.
[16U.S.-Iranian Rivalry Behind Iraq’s Tikrit Operation, Musing on Iraq, 27 mars 2015.
[17Une agence proche des pasdarans (Sepah News) a publié une mise au point des Gardiens démentant que le général Soleimani ait émis des déclarations sur l’influence croissante de l’Iran dans la région, y compris la Jordanie : Iran News Round Up ( AEI Iran Tracker), 23 mars 2015.
[18Des medias iraniens entretiennent un ‘buzz’ autour de Soleimani, présenté comme un candidat idéal à la présidence de la république islamique : Could Commander Suleimani be Iran’s Next President ?, iranwire.com, 23 mars 2015.
[19Iraqi prime minister claims victory against Islamic State in Tikrit, The Washington Post, 31 mars 2015.
[20Shiite militias in Iraq say they have assurances that U.S. will stop strikes, The Washington Post, 30 mars 2015.
[21ISIL’s fall IN Tikrit may show the way for Iraqi army, AlJazeera, 1er avril 2015.
[22Iraq Recaptures Tikrit From Islamic State, The Wall Street Journal, 31 mars 2015.
[23Joseph Klein, Victory Agzinst ISIS in Tikrit Will Embolden Iran, Front Page Magazine, 2 avril 2015.
[24Jean-Pierre Perrin, Riyad passe à l’attaque, Libération, 26 mars 2015.
[25La présence du Soudan est surprenante pour un pays longtemps allié de l’Iran et qui avait dans le passé, paraît-il, aidé les insurgés Houthis. Khartoum a décidé de fermer les bureaux de toutes les missions iraniennes après une rencontre entre le président soudanais et le roi Salman ; en envoyant 3 avions, le Soudan devrait contribuer à bloquer les activités navales iraniennes en Mer Rouge : Why ‘Operation Decisive Storm’ is the ultimate setback for Iran, Al Arabiya, 26 mars 2015.
[26Oman braces for arrival of more injured Yemenis following Saudi Arabia airstrikes, The Times of Oman, 27 mars 2015.
[27A cette occasion, des documents confidentiels sur les opérations clandestines américaines auraient été saisis par des Yéménites, causant un grave préjudice : Iran-backed rebels loot Yemen files about U.S. spy operations, Los Angeles Times, 25 mars 2015.
[28Yemen’s President Hadi flees Aden as Houthis rebels close in, The Daily Star (Beyrouth), 25 mars 2015.
[29Sigurd Neubauer, How Saudi intervention in Yemen prevented a disaster, Al Arabiya, 28 mars 2015 ; voir aussi : Saudi Arabia in a panic, Azernews, 29 mars 2015.
[30Mohammed Fahad al-Harti, ‘Operation Decisive Storm’ contains the Houthi Threat, Al Arabiya, 29 mars 2015.
[31Saudi Arabia, Allies Launch Airstrikes on Rebels in Yemen, Uskowi on Iran, 25 mars 2015.
[32US is supporting Saudi Arabia’ Military Operation in Yemen Against Ansarullah, shiitenews.org, 26 mars 2015.
[33La décision de Riyad d’intervenir militairement, outre la volonté de bloquer une menace, reflète sans doute aussi une réponse aux frustrations saoudiennes de ne pas se sentir suffisamment écouté par les négociateurs nucléaires avec l’Iran : James Spencer, Operations in Yemen : What’s Afoot ?, Al- Monitor, 30 mars 2015.
[34Pakistan Examining Request Or Willing to Join Saudi War on Yemen ?, shiitenews.org, 26 mars 2015.
[35Pakistan struggles with Yemen coalition dilemma, Yahoonews, 1er avril 2015.
[36Pakistan says Saudi asked for warplanes, warships and soldiers, Reuters, 6 avril 2015 ; Iran minister meets Pakistan military Chief amid Yemen dilemma,Reuters , 9 avril 2015. Le parlement pakistanais est disposé à affirmer une ‘solidarité’ avec l’Arabie saoudite mais peu enthousiaste à approuver l’envoi de troupes. La diplomatie iranienne s’emploie à rappeler à Islamabad l’intérêt de cultiver de bonnes relations avec Téhéran.
[37David Hearst : Has Iran over reached itself in Yemen ? middleeastmonitor.com, 26 mars 2015.
[38Does Iran have a card to play in Bahrain ?, Al-Monitor, 17 mars 2015.
[39Does Iran plan to ignite Bahrein and Mobilise the Shia of Saudi Arabia ?, middleeastmonitor.com, 26 mars 2015.
[40Nasrallah lambastes Saudi Arabia, draws Hariri rebuke, The Daily Star, 28 mars 2015.
[41Hezbollah would join Saudi coalition if it fought Israel, Nasrallah, The Daily Star, 27 mars 2015.
[42L’opération “Tempête Décisive” s’est ainsi invitée dans les débats politiques libanais à travers une violente polémique entre l’ancien Premier ministre Saad Hariri et Hassan Nasrallah : Asiri in Nasrallah retort : Speech shows iranian confusion, The Daily Star, 30 mars 2015.
[43Iran : Violence in Ahwaz after football match against Saudi al-Hilal, Al Arabiya, 17 mars 2015.
[44Khalaf Ahmad Al Habtoor, Ahwaz must be liberated from Iran, Al Arabiya, 29 mars 2015.
[45Voulant laver l’affront, l’Iran a décidé de dépêcher vers le Golfe d’Aden les bâtiments de la 34ème flotte pour ‘protéger les cargos contre les pirates’ et affirmer son droit à naviguer dans ces eaux : Iranian Navy’s 34th Flotilla Off to Gulf of Aden, FNA, 8 avril 2015.
[46Quatre unités égyptiennes ont contraint des navires iraniens à se retirer de la zone : Yemen : Egyptian Navy Chases Iranian Warships to Retreat from Port of Aden, Arab News, cité par Arutz Sheva, 26 mars 2015. Le chef de la marine iranienne, l’amiral Habibollah Sayyari, a formellement démenti cette ‘retraite’ , déclarant que la marine iranienne poursuit « normalement » sa mission : Iranian Commander Categorically Denies Reports on Receiving Warning, IRNA, 31 mars 2015.
[47Les effectifs militaires iraniens au sol sont apparemment limités : on parle de la présence de 5.000 hommes comprenant des Iraniens, des membres du Hezbollah et des miliciens irakiens. Il semble que certains éléments circulent de ‘front’ en ‘front’ : La Ligue arabe crée une force anti-Téhéran, Le Monde, 31 mars 2015.
[48Iran rejects allegations on ship seized in Yemen belongs to the country, Azernews, 27 mars 2015 ; voir aussi le démenti officiel de Marzieh Afkham, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères : Iran brushes off claims of arms to Yemen, shiapost.com, 31 mars 2015.
[49Yemeni president Hadi Accuses Iran of Supporting Houthis Rebels, sputniknews.com, 28 mars 2015.
[50U.S. officials : Iran’s Revolutionary Guards training, equipping Yemen’s Houthi rebels, Haaretz, 28 mars 2015.
[51Comme le remarque Martin Reardon, le Yémen peut être une ‘carte’, un pion, placé par Téhéran sur l’échiquier où se jouent d’autres fronts : Syrie,Tikrit… : Saudi Arabia, Iran and the ‘Great Game’ in Yemen, Aljazeera, 26 mars 2015. Khaled al-Dakhil, analyste saoudien interviewé par Al-Nahar (voir note 48), estime que Riyad a lancé « Tempête du Désert » aussi pour éviter que Téhéran ne se serve du Yémen comme moyen de pression sur le royaume par rapport à d’autres champs.
[52Al-Nahar (Liban) : Will Iran respond to Saudi offense in Yemen ?, Al Monitor, 27 mars 2015.
[53Iran demands immediate halt to military actions in Yemen : Fars new agency, Reuters, 26 mars 2015.
[54Iran Warns : Saudi Arabia Will Get Finger Burnt in Yemen, shiitenews.org, 26 mars 2015.
[55Immediate Iranian Reaction To Sunni Arab Military Campaign To Push Back Shi’ite Expansion : Calls For Houthis To Attack Saudi Oil Wells and Tankers, Operate In Saudi Territory And Straits of Bab Al-Mandeb And Hormuz,MEMRI, Special Dispatch N°6008, 26 mars 2015. En février, les pasdarans, à l’occasion des exercices Grand Prophète 9, avaient menacé de fermer le détroit d’Ormuz pour « riposter » à la présence navale américaine. D’où l’importance du déploiement de navires égyptiens sur zone en même temps que les frappes aériennes saoudiennes.
[56On notera que le communiqué de Riyad accueillant avec satisfaction le compromis provisoire sur le nucléaire, et souhaitant qu’un accord définitif renforce la sécurité de la région, et permette à celle-ci d’être libre de toutes les armes de destruction massive, nucléaires comprises, et le développement de bonnes relations de voisinage exemptes d’ingérences, est nettement moins hostile que les commentaires israéliens : Saudi Arabie welcomes Iran nuclear deal, seeks region free of WMD : statement, Reuters, 6 avril 2015.
[57De fait, les Emirats arabes unis (qui ont un contentieux non réglé avec l’Iran sur les îlots d’Abu Musa, de la Petite et de la Grande Tomb) ont très vivement critiqué l’attitude iranienne, Sheikh Abdullah bin Zayed al-Nayahan, ministre émirati des Affaires étrangères, accusant Téhéran de conduire ses ingérences non seulement au Yémen mais au Liban, en Syrie, en Afghanistan, au Pakistan. Ce raidissement prononcé de la part d’un voisin amical de l’Iran reflète une exaspération renforcée par les déclarations tonitruantes de pasdarans et responsables iraniens sur les ambitions ‘impériales’ de l’Iran : UAE says sees systematic Iranian meddling in Yemen, region, Reuters, 8 avril 2015.
[58Ansarullah : Response to Saudi Arabia will change Mideast geopolitics, shiapost.com, 30 mars 2015.
[59Le roi Salman a appelé à une rencontre de tous les partis politiques désireux de préserver la stabilité du Yémen, sous les auspices du Conseil de Coopération du Golfe, Al Arabiya, 30 mars 2015. Il n’est pas évident que cet appel soit entendu par les Houthis tant que durent les opérations militaires.
[60Yoel Guzansky & Ephraim Kam, The Struggle in Yemen : A test for the Arab Collective, INSS insight n°680, 1er avril 2015.
[61Angus MCDowall, Yemen’s problem is ex-president not Houthis : foreign minister, Reuters, 1er avril 2015.
[62Emile Nakhleh, Saudi War in Yemen Amid Malaise and Confusion, LobeLog, 31 mars 2015.
[63Fort bien analysé par Simon Henderson, Saudi Arabia’s Big Gamble, The Washington Institute for Near East Policy, 26 mars 2015.
[64Jamal Khashogji, The Salman Principle, middleeastmonitor.com, 28 mars 2015, traduit de Al Hayat.
[65With Yemen’s strikes, Saudis show growing independance from U.S., Reuters, 26 mars 2015.
[66Saudi Arabia gets bipartisan backing for Yemen airstrikes, Al-Monitor, 26 mars 2015.
[67Des propos qui convergent avec les accusations de Netanyahu, signalant ainsi de possible terrains d’entente malgré les relations actuelles difficiles : Is Erdogan changing his tune on Israel ?, Al Monitor, 30 mars 2015.
[68Turkey’s misguided Yemen move, Al-Monitor, 31mars 2015.
[69Sinem Cengiz, How to read Turkey’s stance on the Yemen crisis ?, Al Arabiya, 29 mars 2015.
[70Gallia Lindenstrauss & Yoel Guzansky, Trying to Square the Circle : Can Saudi Arabia Form a United Sunni Front ?, INSS insight n°679, 31 mars 2015.
[71Iran MP calls for posponing Erdogan’s Tehran trip, Al-Monitor, 27 mars 2015.
[72Iran says no change in Erdogan visit to Tehran, trend.az, 29 mars 2015.
[73Ankara, Tehran to focus on economic issues, Azernews, 16 mars 2015 ; Iran-Turkey : regional rivals with growing economic co-op, Azernews, 29 mars 2015. Economics to trump politicsin Tukey’s rift with Iran, Reuters, 1er avril 2015.
[74Turkey, Iran agree on trade but steer clear of Yemen disagreements, Reuters, 7 avril 2015 ; Erdogan focuses on trade during Iran visit, Al-Monitor, 8 avril 2015.
[75Turkey reluctantly welcomes Iran deal, Al-Monitor, 7 avril 2015.
[76La situation particulière prévalant au Yémen ne peut guère être transposée à la Syrie :’ Decisive Storm’ A sign of more to come elsewhere ?, Now.media, 28 mars 2015.
[77Shibley Telhami, Why Arab states have chosen now to build a joint military, Reuters, 2 avril 2015.
[78Riyadh’s war on Yemen stokes Saudi nationalism, Al-Monitor, 27 mars 2015. Angus Mc Dowall voit pareillement qu’en cas de succès, cette opération pourrait redéfinir durablement le statut régional du royaume, comme leader des Etats sunnites ; un échec l’ébranlerait : Saudi Arabia’s Yemen gamble may define its regional role for years,Zawya.com, 29 mars 2015.
[79Delphine Minoui, La Ligue arabe annonce la création d’une force unifiée, Le Figaro, 30 mars 2015.
[80Abdulrahman al-Rashed, A joint Arab coalition against whom ?, Al Arabiya, 31 mars 2015.
[81Arab League’s joint military force is a ‘defining moment ‘ for the region, Los Angeles Times, 29 mars 2015.
[82Egypt eyes halting Iran expansion through Yemen war : analysts, Al Arabiya, 30 mars 2015.
[83Did Yemen cause the tides to turn between Egypt and Saudis ?, middleeasteye, 29 mars 2015.
[84Signs of unease surface in Egyptian-Saudi ties, middleeasteye.org, 1er avril 2015.
[85Valery Kulikov, Conflict in Yemen : Who is Getting the Upper Hand ?, New Eastern Outlook (NEO), Moscou, 29 mars 2015.
[86Certains analystes redoutent que Riyad n’ait ouvert une boîte de Pandore et s’interrogent sur l’existence d’une stratégie de « sortie de crise » chez les dirigeants du royaume :’Decisive Storm’ responds to Iran’s encroachment on Saudi borders, Al Arabiya, 30 mars 2015.
[87Yasin Madani, Strategic Mistakes, Tactical Errors Mark Saudi Policy in Yemen, iranreview.org, 26 mars 2015.
[88Mahdi Mohammadi, War on Yemen, Washington’s Geopolitical Assurance to Saudi Arabia, Israel, iranreview.org, 30mars 2015.
[89Des rumeurs, démenties par la suite, ont circulé sur divers sites (BBC Arabic, Debka files) sur la présence du général Soleimani au Yémen pour organiser une contre-offensive : BBC Arabic deletes tweet on Iran’s Soleimani in Yemen, AL Arabiya, 27 mars 2015 ; Iranian general in Sanaa to organize Yemen rebel counter-offensive for Saudi-led attacks, DEBKAfile, 28 mars 2015.
[90Rafsanjani cancels Saudi visit, IRNA, 29 mars 2015.
[91Iran says could cooperate with Saudi to solve Yemen crisis, The Daily Star, 31 mars 2015.
[92Senior Iranian, Omani Officials to Discuss Saudi’s Recent Aggression against Yemen, FNA, 1er avril 2015.
[93Jordan’s role in Yemen part of its commitment to Arab stability : analysts, Al Arabiya english, 27 mars 2015.
[94Le roi cultive ces bonnes relations : Jordanian King Congratulates Iranians on Nowruz, Tasnim News, 20 mars 2015 ; mais des nuages menaçants peuvent apparaître à l’horizon par des propos iraniens : Iranian embassy denies Soleimani’s remarks on Jordan, middleeastmonitor.com, 24 mars 2015.
[95Jordan FM makes « surprise » visit to Tehran, trend.az, 7 mars 2015.
[96Jordan concerned over Iranian, Hezbollah fighters on its border, whyisrael.org, 24 mars 2015.
[97Rebels seize Syria-Jordan border as IS storms Damascus, AFP, 2 avril 2015.
[98Kirk H. Sowell, Jordanian Salafism a Jihad in Syria, Current Trends in Islamist Ideology, Hudson Institute, 12 mars 2015